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Jérusalem restera fidèle à Bakou. Elle ne lui cédera ni sa mémoire, ni ses corridors, ni Chypre

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (à gauche) rencontre le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev au palais de Zagulba, à Bakou, le 13 décembre 2016. L’alliance entre Jérusalem et Bakou est stratégique ; elle ne confère à aucune capitale un droit de veto sur la mémoire, les choix ou la souveraineté de l’autre. (Crédit : Haim Zach/GPO) https://www.timesofisrael.com/in-azerbaijan-pm-hails-arms-deals-as-beacon-of-jewish-muslim-coexistence/

Israël préservera son alliance avec Bakou sans lui céder sa mémoire, l’IMEC ni Chypre. Indispensable face à l’Iran, l’Azerbaïdjan abdique pourtant sa souveraineté lorsqu’il reprend le négationnisme d’Ankara, légitime son occupation chypriote et expose les technologies israéliennes à son emprise. Jérusalem exigera toute la vérité, sanctuarisera ses capacités et traitera la militarisation turque de Chypre comme une menace israélienne. La loyauté oblige. La souveraineté tranche.

L’État juif ne marchande pas la vérité. L’Azerbaïdjan mérite la loyauté d’Israël, non un droit de veto sur sa mémoire.

Le Conseil des ministres israélien a reconnu le génocide arménien. Puis Jérusalem a cédé à Bakou et bloqué le vote de la Knesset qui devait parachever l’acte.[1]

La reconnaissance demeure. La capitulation aussi.

Un État juif ne marchande pas la vérité. L’Azerbaïdjan mérite la loyauté d’Israël, non un droit de veto sur la mémoire israélienne.

Après l’effondrement soviétique, Israël a noué des liens dans tout le Caucase du Sud. L’Arménie s’est arrimée à Moscou et à Téhéran. L’Azerbaïdjan a placé Israël au cœur de sa politique étrangère souveraine. Des siècles de vie juive ancrent cette relation dans la société azerbaïdjanaise.

Jérusalem ne s’excusera pas d’avoir choisi l’allié qui l’a choisie.

Des systèmes israéliens ont aidé Bakou à renverser le rapport de forces en 2020, puis à en consacrer l’issue en 2023.[2] L’Azerbaïdjan a répondu par l’énergie et le renseignement, protégé les communautés juives et les missions israéliennes, et résisté aux pressions d’Ankara et de Téhéran.

En 2025, le brut azerbaïdjanais a couvert près de la moitié des importations pétrolières d’Israël.[3] C’est de l’interdépendance, non du pétrole contre des armes.

L’Iran en est le cœur. À sa frontière avec l’Iran, l’Azerbaïdjan affronte la subversion et le terrorisme des Gardiens de la révolution. Israël affronte le même régime dans toute la région. En mars 2026, Bakou a dévoilé des complots iraniens visant l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan, l’ambassade d’Israël, une synagogue et un dirigeant de la communauté des Juifs des montagnes.[4]

Le renseignement les lie ; le cyber, la défense aérienne et la protection des infrastructures convertissent l’alignement en puissance. Israël a besoin d’un Azerbaïdjan souverain sur la frontière septentrionale de l’Iran, ni champ de bataille ni base de lancement. L’Azerbaïdjan a besoin d’un Israël qui affronte Téhéran.

Shay Gal au Congrès international d’astronautique de Bakou, accueilli par Azercosmos en 2023. La coopération spatiale compte parmi les dimensions les plus avancées du partenariat israélo-azerbaïdjanais. (Crédit : collection personnelle de Shay Gal)

Au-delà de l’Iran, le partenariat atteint l’orbite. Israel Aerospace Industries fournit à Azercosmos des satellites avancés,[5] le Technion développe les capacités cyber de Bakou,[6] et la coopération couvre l’intelligence artificielle, l’eau, l’agriculture, le commerce et l’investissement. L’Azerbaïdjan a également servi d’intermédiaire entre Jérusalem et Ankara, accueillant des pourparlers destinés à prévenir un affrontement en Syrie.[7]

« Une nation, deux États » lie l’Azerbaïdjan à la Turquie. Pourtant, Bakou a préservé ses liens avec Israël lorsqu’Ankara cherchait à l’isoler, et bloqué le rapprochement turco-arménien de 2009 jusqu’à ce que les intérêts azerbaïdjanais soient garantis.[8]

La Turquie est l’alliée la plus proche de l’Azerbaïdjan. Ankara n’en est pas le maître.

