Éric Yung, ancien flic de l’Anti-gang et chasseur de Nazis depuis 1983
Éric Yung, ancien inspecteur de l’anti-gang, rédacteur en chef de France Inter et auteur de Five Points, publié aux éditions De Borée, a accepté de nous parler de l’assassinat de Jean de Broglie et de l’attentat de la rue des rosiers.
Où étiez-vous le 31 août 1978 ?
Eric Yung: Comment pourrais-je oublier ce jour-là ? A l’époque, j’étais flic à la « Brigade de Recherche et d’Intervention, la B.R.I dites brigade antigang. En compagnie d’Yves Mourousi, qui était autrefois un célèbre présentateur du journal de 13 heures sur TF1, nous avions passé la soirée à « L’Elysée Matignon » une boîte de nuit très prisée par la « jet-set » parisienne et ce, pour fêter une remise de décoration. En effet, Mourousi venait de recevoir la médaille de « Chevalier de l’Ordre du Mérite » et avait invité quelques amis pour célébrer l’événement. Sur les coups de minuit environ Mourousi et moi-même avons rejoint, en voiture, le domicile du journaliste situé au 126 boulevard Suchet dans le 16° arrondissement. Les copains d’Yves, dont un couple venu spécialement d’Aix-en-Provence pour la fête ainsi qu’un commissaire de police de la sécurité publique devaient nous y rejoindre pour partager une dernière bouteille de champagne. Heureusement, le policier, avant de nous retrouver, a pris du retard suite à un appel téléphonique de son état-major tandis que les gens, habitant le midi de la France, peu rompus à la géographie de Paris, se sont égarés dans les rues de la capitale. Conséquence : ils ne sont pas arrivés boulevard Suchet rapidement. Un petit miracle ! En effet, compte tenu de l’événement qui a suivi, ils auraient pu être gravement blessés voire même tués.
Lorsque c’est arrivé, Mourousi avait préparé des verres et présenté la bouteille de champagne dans un seau empli de glaçons. Il m’a alors demandé de mettre de la musique. J’ai choisi un disque et l’ai placé sur la platine. À l’instant précis où j’ai posé la pointe du diamant sur le premier sillon du vinyle, il y a eu l’explosion. Pour l’anecdote, le titre du morceau interprété par Kevin Coyne avait pour titre « Dynamite Case » …
Une charge de 5 kilos de « plastic » actionnée à distance a pulvérisé la totalité de l’appartement, déclenché un incendie et ravagé l’immeuble entier du 126 boulevard Suchet au point qu’il a fallu, plus tard, en reconstruire une grande partie. Pour dire la violence de l’attentat il faut savoir que l’ascenseur du bâtiment, sous l’effet du souffle de la bombe, a été projeté en l’air sur cinq étages, a traversé le toit de la bâtisse et a été retrouvé à plus de 150 mètres de là, dans le bois de Boulogne situé juste derrière l’appartement. Le destin, s’il en est un, a voulu que mon ami et moi-même soyons blessés légèrement. C’était donc le 31 août 1978.
Est-ce la raison de votre départ de l’antigang ?
Eric Yung: Je dois vous confier que j’avais décidé, bien avant l’attentat, de quitter la Police Nationale. Entré dans la « grande maison » en 1969 j’ai voulu la connaître de l’intérieur (si l’on peut dire) sachant qu’en ce temps-là les flics (les événements de mai 68 n’étaient pas loin) avaient une mauvaise réputation auprès du grand public. On a dit, à l’époque, pis que pendre sur l’institution au point que les gardiens de la paix, lorsqu’ils avaient fini le service et qu’ils rentraient chez eux devaient, pour éviter les quolibets de toute sortes et parfois les agressions physiques, mettre les képis dans un sac et cacher leur uniforme avec un imperméable. On a oublié cette période et si on la compare à celle d’aujourd’hui je crois qu’il n’y a pas de différence hormis qu’autrefois les détracteurs des flics étaient, en majorité, des syndicalistes forcenés, des rebelles à l’ordre établi ou des libertaires de tous poils et qu’aujourd’hui, semble-t-il, ils appartiennent plutôt à ce qu’il est convenu d’appeler « les jeunes de banlieue ». Bref, je suis donc entré dans la police, et je ne le regrette pas, un peu comme un ethnologue. Or, après neuf ans d’activité, j’avais le sentiment d’avoir fait le tour de cette profession et je voulais donc la quitter. J’avais d’ailleurs entamé les premières démarches administratives de mon départ. Un projet qui a été, je n’ai pas eu le choix, remis à plus tard et ce, pour une raison essentielle : l’assassinat du Prince Jean de Broglie le 24 décembre 1976, rue des Dardanelles dans le dix-septième arrondissement de Paris. Issu d’une grande famille de France, Jean de Broglie est, en effet, le fils du Prince Amédée de Broglie et de la Princesse Béatrix de Faucigny-Lucinge qui descend du duc de Berry, le fils du roi Charles X.
