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Être pro-Israël, c’est savoir que les implantations ne sont pas Israël

Vue de la nouvelle implantation israélienne de Ma’ale Arugot, dans le Goush Etzion, en Cisjordanie, le 3 septembre 2026. La présence crée des droits pour les personnes ; elle ne transforme pas le territoire en souveraineté. (Wisam Hashlamoun/Flash90) https://www.timesofisrael.com/denouncing-ethnic-cleansing-in-west-bank-uk-announces-trade-ban-with-settlements/

Le débat n’oppose pas les amis d’Israël à ses adversaires, mais deux conceptions de ce que signifie le protéger : confondre présence, droits et souveraineté, ou préserver la capacité d’Israël à fixer lui-même ses frontières, sa sécurité et son avenir politique. Un boycott conçu pour défendre la séparation peut, en Israël, armer politiquement ceux qui veulent l’abolir. Paris, qui revendique à la fois la sécurité d’Israël et la solution à deux États, devrait être la première à mesurer ce paradoxe.

Le Royaume-Uni, la France et le Canada ont annoncé des mesures destinées à interdire l’importation de produits provenant des implantations israéliennes, au nom de la protection de la solution à deux États. [1] Ils ont raison sur le principe. Israël et la Cisjordanie ne relèvent pas du même espace juridique. Israël lui-même maintient cette distinction : il n’a jamais annexé la Cisjordanie, et le droit israélien ne s’y applique pas territorialement comme il s’applique à l’intérieur d’Israël souverain. Certaines lois s’appliquent personnellement aux Israéliens qui y résident – aux personnes, pas au territoire. [2]

Trente-trois ans après la signature de la Déclaration de principes d’Oslo de 1993, elle a été attaquée, érodée, violée et déclarée morte maintes fois. Israël ne l’a jamais abrogée. Oslo II a divisé la Cisjordanie en zones A, B et C, répartissant différemment les compétences civiles, administratives et sécuritaires entre l’Autorité palestinienne et Israël. Cette architecture régit encore la sécurité, l’administration, la fiscalité et les relations avec l’Autorité palestinienne. Aucun gouvernement israélien, même parmi les plus à droite, n’a remplacé l’ordre intérimaire d’Oslo. [3]

Oslo a transféré à l’Autorité palestinienne la gouvernance civile de millions de Palestiniens sans les incorporer à Israël ni compromettre les impératifs de sécurité israéliens. Il n’a pas produit l’accord sur le statut final qu’il devait permettre, mais il a préservé une réalité fondamentale : Israël et les Palestiniens ne forment pas un même corps politique.

Dans tout le spectre politique israélien, la séparation demeure, sous des formes différentes : Yair Lapid maintient l’horizon de deux États ; Naftali Bennett propose une autonomie palestinienne ; Yair Golan défend la séparation et, à terme, un État palestinien démilitarisé ; Gadi Eisenkot préserve la possibilité d’une continuité territoriale palestinienne ; Benjamin Netanyahu défend un gouvernement palestinien autonome sous responsabilité sécuritaire israélienne prépondérante ; et Avigdor Liberman reste attaché à une séparation territoriale.

Un veto n’est pas une doctrine

« Pas d’État palestinien » est un veto, pas une doctrine. Cette formule rejette une issue sans définir celle d’Israël. Une annexion assortie de la pleine citoyenneté modifie l’équilibre démographique de l’État juif ; une annexion sans égalité politique altère sa démocratie ; une domination permanente sans annexion perpétue la friction entre soldats israéliens et civils palestiniens et érige le terrorisme en force capable de façonner l’avenir d’Israël.

Si chaque attentat repousse la séparation et si chaque massacre devient un argument en faveur d’une domination sans fin, le terrorisme acquiert le pouvoir non seulement de tuer des Israéliens, mais de déterminer leurs frontières.

L’indécision n’est pas neutre : elle choisit la domination permanente et donne à l’ennemi le pouvoir d’en façonner l’issue.

