État palestinien : corruption et dérives de l’OLP (2/3)

Partie 1 : État palestinien, première impasse représentative (1/3)
L’Organisation de libération de la Palestine (OLP)
Lors du sommet arabe de 1964, Gamal Abdel Nasser poussa la Ligue arabe à créer une nouvelle instance de représentation palestinienne : l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Sa direction fut confiée à de hauts fonctionnaires issus des pays arabes voisins, à commencer par Ahmad al-Shuqeiri, Libanais de naissance, ancien ambassadeur du Royaume d’Arabie saoudite auprès des Nations unies, puis par Yahya Hammouda, ancien bâtonnier de l’Ordre des avocats de Jordanie.
Revendiquant une victoire dans la guerre d’Algérie, Gamal Abdel Nasser entreprend de développer son projet d’anéantissement d’Israël. Ce projet se heurte néanmoins à trois dilemmes majeurs :
- Le Haut Conseil arabe pour la Palestine est devenu inopérant et incapable de représenter politiquement les Arabes de Palestine, discrédité par le passé pronazi de son principal dirigeant, le mufti Amin al-Husseini.
- Le roi Hussein de Jordanie revendique la souveraineté sur la Cisjordanie au nom du slogan hachémite de l’ « unité des deux rives » : selon cette doctrine, les Cisjordaniens sont d’abord des Jordaniens, et non un peuple distinct.
- Nasser a déjà amorcé la constitution de formations armées destinées à mener des opérations de sabotage et d’attentats sur le territoire israélien, mais il ne détenait pas le contrôle exclusif de ces groupes, en raison de la présence active et de l’influence croissante de l’Union soviétique dans leur encadrement.
La création de l’OLP s’inscrivit dans un cadre parallèle de représentation, aux contours volontairement ambigus, sans pour autant dissoudre le Haut Conseil arabe pour la Palestine ni remettre en question les revendications hachémites sur la Cisjordanie. La Ligue arabe décida alors que l’OLP adopterait le terrorisme comme moyen de créer un État s’étendant « de la mer au fleuve ».
Dès 1959, un ancien officier de l’armée égyptienne et ancien membre des Frères musulmans, Mohammed Abdel Raouf al-Qoudwa, alias « Yasser Arafat », fonda le Fatah en tant que mouvement paramilitaire sans orientation idéologique clairement définie.
Or, un autre mouvement était en train de se cristalliser : le Mouvement des nationalistes arabes (MNA), né principalement à l’Université américaine de Beyrouth autour de disciples de Constantin Zureik tels que George Habache et Nayef Hawatmeh. Fondé sur une tentative de fusion entre nationalisme arabe et marxisme, ce courant devint rapidement le cheval de Troie du Kremlin soviétique. Ce mouvement donnera plus tard naissance au Front populaire de libération de la Palestine (FPLP).
La rivalité pour la représentation palestinienne s’est ouverte entre le FPLP et le Fatah
Il était initialement prévu que George Habache prenne la présidence du comité exécutif de l’OLP, mais cette perspective déplut à Nasser qui apporta son soutien à Yasser Arafat. Ce dernier fut ainsi porté à la tête du comité exécutif de l’OLP.
Contrairement au FPLP devenu proche de l’Union soviétique et ouvertement hostile aux pays du Golfe, le Fatah, dépourvu d’idéologie claire, adopta un discours opportuniste, multipliant les déclarations en direction de tous les fronts. Cette stratégie permit à Arafat de se rapprocher à la fois :
- de l’Union soviétique,
- du socialisme international,
- de Nasser et des monarchies du Golfe.
C’est ainsi qu’il parvint, dès ses premiers pas, à prendre le contrôle de l’OLP. Le FPLP entra ensuite dans un conflit interne opposant deux courants :
- l’aile marxiste de gauche, dirigée par Nayef Hawatmeh,
- et l’aile dite « droite de gauche », incarnée par George Habache.
Ce schisme aboutit à la formation de deux entités distinctes : le FPLP et le FDLP.
En effet, cette scission n’est pas la seule, mais elle demeure la plus significative. L’histoire des formations palestiniennes est celle d’un processus de fission à la fois proliférant, presque amibien, mais profondément marqué par la violence.
