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La résolution 1701 avait fixé le bon ordre. Israël paie d’avoir hésité à la faire respecter

Drapeaux israélien et libanais sur un site commémoratif près de la frontière nord, le 27 juin 2026. La frontière sépare deux États. Pendant vingt ans, l’un a abrité deux armées et l’autre s’en est accommodé. (AP Photo/Ariel Schalit) https://blogs.timesofisrael.com/resolution-1701-prescribed-the-right-order-israel-is-paying-for-hesitating-to-enforce-it/

Vingt ans après la guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah, la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies fixe toujours le bon état final pour le Liban : un État, une autorité, aucune armée milicienne. Israël en a toléré la violation. Le Hezbollah a converti dix-sept années de calme en puissance militaire. La 1701 avait fixé le bon ordre. Israël a échoué à le faire respecter. La facture est arrivée malgré tout.

Le succès a beaucoup de pères et l’échec est orphelin. L’héritage de la deuxième guerre du Liban a inversé la maxime. Pendant vingt ans, l’échec n’a pas manqué de pères : Israël, le gouvernement libanais, la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) et la communauté internationale. Seul le succès est resté orphelin.

Le 11 août 2006, le Conseil de sécurité des Nations unies adoptait la résolution 1701, cadre qui mit fin à la guerre de 2006 au Liban, appelée en Israël deuxième guerre du Liban, et visait à rétablir l’autorité de l’État libanais dans le Sud. Trois jours plus tard, le cessez-le-feu entrait en vigueur et la guerre prenait fin. Vingt ans ont passé. [1]

La 1701 a échoué comme dispositif de désarmement et d’exécution. Le Hezbollah n’a pas été désarmé. Le gouvernement libanais n’a pas établi le monopole étatique de la force. La FINUL n’a pas empêché la montée en puissance militaire du Hezbollah. [2] Mais la résolution a mis fin à la guerre et préservé l’ordre qui devait lui succéder.

La commission Winograd, nommée par le gouvernement pour enquêter sur la conduite d’Israël durant la guerre de 2006, a gravé ses constats dans la mémoire israélienne : défaillances dans la conduite de la guerre, la prise de décision, la préparation militaire et l’alignement de l’action militaire sur la finalité politique. Le rapport conclut que la guerre s’était achevée sans victoire militaire claire et que son issue constituait un grave rendez-vous manqué. [3]

Le rapport conclut également que la résolution 1701 et son adoption unanime par le Conseil de sécurité constituaient un acquis pour Israël. Il précisait que cette appréciation ne dépendait pas de l’application intégrale de la résolution. [4]

Israël a retenu le verdict sur la guerre. Il a oublié celui sur l’arrangement qui y avait mis fin.

D’août 2006 à la réouverture du front, le 8 octobre 2023, la frontière nord d’Israël a connu dix-sept années sans guerre, ponctuées d’incidents et de violations. [5] La guerre de 2006 et le prix payé par le Hezbollah et le Liban ont créé la dissuasion. La 1701 lui a donné une architecture.

Les Forces armées libanaises se sont déployées dans le Sud et la FINUL a été renforcée. Les frictions le long de la Ligne bleue, la ligne de retrait tracée par l’ONU entre Israël et le Liban, ont été encadrées par une coordination étatique et internationale [6], au moyen d’un mécanisme permanent réunissant Tsahal, les Forces armées libanaises et la force internationale, conçu pour empêcher qu’un incident ne dégénère en guerre. [7]

La 1701 a contenu l’usage de la force, guère son accumulation. Le Hezbollah a exploité la faille : calme à la frontière, montée en puissance à l’arrière. Faire respecter ce dispositif exigeait de risquer le calme pour le préserver. Chaque violation laissée sans prix à payer a financé la guerre suivante.

Le fleuve Litani, dans le sud du Liban, n’a jamais été une doctrine de sécurité. Ceux qui le vendent au public comme tel vendent la géographie comme sécurité et l’occupation comme solution. Un fleuve ne démantèle pas une organisation ; une ligne sur une carte ne neutralise pas un système de commandement, de financement, de production, de contrebande et de reconstitution. Israël n’a pas besoin d’une autre Cisjordanie au Liban : un territoire hostile à tenir, une population à administrer, des axes à sécuriser et une armée usée par le contrôle au lieu de poursuivre une issue décisive. Une présence israélienne permanente ferait plus que peser sur Israël : elle rendrait au Hezbollah sa prétention à incarner la « résistance » au moment même où la souveraineté libanaise l’en dépouille. Repousser au nord un Hezbollah toujours armé ne résout pas la menace. Il la reporte.