La sécurité est la condition ; la neutralisation de la menace, non la possession du territoire, est l’objectif : un Hamas désarmé, une Palestine démilitarisée et des mécanismes d’application robustes face aux violations, à l’effondrement institutionnel ou à un gouvernement hostile. Dans ces conditions, le partage du territoire n’est pas une faveur faite à l’Europe ou aux Palestiniens, mais le moyen de préserver un Israël juif, démocratique, sûr et souverain sans domination permanente sur un autre peuple.

Paris a raison sur la distinction, pas sur l’instrument

La France elle-même reconnaît cette distinction. Le Quai d’Orsay affirme que l’interdiction envisagée « ne constitue absolument pas un boycott de l’État d’Israël » et vise des territoires qu’il ne considère pas comme faisant partie du territoire israélien internationalement reconnu. Dans le même temps, Paris réaffirme son partenariat avec Israël et son engagement envers sa sécurité. [4]

Le désaccord porte sur l’instrument. La France affirme que la solution à deux États doit garantir la sécurité et l’intégration régionale d’Israël ; elle soutient également le désarmement du Hamas, son exclusion de toute gouvernance future à Gaza et le renforcement des institutions palestiniennes. Sur la finalité, la distance entre Paris et Jérusalem est donc moindre que ne le suggère la polémique. Une politique destinée à préserver la séparation peut, dans la politique israélienne, renforcer ceux qui veulent l’effacer.

La rhétorique électorale n’est pas une politique d’État. L’annexion a été promise avant les élections d’avril 2019, à nouveau avant celles de septembre 2019, puis encore en 2020. Elle n’a pas eu lieu, et elle n’aura pas lieu. [5]

E1 ne sera pas bâti. Ce corridor d’implantations projeté entre Jérusalem et Ma’ale Adumim se trouve au cœur du débat sur la continuité territoriale palestinienne. Le projet a été relancé en 2012, réactivé quelques jours avant les élections de mars 2020 et présenté à plusieurs reprises comme un fait accompli. Les annonces sont venues. Le quartier, non. [6]

La distinction entre Israël et les implantations est juste. La transformer en punition économique collective de leurs habitants ne l’est pas. Vivre au-delà de la Ligne verte, la ligne d’armistice de 1949, n’est pas un crime.

Ces Israéliens vivent dans des localités que les gouvernements successifs ont établies, autorisées, subventionnées et reliées aux infrastructures nationales. Une politique d’État engage la responsabilité de l’État ; la culpabilité demeure individuelle. Un enfant né à Ariel n’hérite pas d’une culpabilité pour des politiques qu’il n’a pas choisies.

Le temps crée des droits pour les personnes, pas de souveraineté pour les États. Des décennies de vie au-delà de la Ligne verte n’annexent pas le territoire à Israël, mais elles créent des droits qu’un boycott ne peut effacer.

Économiquement, son levier est presque nul. Les exportations provenant des implantations ne représentent qu’une fraction des exportations israéliennes. [7]

L’essentiel du réseau d’implantations israéliennes en Cisjordanie fonctionne en pratique comme une ceinture résidentielle d’Israël au-delà de la Ligne verte : la majorité des résidents israéliens ayant un emploi travaillent hors de la zone. [8] Un accord sur le statut final n’exigerait pas non plus d’en déraciner la majorité. Les paramètres Clinton de 2000 prévoyaient qu’Israël conserve des blocs regroupant environ 80 % des résidents des implantations ; [9] l’Initiative de Genève de 2003 aboutissait à un résultat comparable pour environ trois quarts d’entre eux grâce à des échanges territoriaux convenus. [10]

À moins de sept semaines des élections israéliennes, le Royaume-Uni, la France et le Canada ont offert un cadeau à ceux-là mêmes qui veulent effacer la distinction entre Israël et la Cisjordanie. [5] Ces responsables politiques répètent depuis des années aux Israéliens que le monde ne s’oppose pas à une politique israélienne particulière, mais à Israël lui-même ; qu’un compromis territorial n’apporte pas la légitimité, mais la prochaine exigence ; que chaque retrait ne fait que déplacer la ligne à partir de laquelle commencera la pression suivante.

Une mesure conçue pour sauver la solution à deux États durcit donc l’opinion israélienne, récompense les partisans de l’annexion, affaiblit ceux qui défendent le partage et transforme un intérêt national israélien en diktat étranger.