Les médias turcs proches du pouvoir ont présenté les liens entre Bakou et Jérusalem comme une trahison du monde musulman. Des médias azerbaïdjanais proches de l’État ont dévoilé la campagne. L’appareil présidentiel turc de désinformation est resté silencieux.

Dans le système médiatique d’Erdogan, le silence vaut autorisation. La campagne visait à punir Bakou pour ses liens avec Israël et à assujettir sa politique à Ankara.

La vérité n’appartient pas aux alliances

Le génocide arménien marque la frontière où s’arrête la souveraineté azerbaïdjanaise et commence le négationnisme d’Ankara.

Le crime de 1915 fut ottoman, commis avant l’existence de l’Azerbaïdjan comme État, alors que la plupart des Azerbaïdjanais vivaient sous domination russe. La responsabilité incombe au Comité Union et Progrès, ainsi qu’aux militaires, policiers, fonctionnaires et auxiliaires qui organisèrent les déportations, la spoliation et la mise à mort de masse.

Bakou n’a hérité d’aucune culpabilité de 1915. En qualifiant le génocide de « soi-disant », en dénonçant la reconnaissance israélienne et en exigeant son retrait, Bakou a endossé le négationnisme d’Ankara.[9]

L’Azerbaïdjan doit reconnaître un génocide qu’il n’a pas commis. Cette reconnaissance rend son histoire à Bakou et ouvre la réconciliation à trois conditions : la vérité sans culpabilité héritée, la responsabilité sans humiliation, la paix sans amnésie.

Le Caucase du Sud tient aussi son propre registre. Les violences de 1905 et 1906 ravagèrent des communautés arméniennes et musulmanes sans distinction. En mars 1918, les forces bolcheviques et dachnaks massacrèrent des musulmans à Bakou. En septembre, l’Armée ottomane de l’Islam, soutenue par des forces azerbaïdjanaises locales, massacra des Arméniens dans la même ville. En 1920, le quartier arménien de Choucha fut détruit et sa communauté effacée.

Puis vinrent Soumgaït, le pogrom de Bakou, Khodjaly, les déplacements de masse et deux guerres.[10]

Une tombe n’est pas un argument contre une autre tombe.

La souffrance azerbaïdjanaise appartient au registre historique. La sélectivité arménienne exige une histoire plus complète, non la falsification turque.

Une paix sans mémoire n’est qu’un corridor

L’accord de Washington, paraphé le 8 août 2025, n’est toujours pas signé, Bakou exigeant une révision constitutionnelle.[11] Il ne reconnaît ni génocide ni atrocité du début du XXe siècle, n’impose aucune excuse, ferme la voie à toute nouvelle revendication interétatique antérieure à la signature et impose le retrait ou le règlement des procédures pendantes.[12]

C’est l’amnésie codifiée.

La défaite a contraint le Premier ministre arménien Nikol Pachinian. Elle ne l’obligeait ni à purger la politique étrangère arménienne de la reconnaissance du génocide, ni à réduire la paix aux frontières, au transit et à la survie. Son devoir est la survie, non l’effacement.[13]

Dans le cadre de la Trump Route for International Peace and Prosperity, la TRIPP, « route Trump pour la paix et la prospérité internationales », l’Arménie conserve sa juridiction, ses douanes et le contrôle de ses frontières. Une société détenue conjointement par les États-Unis et l’Arménie obtient une concession de quarante-neuf ans, prorogeable de cinquante ans, afin de développer routes, voies ferrées, pipelines, réseaux électriques et fibre optique.[14]

L’Arménie conserve le drapeau. Bakou obtient la fonction du corridor.

Le traité doit consacrer la reconnaissance azerbaïdjanaise du génocide arménien et contraindre Erevan à nommer le massacre des musulmans de Bakou en mars 1918, les expulsions d’Azerbaïdjanais et Khodjaly. Choucha, Soumgaït et le pogrom de Bakou doivent intégrer un registre historique commun.

Sans vérité, la paix n’est que transit.

L’Azerbaïdjan a gagné. Subordonner la paix à une révision constitutionnelle transforme la victoire en obstruction.

