Folon et les chemins qui ne mènent nulle part

La princesse Astrid de Belgique, sœur du roi des Belges a présidé une mission économique au Japon et s’est rendue à l’exposition de Jean-Michel Folon à Kyoto, au musée Hakusasonso. Pauline Loumaye de la Fondation Folon et le philosophe Bernard Stevens répondent à nos questions.

Comment Folon tombe-t-il amoureux du Japon ?

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Pauline Loumaye: Jean-Michel Folon a connu une longue histoire avec le Japon. Il y a exposé à plusieurs reprises. Son premier voyage débute en 1970, à la demande d’Olivetti. L’entreprise italienne, implantée dans le monde entier, était également très active au Japon. Grand mécène culturel, Olivetti sollicitait de nombreux artistes pour ses campagnes et organisait/soutenait de grandes expositions.

Il faut rappeler que les premières encres de couleur de Folon rejoignent rapidement le cénacle prestigieux des avant-gardes du design et des arts plastiques.

En effet, à cette même époque, dès le milieu des années 1960, l’artiste conçoit des couvertures pour les plus célèbres magazines américains, parmi lesquels The New Yorker, Fortune, Life, Esquire, Graphis. Il dessine les cartes de vœux du MOMA en 1968 et en 1969. Il crée des campagnes pour la fameuse agence de communication Mafia. Pour le Centre de création industrielle (CCI) fondé par François Mathey, en 1969, il réalise une œuvre murale pour le pavillon de la France à la Triennale de Milan. Il représente la Belgique aux Biennales de Venise en 1971 et de Sao Paulo en 1973.

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Princess Astrid of Belgium and Secretary General Folon Foundation Stephanie Angelroth pictured during the vernissage of the exhibition ‘Folon, Les Sculptures – Photographies de Thierry Renauld’, during the Belgian Economic Mission to Japan, Friday 09 December 2022 in Kyoto. A delegation featuring the Princess and various Ministers will be visiting Tokyo, Nagoya, Osaka and Kyoto.
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Lors de son premier voyage, en 1970, il est profondément bouleversé par la culture, l’artisanat et les coutumes du pays. La douceur du paysage, l’harmonie des jardins et la délicatesse de l’habitat traditionnel vont nourrir son imaginaire et son œuvre. On peut imaginer que les dégradés de couleurs et les jeux de transparence des estampes japonaises trouvent écho dans les subtiles nuances chromatiques de ses aquarelles ou de ses aquatintes.

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D’autre part, son art (la poésie de l’œuvre, l’équilibre esthétique et l’universalité du message) a été très apprécié du public japonais. Il sera à nouveau sollicité pour une série d’expositions en 1985 et en 1995, à Osaka, à Kyoto, et à Tokyo, notamment au Bunkamura.



Pourquoi ce projet n’a-t-il failli jamais voir le jour ?

Pauline Loumaye: La Fondation a de nouveau été sollicitée avant le COVID pour une grande rétrospective au Japon à l’initiative de plusieurs musées japonais dont le Bunkamura. En 2019, avec l’aide de WBI (Wallonie Bruxelles international) et l’AWEX (l’agence wallonne à l’exportation et aux investissements étrangers), dans le cadre de la mission économique belge présidée par la princesse Astrid de Belgique, la Fondation a prospecté plusieurs partenaires potentiels en vue de cette grande rétrospective inédite. La pandémie a malheureusement contrecarré ce projet jusqu’à ce jour. Ce projet est postposé, néanmoins, nous avons eu l’opportunité, dans le cadre exceptionnel de la mission princière, de nouer un partenariat avec le musée Hakusasonso de Kyoto pour montrer au public japonais un « avant-goût » de cette grande rétrospective à venir et de clore la mission princière qui met également à l’honneur les industries culturelles (gaming, manga) et la promotion d’opérateurs culturels, ambassadeurs de l’image de la Belgique et de la FWB (Folon, Toots Thielemans…).

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Que penser de Folon au Musée Hakusa Sonso ?
Bernard Stevens: Situé dans l’ancienne capitale impériale du Japon, à proximité du Ginkakuji (« temple du pavillon d’argent »), du Tetsugaku no michi (« chemin de la philosophie ») bordé de cerisiers en fleurs, associé à la figure conservatrice voire réactionnaire de Kitaro Nishida, fondateur de la fameuse “école de Kyôto”, cette exposiiion de Folon, dessinateur moderne à mi-chemin entre la ligne claire d’Hergé et l’onirisme de Magritte illustre l’habileté japonaise à effectuer des associations inhabituelles.

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Folon évoque également le manga (漫画 : « esquisse au gré de la fantaisie »). Nous avons là une sensibilité contemporaine, animée par une esthétique dont l’inspiration remonte aux estampes de l’époque d’Edo (ukiyo-e, 浮世絵: « images du monde flottant »), notamment les caricatures, voire aux illustrations pédagogiques de sutras de l’époque de Nara (emakimono, 絵巻物: “rouleaux peints”).

L’art de Folon, sans doute onirique mais très sûr, illustrant des notions ou préoccupations contemporaines — et dont l’œuvre la plus remarquable est peut-être bien son illustration de la Déclaration universelle des Droits de l’homme—, porte en lui également un sens esthétique riche en mémoire et en technique éprouvée, contribuant à élever son œuvre, véritablement unique, au rang de la high culture.

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Articles précédents:
*Lettre au père, de Lola D
*Jean-Michel Folon, un théologien de la beauté
*Folon, la métaphysique des tubes cathodiques
*Il était une fois la Révolution Folon
*La Renaissance de Folon

à propos de l'auteur
Alexandre Gilbert, directeur de la galerie Chappe écrit pour le Times of Israël, et LIRE Magazine Littéraire.
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