Une frange armée ne défend pas Israël. Elle confisque l’État

Seul un État souverain décide où ses soldats combattent, quelle présence civile il peut défendre et comment il tranche l’avenir politique de millions de Palestiniens. Nulle faction ne peut fabriquer le danger, réquisitionner l’armée, convertir les pertes en autorité politique et enchaîner les gouvernements futurs à un passé réécrit.
Vendredi 24 juillet 2026, un groupe de colons armés a pénétré dans un secteur palestinien près du village de Tell, en Samarie, dans le nord de la Cisjordanie.
Tsahal a dû détourner des forces de leurs missions pour extraire les instigateurs. Le commandant Yuval Ezra a été tué.[1]
Benayahu Mellet n’était pas le soldat que l’État avait envoyé dans cette arène ; il comptait parmi ceux qui l’avaient créée. L’armée en a payé le prix.
Quelques mois auparavant, le même mécanisme avait opéré au Liban. Zeev Ehrlich avait été conduit dans une zone de combat pour une visite archéologique. Une unité de Tsahal a rencontré l’ennemi, et le sergent Gur Kehati a été tué.[2] Là encore, une initiative civile a détourné la force de sa mission et transformé un soldat en sauveteur.
Dans les deux cas, le récit fut réécrit : ceux qui avaient créé le danger furent érigés en victimes, tandis que les soldats tombés furent conscrits posthumément pour justifier les entreprises qui les avaient entraînés à la mort.
Le mythe supplanta l’enquête, l’auréole effaça la responsabilité, et le désastre autorisa l’aventure suivante.
Quiconque pénètre sciemment en territoire hostile et contraint Tsahal à l’en extraire n’affirme pas la souveraineté : il l’usurpe.
Il dicte où opérera l’armée de l’État, quelles forces seront détournées et quel risque l’État assumera. Le gouvernement fixe les missions de l’armée, non un civil armé.
Au nom de la terre, cette minorité exproprie l’État : elle substitue sa volonté à la décision nationale et viole son monopole sur la force.
La plupart des habitants des implantations respectent la loi et servent dans Tsahal. Ils y vivent en vertu de politiques adoptées par des gouvernements israéliens successifs, qui ont encouragé, financé et étendu cette présence.
Si l’État en décide autrement, ils s’y opposeront dans le cadre de la loi, puis s’y conformeront.
Les émeutiers ne les représentent pas. Ils les mettent les premiers en danger : ils soustraient des forces à la défense de leurs localités et à la lutte antiterroriste, les exposent aux représailles et discréditent toute une communauté.
Ce dossier n’oppose pas Israël à ses implantations. Il oppose l’État à ceux qui, par les armes et le fait accompli, prétendent lui dicter sa géographie, ses opérations militaires et son avenir politique.
Dans quelques semaines, vingt et un ans se seront écoulés depuis le désengagement israélien de Gaza. Israël y a démantelé un système qui consommait de la sécurité au lieu d’en produire.
Quelque 8 500 Israéliens vivaient dans des enclaves au milieu de plus d’un million de Palestiniens. Leur présence exigeait des routes qui ne pouvaient jamais être véritablement sécurisées, des convois, des postes militaires, des escortes et un déploiement massif de troupes.[3]
Des civils et des soldats mouraient pour défendre un dispositif qui ne défendait pas Israël.
Tsahal constituait le périmètre défensif des implantations ; les implantations ne constituaient pas celui d’Israël.
Depuis, la leçon a été réécrite. Les tirs de roquettes Qassam avaient commencé plusieurs années avant le désengagement.[4] Celui-ci en est pourtant désormais rendu responsable ; Tsahal défendait les habitants des implantations à l’intérieur de Gaza, mais ceux-ci sont aujourd’hui présentés comme les défenseurs des localités israéliennes alentour.
Le 7-Octobre a amplifié le mythe : un dispositif qui exigeait d’être défendu fut rétrospectivement érigé en rempart.
L’évacuation ne fut pas l’erreur ; l’avoir transformée en fuite le fut.
Un État ne prouve pas sa présence par la vie de ses citoyens. Israël s’est retiré sans accord, sans interlocuteur palestinien assumant la responsabilité du territoire et sans mécanisme coercitif capable de faire payer toute montée en puissance militaire.