Arafat a su tirer parti de la prolifération de scissions amibiennes au sein des formations palestiniennes pour prendre le contrôle effectif de la prise de décision au sein de l’OLP, en s’imposant dans ses principales instances :
- Le Conseil national palestinien : considéré comme le « parlement » de l’OLP, jamais issu d’élections, officiellement constitué par consensus entre les différentes factions palestiniennes, mais en réalité largement façonné par Arafat lui-même, avec l’appui ou la pression de certains États arabes et des deux principales formations : le FPLP et le FDLP.
- Le Conseil central : élu par le Conseil national palestinien et présenté comme une instance restreinte de ce dernier, était lui aussi, en pratique, composé selon les choix d’Arafat, sous l’influence des mêmes équilibres entre factions et régimes arabes.
- Le Comité exécutif de l’OLP : formellement élu par le Conseil national palestinien, était en réalité dominé par des figures sélectionnées par Arafat, là encore avec le concours des États arabes et des deux grandes formations rivales.
Arafat renforça encore son autorité en 1974, année marquée par la disparition du Haut Conseil arabe pour la Palestine, consécutive au décès d’Amin al-Husseini
La même année, lors d’une session tenue au Caire, le Conseil national palestinien adopta le programme en dix points, reconnaissant implicitement l’existence d’Israël et ouvrant la voie à une éventuelle résolution du conflit. Ce tournant pragmatique, impulsé par Arafat, permit à Anouar el-Sadate et au roi Hassan II de faire adopter par la Ligue arabe une résolution consacrant l’OLP comme « seul représentant légitime du peuple palestinien ».
Cette reconnaissance se fit toutefois en dépit de l’opposition du roi Hussein de Jordanie, qui continuait de revendiquer la Cisjordanie, bien qu’il n’en eût plus le contrôle depuis la guerre de 1967. Il ne renoncera officiellement à cette revendication qu’en 1988, sous la pression de l’administration Reagan.
Tout au long de l’histoire de l’OLP, les scissions entre formations palestiniennes se sont poursuivies sans relâche, jusqu’à l’émergence de mouvements islamistes comme le Hamas et le djihad islamique, qui n’ont jamais intégré l’organisation.
Arafat n’était pas un acteur isolé, mais les chefs arabes – Nasser, Saddam Hussein, Hafez el-Assad, Kadhafi, entre autres – ne l’étaient pas non plus. Chaque régime cherchait à exercer une influence sur l’OLP, allant jusqu’à orchestrer des alliances inter-factions telles que le Front de l’Acceptation, le Front du Refus, le Front national de Salut ou encore l’Alliance des dix formations, afin de servir ses propres ambitions régionales.
Arafat sut habilement manœuvrer dans ses relations, souvent tendues avec les dirigeants arabes, tout en poursuivant le cap pragmatique amorcé en 1974. Il entama des contacts avec l’extrême gauche israélienne, puis avec les sociaux-démocrates, avant de signer les accords d’Oslo avec Yitzhak Rabin. Il créa l’Autorité palestinienne, renonça officiellement au terrorisme et alla jusqu’à engager le dialogue, dans les années 1990, avec la droite israélienne, notamment sous Benjamin Netanyahu.
Parallèlement à son engagement diplomatique, Arafat mit en place un système de pouvoir ultra-autoritaire
Avant les accords d’Oslo, depuis Beyrouth puis Tunis, et après ceux-ci, depuis Ramallah, il n’hésita jamais à faire taire, voire à éliminer, quiconque représentait une menace pour son autorité. Il structura des appareils de sécurité calqués sur ceux des régimes arabes voisins, recourant :
- à la torture,
- aux assassinats politiques,
- et à la liquidation de ses opposants.
Par ailleurs, Arafat a exercé un contrôle personnel étroit sur les fonds de l’OLP, majoritairement issus de l’aide extérieure. Il a placé plusieurs membres de sa famille à des postes stratégiques :
- son frère Fathi Arafat à la tête du Croissant-Rouge palestinien,
- son neveu Nasser al-Qoudwa comme ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne,
- ou encore son autre neveu, Salman el-Herfi, nommé ambassadeur successivement en Afrique du Sud, en Tunisie, puis en France, entre autres.
La fortune accumulée par la famille Arafat est apparue au grand jour plus de vingt ans après sa disparition
Sa fille, Zahwa, mène une vie de grande aisance, et plusieurs membres de son entourage familial occupent désormais des positions influentes au sein d’institutions internationales. L’une de ses proches a même été nommée conseillère à la Cour européenne des droits de l’homme ?!