Être pro-Israël ne signifie pas avaliser chaque gouvernement israélien ni chacune de ses politiques. S’opposer à une politique israélienne peut précisément être une position pro-Israël.

Être aux côtés d’Israël, c’est distinguer rigoureusement Israël souverain du territoire qu’il n’a pas annexé ; défendre Israël à l’intérieur de frontières sûres et reconnues ; bâtir une capacité étatique palestinienne ; et rendre la séparation plus sûre pour Israël, pas plus coûteuse politiquement.

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Cette version française, traduite, adaptée et augmentée par l’auteur, est issue de l’article original publié en hébreu dans Walla le 15 septembre 2026, sous le titre « להיות פרו ישראלי זה לדעת שההתנחלויות אינן ישראל »

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Dans le même dossier, du même auteur :

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[1] The Times of Israël, « Cisjordanie : 12 pays veulent sanctionner le commerce avec les implantations », 8 septembre 2026 ; Présidence de la République française, « Déclaration conjointe du Président de la République française, du Premier ministre britannique et du Premier ministre canadien sur la solution à deux États », 8 septembre 2026.

[2] Knesset, Foreign Affairs and Defense Committee, « Approved for second and third readings: Legal powers of state authorities in Judea and Samaria and in PA territories will be extended by five years », 17 janvier 2023.

[3] Gouvernement d’Israël, « Palestinian Compliance with the Oslo Accords: A Legal Overview », 6 août 2023.

[4] Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, « Conférence de presse du porte-parole du 9 septembre 2026 », 9 septembre 2026 ; Présidence de la République française, « Déclaration conjointe du Président de la République française, du Premier ministre britannique et du Premier ministre canadien sur la solution à deux États », 8 septembre 2026 ; ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, « Israël/Palestine – Propos de M. Amichai Chikli, ministre du gouvernement israélien », 7 septembre 2026.

[5] The Times of Israel, « Netanyahu: If I’m re-elected, I’ll extend sovereignty to West Bank settlements », 6 avril 2019 ; « In election pitch, Netanyahu vows to annex Jordan Valley right away if reelected », 10 septembre 2019 ; Knesset, « Knesset approves establishment of Israel’s 35th government », 17 mai 2020 ; The Times of Israel, « Election date finalized for October 27, with government set to complete full term », 12 juillet 2026.

[6] The Times of Israel, « Netanyahu says he’s ordered 3,500-home project in contentious E1 West Bank area », 25 février 2020.

[7] House of Commons Library, « UK trade with Israeli settlements in the Occupied Palestinian Territories: Government statements and guidance in 2026 », 8 juillet 2026. La Library souligne la difficulté d’isoler précisément les flux commerciaux issus des implantations ; elle estime les échanges totaux entre le Royaume-Uni et les territoires palestiniens à environ 38 millions de livres en 2025, contre environ 6 milliards de livres d’échanges entre le Royaume-Uni et Israël.

[8] Israel Central Bureau of Statistics, Labour Force Survey Data, December 2023, 29 janvier 2024. Dans la région de Judée-Samarie, 63,6 % des résidents ayant un emploi travaillaient hors de leur localité ; 84,4 % de ces navetteurs travaillaient hors de la région.

[9] The Clinton Parameters, réunion à la Maison-Blanche, 23 décembre 2000 : « 80% of settlers in blocks ».

[10] Geneva Initiative, « Myths About the Conflict », expliquant que son modèle d’échanges territoriaux laisserait 75 % des résidents des implantations de Cisjordanie sous souveraineté israélienne.

à propos de l'auteur
Shay Gal est le fondateur de Line of State, un cabinet stratégique international consacré aux affaires stratégiques, aux relations gouvernementales et à la puissance publique. Ancien vice-président chargé des relations extérieures d’Israel Aerospace Industries (IAI), il a auparavant exercé des fonctions au sein du système politique israélien, notamment à la Knesset et au gouvernement. Son travail auprès de gouvernements, d’appareils de sécurité, d’institutions, d’entreprises et de décideurs porte sur des dossiers stratégiques où politique, puissance, accès, communication, renseignement et légitimité publique se rejoignent.
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