Jean de Broglie a été plusieurs fois, sous la présidence du Général de Gaulle, secrétaire d’État dans les gouvernements de Michel Debré et Georges Pompidou. Par ailleurs, il a été l’un des trois négociateurs des accords d’Évian qui ont mis fin à la guerre d’Algérie. Plus tard, Jean de Broglie est devenu le trésorier des « Républicains Indépendants », parti politique chargé de réunir des fonds pour alimenter la campagne électorale présidentielle de Valéry Giscard d’Estaing. L’assassinat du Prince de Broglie dont la préparation avait été portée à la connaissance, via un informateur, de l’antigang et d’un autre service de police (la 10° brigade territoriale) a compté comme l’un des grands scandales de la V° République. Au titre de policier à la brigade antigang j’ai participé activement aux filatures et surveillances des truands, acteurs et organisateurs de ce « contrat » lancé sur la personne de Jean de Broglie jusqu’au jour où, sans justifier sa décision, un chef de la police nous a donné l’ordre d’abandonner l’affaire. Le Prince de Broglie n’a pas été averti des menaces qui pesaient sur sa personne ; il n’a pas, non plus, été protégé. Il a donc été abattu de trois balles de 38 spécial. Deux ont touché la poitrine et une a été tirée dans la tête. Les protagonistes de ce meurtre ont été jugés et, pour la plupart d’entre eux condamnés, devant la cour d’assises qui s’est tenue du 4 au 26 novembre 1981. Reste que le mobile de cet assassinat n’a jamais été clairement établi. Des mystères planent encore sur ce dossier criminel exceptionnel.
Pourquoi avez-vous dit dans le magazine « Schnock » être la cible de l’attentat ?
Eric Yung: Parce que j’en suis persuadé. Si, le lendemain ou quelques jours après, l’attentat a été revendiqué par un mystérieux groupe appelé « Section franco-arabe du refus » (SFAR), que cette pseudo-organisation a aussi signé, quelques semaines avant le boulevard Suchet, l’explosion au domicile de l’académicien Jean Dutourd et que, pour justifier leurs crimes, les poseurs de bombe ont rédigé un communiqué envoyé au journal « Le Monde » disant « notre coup de semonce n’a pas été entendu, Yves Mourousi a donc payé pour ses attaches et pour l’obstination du fasciste Jean Dutourd », cette revendication n’a aucun sens. D’ailleurs la police judiciaire n’a jamais pris au sérieux cette piste. En revanche, il en est une qui n’a pas été explorée. Sous le septennat de Giscard d’Estaing, son ministre de l’intérieur, Michel Poniatowski, un homme public qui a beaucoup avancé dans une carrière politique sous le masque de la notabilité, a joué un rôle important dans l’affaire. Au-delà de celle-ci, il y aurait beaucoup à dire pour comprendre la personnalité de cet homme et pour comprendre certaines de ses actions. En particulier sur sa proximité avec des mouvements purs et durs de l’extrême droite, des services secrets civils et militaires français, américains et même chiliens et aussi, durant la guerre d’Algérie, avec l’O.A.S et bien d’autres organisations violentes. Mais cet aspect sulfureux de la personnalité de Michel Poniatowski serait trop long à aborder maintenant en quelques phrases. Disons que c’est une autre histoire ! Reste que Michel Poniatowski s’est, sans doute, inspiré de certaines méthodes de travail des services de renseignements chargés légitimement et par nature, de lutter contre toutes formes de subversions. Bref, c’est ce ministre de l’intérieur – n’oublions pas que nous sommes dans les années 70 – qui a favorisé ou, si vous préférez, qui a fermé les yeux sur certaines pratiques utilisées alors – et par exemple – par l’ex-DGSE, aujourd’hui le SDECE. Parmi elles, pour mener à bien des missions sensibles et délicates ou, pour certaines d’entre elles, situées aux limites de la légalité institutionnelle, l’emploi par quelques services de pointe de la police judiciaire, d’officines plus ou moins occultes dissimulées derrière des façades d’entreprises de conseils en sécurité s’est généralisé. Or, si j’en crois les résultats de mes investigations personnelles entreprises sitôt après l’attentat commis contre l’appartement d’Yves Mourousi, le ou les poseurs de la bombe ont travaillé pour une boîte de protection (gardes du corps) et de sécurité ayant pignon sur rue dans le quartier de la Bastille. Une société dont le patron et propriétaire (il est mort aujourd’hui) était connu pour sa fréquentation des milieux d’extrême droite et d’un service de renseignement français. Il a, en son temps, été membre de « La Cagoule ». Pour mémoire « La Cagoule » a été, jusqu’en 1938, une organisation politique et militaire