Jérusalem ne peut exiger la vérité historique de Bakou et d’Erevan tout en ne reconnaissant qu’une partie du crime.

Les historiens israéliens Benny Morris et Dror Ze’evi qualifient la destruction des Arméniens, des Assyriens et des Grecs ottomans, dont les Grecs pontiques, de « génocide de trente ans ».[15] Des massacres hamidiens aux Jeunes-Turcs, puis aux premières années de la République turque, gouvernements et uniformes changèrent ; le projet demeura.

Il anéantit les peuples chrétiens arménien, assyrien et grec d’Anatolie par le meurtre, la déportation, la conversion forcée, la spoliation et l’effacement. Ce fut une turquification par la dépossession : des peuples, des histoires et des lieux saints consumés pour fabriquer une nation assez pure pour sa propre mythologie.

NILI, le réseau de renseignement juif de Palestine ottomane, avait compris avant l’État juif. Sarah Aaronsohn vit la machine ottomane se déployer contre les Arméniens. Aaron Aaronsohn saisit l’avertissement : dès qu’un État érige un peuple autochtone en menace sécuritaire, l’extermination devient administration. Les Juifs de la Terre d’Israël étaient assez proches pour savoir qu’ils pouvaient être les suivants.[16]

Israël doit reconnaître l’intégralité de ce « génocide de trente ans ».

Les corridors divergent. Chypre tranche

La géographie sépare Jérusalem et Bakou.

La liaison du Syunik à travers l’Arménie, reliant l’Azerbaïdjan au Nakhitchevan, renforce le corridor médian en acheminant le commerce d’Asie centrale par la mer Caspienne, l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie vers l’Europe.[17] Le corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe, l’IMEC, relie l’Inde à l’Europe par le Golfe, la Jordanie et Israël, transportant fret, énergie et données.[18]

Les deux axes coexistent géographiquement, mais se disputent les capitaux, le fret, les normes, les données, l’assurance et le contrôle de la porte européenne de l’Asie. Chaque ligne ferroviaire, chaque garantie et chaque régime réglementaire consolide une architecture et érode l’autre.

L’IMEC arrime Israël à l’Inde, au Golfe, à Chypre, à la Grèce et à l’Europe. Le corridor médian lie l’essor de l’Azerbaïdjan au contrôle turc du débouché occidental. L’Asie du Sud en révèle le coût stratégique : Bakou et Ankara ont soutenu le Pakistan contre l’Inde.[19] Puissance nucléaire, le Pakistan refuse de reconnaître Israël.[20] L’Inde demeure le principal partenaire asiatique de Jérusalem.

Israël commercera avec Bakou et bâtira l’IMEC.

Bakou a inscrit l’occupation turque d’une partie de Chypre dans le protocole diplomatique. L’entité sécessionniste illégale a intégré l’Organisation des États turciques comme observateur en 2022. Le président Ilham Aliyev a accueilli et présidé le sommet du 7 octobre 2025 à Gabala, en Azerbaïdjan, puis en a signé la déclaration, qui donne au dirigeant chypriote turc Ersin Tatar le titre de président et requalifie l’occupation en « réalité existante ».

Le même sommet a approfondi l’intégration des industries de défense et proposé des exercices conjoints en Azerbaïdjan.[21] Bakou met en œuvre des systèmes israéliens. Israël doit sanctuariser face à Ankara les technologies, la doctrine et le savoir opérationnel sous-jacents, par le contrôle des transferts, le compartimentage et la cybersécurité.

L’Azerbaïdjan ne peut invoquer l’intégrité territoriale au Karabakh tout en légitimant la partition de Chypre par la Turquie.

Ankara militarise les zones occupées à Lefkoniko et à Bogazi, étendant son emprise sur les routes maritimes d’Israël, ses gisements énergétiques, ses câbles sous-marins, ses approches aériennes et le débouché méditerranéen de l’IMEC.[22]

L’objectif d’Israël est le retrait turc et la réunification de la République. Si Ankara consolide son emprise et fait de l’occupation une arme, Jérusalem, à la demande de Nicosie et aux côtés de la Grèce, rétablira par la force la souveraineté de la République.

Jérusalem et Bakou se tiendront côte à côte. La loyauté est réciproque. Chaque capitale conserve sa souveraineté.

