Jean-Michel Folon, un théologien de la beauté

@Fondation Folon
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En partenariat avec la Fondation Folon, et après l’exposition « Folon, un rêveur engagé » au Musée Tomi Ungerer – Centre international de l’Illustration, les Musées du Vatican présentent l’exposition Folon. L’Etica della poesia, Tra impegno civile, denuncia e sperenza nell’uomo. Deux oeuvres de l’artiste rejoindront la Collection inaugurée par le pape Paul VI, d’Art religieux moderne, aux cotés d’Auguste Rodin, Vincent van Gogh, Paul Gauguin, Wassily Kandinsky, Otto Dix, Maurice Utrillo, Francis Bacon, Salvador Dalí, Pablo Picasso et Max Ernst.

Quelle relation avait Folon avec l’Italie, Olivetti et le festival Puccini ?

Fondation Folon: L’Italie occupe une place plus que déterminante dans la carrière de Folon. Outre l’amour qu’il porte aux paysages italiens, notamment ceux de la Lagune et de la Toscane, Folon rencontre en Italie une série de personnes amies, qui agiront comme d’indispensables relais dans sa vie. À la fin des années 1950, Folon rencontre le photographe vénitien Fulvio Roiter. En 1962, autre rencontre capitale en la personne de Giorgio Soavi, le directeur artistique de la société Olivetti, qui commande à Folon de nombreux projets : affiches publicitaire pour des machines à écrire, calendriers, mais également des illustrations de livres, qu’Olivetti, suivant une politique de mécénat hors du commun, publie alors. Ce n’est que récemment, suite à une brillante exposition réalisée par le Museo civico d’Ivrea dans le nord de l’Italie (siège de la société Olivetti) que nous avons compris à quel point Olivetti est présent de façon constante dans la carrière de Folon et ce jusqu’en 1990, où la firme italienne le soutient pour la grande rétrospective de son œuvre au Metropolitan Museum de New York, premier artiste vivant à être exposé dans ce temple des arts. Olivetti ne sera pas la seule firme commerciale italienne pour laquelle Folon travaillera. Il concevra également dans les années 1990-2000 de nombreuses campagnes pour la Snam, la société de gaz naturel.

Dès aujourd’hui et jusqu’au 27 août, découvrez l’exposition « Folon. L’etica della poesia » aux Musées du Vatican 😍 La Fondation Folon est heureuse de présenter aux visiteurs du monde entier le travail engagé de Jean-Michel Folon 🎨Merci aux Musées du Vatican pour l’accueil ainsi qu’à toutes les personnes qui ont travaillé à l’élaboration de cette magnifique exposition.🎥 Musei Vaticani

Posted by Fondation Folon on Friday, May 6, 2022

Mais revenons en arrière. En 1970, les sentiments s’en mêlent. Folon rencontre son deuxième grand amour, Paola Ghiringhelli, fille d’un célèbre galeriste milanais. Elle lui ouvre d’autres portes dans son pays qu’il connait pourtant déjà bien.

Côté exposition, il est à souligner que Folon, organise en 2005 à Florence sa dernière rétrospective dans le Forte di Belvedere sur les hauteurs de la ville. Pour l’occasion, il offrira son autoportrait au Musée des Offices, qui rejoint ceux des plus grands artistes de l’histoire. À l’époque, il sort d’une expérience extraordinaire. Il conçoit les décors de La Bohème à l’occasion du Festival Puccini en 2003, à Torre del Lago, mû par son remarquable directeur Franco Moretti.

L’exposition au Musées du Vatican s’inscrit donc dans la continuité d’expositions de Folon dans des lieux magiques de la Péninsule : Biennale de Venise en 1970, installation pour le passage de l’an 2000 à Pietrasanta, mais aussi expositions à Bologne, Lucques, Milan, etc.

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Comment se passe la rencontre entre Micol Forti, Stéphanie Angelroth et Marilena Pasquali ?

FF: La rencontre entre les trois commissaires de l’exposition s’est fait par l’entremise de Marilena Pasquali, historienne de l’art, directrice honoraire du Musée Morandi de Bologne, et grande amie de Folon et par conséquent de la Fondation. Cette exposition n’a pas été sans mal, car, conçue dès 2016 et prête à ouvrir le 17 mars 2020, elle fut littéralement stoppée par le confinement. Fort heureusement, nous avons pu la reprogrammer près de deux ans plus tard. Les œuvres qui y sont présentées, réalisées dans les années 1960-1970 pour la plupart, résonnent particulièrement fort dans le contexte actuel.

Folon a aussi illustré Les chroniques martiennes de Ray Bradbury, l’auteur de Farenheit 451, qui rédigera en retour le catalogue de son exposition historique du premier artiste vivant au MOMA. Folon était-il le plus grand artiste contemporain des années 70 ?

FF: C’est évidemment une question à laquelle il n’est pas possible de répondre. Dans les années 1960 et 1970, Folon fait partie des avant-gardes et est reconnus parmi ses pairs. Mais ce qu’on constate avec Folon, c’est que 17 ans après son décès, il est en train de sortir de la période de purgatoire, inhérente aux grands artistes que l’on a trop vus de leur vivant. A l’heure actuelle, on voit enfin quelle place occupe Folon dans l’art du XXe siècle. Cette place est énorme !

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Un colloque s’est tenu ce 6 mai à Rome sur son art, à l’Academia Belgica, et a réuni une belle brochette de savants, qui chacun à leur manière ont pointé la spécificité de l’artiste et son rôle dans l’imaginaire collectif mais aussi dans l’histoire des arts. En refusant tout élitisme dans son œuvre, en nageant curieusement à contrecourant des tendances intellectualistes de son temps, en promouvant des techniques classiques (aquarelles, gravures, sculptures en bronze, etc.), Folon s’impose comme l’un des artistes les plus vifs de son époque, comprenant et transformant l’héritage des surréalistes, de Steinberg et de Klee en une œuvre d’une grande originalité. Folon est à la fois un grand artiste et un grand témoin. Et cette position est passionnante.

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Ennio Morricone, l’ami des papes dont Giuseppe Tornatore a récemment réalisé un documentaire, illustra, en 1973, le premier générique de Jean-Michel Folon pour une émission de télévision française, Italiques, de Marc Gilbert. Quels liens peut-on faire, entre Folon et Morricone ?

FF: Dès la fin des années 1960, Folon s’enflamme pour le 7 e art. Il créé de nombreuses affiches de films, il s’essaye comme acteur et a même la volonté de devenir réalisateur. Par ailleurs, il se passionne pour les dessins animés, qui le rendront populaire en France, en Belgique et en Italie : génériques d’émissions et de chaine, spots publicitaires, etc.

Folon comprend à quel point un langage artistique en mouvement est susceptible de transporter le cœur des spectateurs. C’est tout naturellement que son œuvre entrera en dialogue avec la musique d’Ennio Morricone. Tous deux sont éminemment populaires, tous deux développent un art de qualité. Mais plus que cela, tous deux sont des poètes de leur temps. Les archives de la Fondation ne nous permettent pas malheureusement de savoir s’ils se sont un jour rencontrés.

à propos de l'auteur
Alexandre Gilbert, directeur de la galerie Chappe écrit pour le Times of Israël, et LIRE Magazine Littéraire.
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