Le Hamas a revendiqué le retrait comme une victoire du terrorisme.[5] Quelques mois plus tard, il a remporté les élections législatives palestiniennes.[6]
Israël a corrigé la géographie et échoué dans la stratégie : le vide, non l’évacuation, fut l’échec.
En Cisjordanie, le slogan a supplanté la politique. Les responsables israéliens peuvent s’opposer à la solution à deux États ; leur opposition n’abolit pas le réel.
Israël n’a pas abrogé les accords d’Oslo. L’Autorité palestinienne administre toujours les affaires civiles de millions de Palestiniens.[7] La séparation institutionnelle existe, mais demeure inachevée ; les institutions permanentes de l’État et l’appareil de sécurité israélien opèrent chaque jour sur cette base.
Aucun gouvernement ne peut transférer des millions de Palestiniens, et aucun ne cherche à gérer les écoles de Naplouse, l’assainissement de Jénine, les hôpitaux de Ramallah et les municipalités d’Hébron.
Deux issues subsistent : un État unique accordant à tous une citoyenneté égale, ou un pouvoir israélien permanent exercé sur des millions de personnes privées d’égalité politique.
La minorité violente entend exproprier ce choix. Les avant-postes, les provocations et le sang renchérissent toute décision future jusqu’à ce qu’aucun gouvernement n’ose plus la prendre.
Un responsable politique qui couvre cette campagne, fût-ce par son silence, n’est pas un dirigeant ; il livre l’autorité de l’État aux émeutiers.
Quiconque proclame qu’ « il n’y aura pas d’État palestinien » et refuse de dire ce qui viendra à sa place ment au public : il vend un veto sans alternative et envoie les soldats régler la facture.
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Cette version française, adaptée et enrichie par l’auteur, reprend un article publié à l’origine en hébreu dans Maariv le 26 juillet 2026, sous le titre « מיעוט חמוש כובל את צה״ל ומפקיע את הכרעת המדינה », puis paru en anglais dans The Times of Israel sous le titre « An Armed Fringe Is Not Defending Israel. It Is Hijacking the State ».
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Dans le même dossier, du même auteur :
- « With Law, Without Illusions – Rabin, Leadership and Responsibility », The Times of Israel, 3 novembre 2025.
- « No Hands on Soldiers », The Times of Israel, 16 novembre 2025.
- « Le Litani n’est pas une doctrine de sécurité », The Times of Israël, 22 mars 2026.
- « We Did Not Lose the War. We Lost Control of It », The Times of Israel, 10 avril 2026.
- « Aiding the enemy in wartime from within », The Times of Israel, 23 avril 2026.
- « Turkey’s Fidan Wants to Write the Region’s Rules. Israel Is Writing Ankara Out », The Times of Israel, 31 mai 2026.
- « La Turquie ne défend pas les Palestiniens. Elle les utilise », The Times of Israël, 5 juin 2026.
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[1] Emanuel Fabian, Nurit Yohanan, Reuters et Times of Israel Staff, « Cisjordanie : Deux Israéliens et quatre Palestiniens tués lors d’affrontements à Tell », The Times of Israël, 24 juillet 2026.
[2] Emanuel Fabian et Times of Israel Staff, « Un civil israélien de 71 ans, entré au Liban sans autorisation, tué en même temps qu’un soldat », The Times of Israël, 21 novembre 2024.
[3] Mati Wagner, « Retour au Gush Katif : un mouvement déterminé à faire revenir les Israéliens à Gaza », The Times of Israël, 6 décembre 2023.
[4] Gianluca Pacchiani, « Le Hamas et le Jihad islamique importent des tactiques de Gaza en Cisjordanie », The Times of Israël, 15 août 2023.
[5] Jean-Pierre Filiu, « Fin de partie pour le président palestinien », Le Monde, 25 mars 2018.
[6] AFP et Times of Israel Staff, « Abbas fixe les élections législatives palestiniennes au 28 novembre – premier scrutin en 20 ans », The Times of Israël, 9 juillet 2026.
[7] Nurit Yohanan, « Vallée du Jourdain : la barrière de Tsahal balaie les terres des Palestiniens », The Times of Israël, 17 juillet 2026.