Après les accords d’Oslo, Arafat rentra à Gaza puis en Cisjordanie, entouré de ses collaborateurs les plus fidèles, issus de ses cercles de Beyrouth et de Tunis
Ces derniers, étrangers à la population locale, étaient largement déconnectés de la réalité quotidienne des habitants. Ainsi, un système autoritaire, déjà structuré en amont, s’installa pour prendre le contrôle de l’ensemble des institutions, centré autour du culte de la personnalité d’Arafat.
Dans les années 1990, les formations palestiniennes sont apparues considérablement affaiblies, fragilisées par :
- la chute du bloc soviétique,
- les sanctions contre l’Irak et la Libye,
- ainsi que par la soumission de la Syrie de Hafez al-Assad au régime des ayatollahs. Ces derniers ont transformé Damas en centre d’un front anti-« accords d’Oslo », en soutenant pleinement une alliance autour du Hamas et du djihad islamique.
Par ailleurs, sur le plan du processus de paix avec Israël, Arafat faisait preuve d’ambiguïté. Bien qu’il ait fait abroger, en présence de Bill Clinton, les articles de la Charte de l’OLP appelant à la violence contre Israël, sa posture restait empreinte de duplicité.
Il existe des marques révélatrices de cette duplicité
Notamment à travers la coexistence de deux hymnes nationaux :
- D’un côté, Mawtini (« Ma patrie »), qui célèbre de manière lyrique une nation abstraite et pacifique ;
- de l’autre, Fedai (« Le combattant sacrificiel »), qui glorifie le terrorisme.
C’est ce dernier qui fut officiellement adopté, tandis que le premier continue d’être joué de manière spontanée, sans statut défini ni explication officielle – signe manifeste d’une certaine mauvaise foi politique.
Un autre exemple manifeste de cette duplicité fut le refus par Arafat de la proposition de Ehoud Barak en 2000. Il rejeta notamment toute présence historique juive à Jérusalem, affirmant que le Temple n’y avait jamais existé – ou, au mieux, qu’il se serait situé à Naplouse – sans s’appuyer sur aucune référence historique crédible, et sans tenir compte du fait que la conquête musulmane n’eut lieu qu’à la fin du VIIe siècle, soit plusieurs siècles après la destruction du Second Temple.
Les méthodes d’Arafat ont affaibli la représentation palestinienne ainsi que ses formations, qu’il s’agisse :
- de la corruption,
- du despotisme,
- ou du manque de sérieux dans l’engagement pour la paix.
Pendant ce temps, les islamistes du Hamas et du djihad islamique ont profité de la situation, tant dans les territoires de l’Autorité palestinienne qu’en Syrie sous le régime des Assad, grâce au soutien actif du régime iranien des ayatollahs.
Dès le premier exercice électoral organisé au sein de l’Autorité palestinienne, les islamistes remportèrent les élections, sans pour autant intégrer l’OLP.
Le tournant eut lieu sous la présidence de Mahmoud Abbas, à la suite du décès d’Arafat
Mahmoud Abbas, auteur d’une thèse controversée contenant des propos à caractère antisémite[1], est parvenu à duper nombre d’acteurs internationaux en entretenant l’image d’un homme de paix pendant près d’un demi-siècle.
Pourtant, à la tête de l’Autorité palestinienne, sa gouvernance s’est révélée, à bien des égards, plus stérile et autoritaire encore que celle de Yasser Arafat.
Malgré l’expérience du Hamas au pouvoir en 2006, largement provoquée par le rejet de la corruption, Mahmoud Abbas a poursuivi les dérives de l’Autorité palestinienne. Comme Arafat, des membres de sa famille – notamment ses fils Tarek et Yasser – ont été impliqués dans des affaires de corruption.
Le despotisme s’est poursuivi comme auparavant
- Liquidations d’opposants
- Actes de torture
- Répression politique – y compris à l’encontre des personnes homosexuelles
Mais Mahmoud Abbas est allé plus loin encore, franchissant des lignes rouges que même Yasser Arafat n’avait pas osé dépasser.
En effet, contrairement à Arafat qui s’appuyait principalement sur ses anciens compagnons les plus fidèles pour exercer son autorité (sans chercher à s’entourer directement de satellites des régimes arabes avec lesquels il entretenait des relations souvent fluctuantes – il avait même noué des contacts avec certaines oppositions régionales, notamment iranienne ou jordanienne), Mahmoud Abbas, lui, a adopté une stratégie inverse, en s’alliant délibérément avec des relais issus des régimes arabes en place pour consolider son pouvoir, au prix d’un enracinement autoritaire perçu comme de plus en plus déconnecté des aspirations palestiniennes.