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Cette version française, adaptée et développée par l’auteur, prolonge l’article publié en anglais dans Israel Hayom, le 23 juillet 2026, sous le titre « Jerusalem and Baku owe each other loyalty, not sovereignty ».

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Dans le même dossier, du même auteur :

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[1] i24NEWS, « Génocide arménien : l’Azerbaïdjan fait pression sur Israël », 19 juillet 2026.

[2] Isabel Debre, « Israeli arms quietly helped Azerbaijan retake Nagorno-Karabakh, to the dismay of region’s Armenians », Associated Press, 5 octobre 2023.

[3] Sudarshan Varadhan, « Israel’s imports of Azerbaijani oil via Turkey jump despite Ankara’s trade ban », Reuters, 21 janvier 2026.

[4] Nadira Tudor, « L’Azerbaïdjan affirme avoir déjoué un complot lié à l’Iran visant un oléoduc et des sites juifs », Euronews, 7 mars 2026.

[5] Israel Aerospace Industries, « IAI and the Space Agency of the Republic of Azerbaijan – Azercosmos, Announce Groundbreaking Agreement on Azersky-2 Program », 2 octobre 2023.

[6] Ministère du Développement numérique et des Transports de la République d’Azerbaïdjan, « Ministry of Digital Development & Transport together with Israel’s Technion University establishes Azerbaijan Cyber Security Center », 30 juin 2022.

[7] Nava Freiberg et Reuters, « Israël et la Turquie négocient une désescalade pour éviter un conflit armé en Syrie », The Times of Israël, 10 avril 2025.

[8] Reuters, « Turkey seeks to ease Azeri worries on Armenia ties », 13 mai 2009.

[9] Jerusalem Post Staff et Miriam Sela-Eitam, « “Distortion of historical facts”: Azerbaijan decries Israel’s recognition of Armenian Genocide », The Jerusalem Post, 29 juin 2026.

[10] Laurence Broers, Armenia and Azerbaijan: Anatomy of a Rivalry, Edinburgh University Press, 2019.

[11] Nima Khorrami, « L’accord de paix entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie court le risque de mourir dans l’œuf », Le Rubicon, 31 octobre 2025.

[12] Ministère des Affaires étrangères de la République d’Arménie, « Publication of the initialed Agreement between Armenia and Azerbaijan », 11 août 2025.

[13] Bureau du Premier ministre de la République d’Arménie, « The Prime Minister gives interview to Turkish media representatives », 13 mars 2025.

[14] Ministère des Affaires étrangères de la République d’Arménie, « Joint Statement on the Publication of the Armenia-U.S. Implementation Framework for the Trump Route for International Peace and Prosperity », 14 janvier 2026.

[15] Benny Morris et Dror Ze’evi, The Thirty-Year Genocide: Turkey’s Destruction of Its Christian Minorities, 1894–1924, Harvard University Press, 2019.

[16] Jewish Women’s Archive, « Sarah Aaronsohn ».

[17] Emma Collet et Marie Jégo, « Le Kazakhstan veut devenir le maillon commercial essentiel entre la Chine et l’Europe », Le Monde, 11 août 2024.

[18] Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, « Le projet de corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe », France Diplomatie.

[19] Hritam Mukherjee, « Indian travel firms report drop in Turkey bookings over Pakistan support », Reuters, 14 mai 2025.

[20] Ministère des Affaires étrangères du Pakistan, « Recognition of Israel not under consideration », 24 novembre 2020.

[21] Organisation des États turciques, « Gabala Declaration of the Twelfth Summit of the Organization of Turkic States », 7 octobre 2025.

[22] Bureau de presse et d’information de la République de Chypre, The Cyprus Question: A Brief Introduction, 10e éd., juin 2025, p. 23.

à propos de l'auteur
Shay Gal est le fondateur de Line of State, un cabinet stratégique international consacré aux affaires stratégiques, aux relations gouvernementales et à la puissance publique. Ancien vice-président chargé des relations extérieures d’Israel Aerospace Industries (IAI), il a auparavant exercé des fonctions au sein du système politique israélien, notamment à la Knesset et au gouvernement. Son travail auprès de gouvernements, d’appareils de sécurité, d’institutions, d’entreprises et de décideurs porte sur des dossiers stratégiques où politique, puissance, accès, communication, renseignement et légitimité publique se rejoignent.
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