La 1701 n’est pas la « résolution du Litani ». Elle exige un Sud exempt d’armes et de forces autres que celles de l’État libanais et de la FINUL, ainsi que le désarmement des milices afin qu’aucune arme ni autorité n’existe au Liban hors de l’État. [1]

Le Hezbollah a violé la 1701 pendant vingt ans sans parvenir à la remplacer. Il a maintenu une armée indépendante et exercé un veto sur la guerre et la paix ; ni cette armée ni ce veto n’ont acquis de légitimité. Démanteler la puissance militaire du Hezbollah, c’est appliquer la 1701, non s’en écarter. La carence d’Israël entre 2006 et 2023 fut son acquiescement à ces violations.

La 1701 n’a pas davantage inventé cet ordre. Elle en a hérité. L’accord du 17 mai 1983, l’accord de paix oublié entre Israël et le Liban, avait été approuvé par les deux parlements, dont le Parlement libanais par 65 voix contre 2. [8] Il devait mettre fin à l’état de guerre, organiser le retrait israélien et consacrer la souveraineté des deux États ainsi que la frontière qui les sépare. Il fut torpillé sous la pression syrienne puis abrogé. [9] Mais son principe fondateur a survécu : un Liban souverain, sans veto armé aux mains d’une milice ou d’un parrain étranger.

La diplomatie sans exécution n’est que papier ; la force sans finalité politique n’est que l’affrontement suivant. Israël a substitué la gestion du conflit à l’exécution et, sur d’autres théâtres, continue de différer le règlement politique. Hésitation, atermoiement et esquive aboutissent au même règlement de comptes : l’ennemi fait payer à Israël ce qu’Israël ne lui a pas fait payer à temps.

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Cette version française, enrichie et adaptée par l’auteur, prolonge la tribune originale publiée en hébreu dans Maariv, le 16 août 2026, sous le titre « החלטה 1701 קבעה את הסדר הנכון, ישראל משלמת על היסוסה לאכוף אותו ». Une version anglaise, également enrichie par l’auteur, a été publiée le même jour dans The Times of Israel sous le titre « Resolution 1701 Prescribed the Right Order, Israel Is Paying for Hesitating to Enforce It ».

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Dans le même dossier, du même auteur :

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[1] Conseil de sécurité des Nations unies, « Résolution 1701 (2006) », S/RES/1701 (2006), 11 août 2006.

[2] Emanuel Fabian et Jacob Magid, « Gantz à Blinken : Israël sera forcé de riposter aux attaques incessantes du Hezbollah », The Times of Israël, 12 décembre 2023.

[3] Lina Kennouche, « Côté israélien, le changement de doctrine stratégique… », L’Orient-Le Jour, 12 juillet 2016.

[4] Jewish Telegraphic Agency, « Transcript of the Winograd Commission’s remarks », 30 janvier 2008.

[5] Salah Hijazi, « 2006 – 2023 : la 1701 troquée contre le “modus vivendi” », L’Orient-Le Jour, 5 janvier 2024.

[6] Nations unies, « Comment la FINUL relève le défi de l’escalade du conflit au Liban », 22 octobre 2024.

[7] FINUL, « Tripartite Meeting held on 29 January 2014 », 29 janvier 2014.

[8] Jewish Telegraphic Agency, « Kimche Arriving in Washington Reportedly with Redeployment Plan », 16 juin 1983.

[9] Laure Stephan, « Entre Israël et le Liban, un historique de négociations marqué par de multiples échecs », Le Monde, 14 mai 2026.

 

à propos de l'auteur
Shay Gal est le fondateur de Line of State, un cabinet stratégique international consacré aux affaires stratégiques, aux relations gouvernementales et à la puissance publique. Ancien vice-président chargé des relations extérieures d’Israel Aerospace Industries (IAI), il a auparavant exercé des fonctions au sein du système politique israélien, notamment à la Knesset et au gouvernement. Son travail auprès de gouvernements, d’appareils de sécurité, d’institutions, d’entreprises et de décideurs porte sur des dossiers stratégiques où politique, puissance, accès, communication, renseignement et légitimité publique se rejoignent.
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