Des individus issus du FPLP-Commandement général occupent aujourd’hui des fonctions diplomatiques palestiniennes, y compris en Occident
Leur passé, notamment lors des guerres civiles syrienne et libanaise au service des appareils sécuritaires du régime Assad, a été exploité par Mahmoud Abbas pour projeter une image d’ « épouvantail » dissuasif à l’égard des Palestiniens, des Libanais et des Syriens, réfugiés ou expatriés. Ces représentations sont devenues des relais de la diffusion des discours haineux du FPLP-Commandement général à leur encontre. Il était donc préférable d’éviter tout contact avec ces instances.
- Les dirigeants du Front de lutte populaire palestinien
Groupe fondé par Mouammar Kadhafi sur les principes énoncés dans son Livre vert, ses dirigeant portent un passé controversé, notamment pour avoir envoyé des Palestiniens comme mercenaires dans les guerres africaines menées par le régime libyen, en particulier contre le Tchad dans les années 1980.
Certains d’entre eux ont néanmoins accédé à de hautes responsabilités au sein de l’OLP et de l’Autorité palestinienne.
- Les individus issus de l’entourage d’Abou al-Zaïm
Abou al-Zaïm fut impliqué dans l’enlèvement de l’opposant saoudien historique Nasser al-Saïd, extradé vers l’Arabie saoudite où il aurait été brutalement liquidé. Ces membres de son entourage sont devenus des conseillers de Mahmoud Abbas lui-même.
- Des individus au profil suspect, promus par le journal Al-Akhbar, organe médiatique proche du Hezbollah
Ils ont été intégrés à l’Autorité palestinienne, que ce soit à Ramallah ou dans certaines représentations diplomatiques. Présentés comme des « journalistes », ils interviennent dans des cercles antisémites se réclamant de l’ « antisionisme » à l’échelle internationale. Plusieurs d’entre eux disposent de diplômes douteux délivrés dans leur pays d’origine, et leur curriculum dissimulé se résume souvent à un simple passage par Al-Akhbar.
Et cette liste est loin d’être exhaustive.
Sur la question de la paix, Mahmoud Abbas ne se montre guère moins sournois qu’Arafat
Son double discours est à peine dissimulé : il a lui-même tenu à plusieurs reprises des propos à caractère antisémite[2]. Bien qu’octogénaire, il s’illustre encore par un langage d’une grande vulgarité, allant jusqu’à traiter publiquement l’ambassadeur des États-Unis de « fils de chien » (ibn kalb) et à proférer des insultes généralisées à l’encontre de régions entières du monde. Par ailleurs, les manuels scolaires diffusés sous son autorité continuent de faire l’apologie du terrorisme[3].
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[1] Thèse intitulée Le lien entre les nazis et les dirigeants du mouvement sioniste 1933-1945, elle fut soutenue à l’Institut des Études orientales de l’Académie des sciences d’URSS puis publiée en arabe en 1984 sous le titre L’autre face : la relation secrète entre le nazisme et le sionisme.
[2] Quelques exemples :
- 2016 : https://fr.timesofisrael.com/abbas-revient-sur-ses-propos-relatifs-aux-rabbins-voulant-empoisonner-les-puits-palestiniens/
- 2028 : https://www.yadvashem.org/fr/press-release/02-may-2018-15-52.html
- 2023 : https://www.lepoint.fr/monde/derapage-antisemite-paris-retire-sa-distinction-a-mahmoud-abbas-08-09-2023-2534693_24.php
[3] L’autorité palestinienne rémunère aussi les terroristes arrêtés et leur familles avec une échelle de « rémunération » proportionnelle aux condamnations (et donc à la gravité de l’attaque terroriste). Voir L’Autorité palestinienne verse un salaire aux terroristes du Hamas et du Fatah emprisonnés (2011), Ministère de la Défense : les terroristes touchent 10 M de shekels de l’AP (2018),160 terroristes palestiniens devenus millionnaires grâce aux salaires versés par l’Autorité palestinienne (2025).
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Partie 3 : État palestinien : scénarios et risques antisémites (3/3)