clandestine de nature terroriste. Ce groupe connu aussi sous l’appellation officielle « d’Organisation Secrète d’Action Révolutionnaire Nationale » (OSARM) a toujours revendiqué son appartenance à l’extrême-droite et a prôné l’antisémitisme, l’anticommunisme, l’anti-républicanisme et s’est réclamé du fascisme. Par ailleurs, « La Cagoule », démantelée par la police durant les années 1937 et 1938, a revendiqué plusieurs assassinats, des attentats à la bombe, des sabotages et s’est livrée au trafic d’armes. Est-ce cette officine, dirigée par un ancien de « La Cagoule » qui a été chargée de perpétrer l’attentat chez Yves Mourousi ? Je le crois. Qui l’a commandité ? Je ne peux pas le dire avec certitude car je n’ai pas obtenu d’éléments probants qui me permettraient d’affirmer l’origine de ce qu’il faut bien nommer un « contrat » puisque la bombe était conçue pour tuer. Un raisonnement cartésien m’a seulement fait remarquer que nous étions au tout début de l’affaire de Broglie et, en désaccord avec ma hiérarchie pour avoir laissé un ancien ministre de la République se faire assassiner alors que la police avait été avertie de l’imminence du meurtre et à la suite de discussions houleuses, presque violentes, que j’ai eu avec l’un de mes chefs de l’époque, m’a amené à penser -et ce pour plusieurs raisons – que des hiérarques de la police nationale ont craint que je m’adresse à la presse pour révéler ce qui était encore un secret d’État. Je rappelle que le scandale de Broglie a éclaté le 2 avril 1980 avec la publication à la « Une » du Canard Enchaîné d’un rapport de police judiciaire, rédigé par l’inspecteur Roux de la 10° brigade territoriale et qui a indiqué, avec force et détail, le projet d’exécution du Prince. A chacun de tirer les conclusions de ce constat.
Qui sont les membres du groupe Charles Martel ?
Eric Yung: Le nom du groupe Charles Martel est une référence en l’honneur du chef guerrier qui a, lors de la bataille de Poitiers, en 732, vaincu les arabes du « Califat Omeyyade » qui a régné à Damas de 661 à 750. Ceci dit, nous sommes encore dans les obédiences fascistes. Si l’on se réfère aux multiples messages envoyés à la presse nationale, le groupe Charles Martel, est une faction française terroriste armé d’extrême droite. Cette phalange a un bilan criminel impressionnant et les attentats meurtriers commis avec des explosifs de nature militaire, des bombes incendiaires, des fusillades et des exécutions sommaires sont si nombreux qu’il est difficile de les répertorier avec précision. Notons qu’il est une chose étonnante : malgré les enquêtes poussées de la police les membres – qui auraient été, dit-on, une dizaine tout au plus – n’ont jamais été inquiétés du fait, sans aucun doute, d’une clandestinité totale. D’ailleurs, certains spécialistes, des journalistes souvent, des services français de renseignement, ont avancé l’hypothèse que le groupe Charles Martel pourrait être une simple signature mise à la disposition d’individus engagés dans le terrorisme d’extrême droite. Une conjoncture qui expliquerait que plusieurs attentats commis essentiellement contre les arabes et des infrastructures commerciales et étatiques algériennes, ont été signés certes, par le groupe Charles Martel, mais aussi par des appendices de l’organisation nommés « Cercle », « Commando » ou « Club Charles Martel ».
Pour définir le trop fameux groupe Charles Martel on doit se référer à un communiqué des clandestins envoyé à un journal toulousain dans le milieu des années soixante-dix et qui disait :
« nous sommes d’anciens militaires spécialistes de l’explosif » (…) « Nous avons servi en Algérie et avons été expulsés dans la violence, s’il le faut, nous en arriverons aux enlèvements afin de lutter contre les étrangers qui prennent le travail des Français. »
Et quelques jours plus tard, cette fois envoyée à la presse lyonnaise – c’était en mai 1975 – une nouvelle déclaration précisait :
« Nous continuerons dans la violence ».
En mai 1975, une autre déclaration a précisé les intentions du groupe Charles Martel avec cette phrase lapidaire qui en dit long sur l’état d’esprit de ces gens :
« À partir d’aujourd’hui, nous devenons nazis. »
Depuis, le Club Charles-Martel ne s’est plus manifesté publiquement. Ajoutons, pour être complet sur ce que l’on sait de ces combattants hors la loi qu’ils ont, le lendemain de la mort de Jean de Broglie, revendiqué son assassinat. Une démarche insignifiante et quasi-ridicule.
(Note: En 1974, le lieu principal du tournage de Dupont Lajoie, d’Yves Boisset, est la cible de jets de pierre, de grenades et de cocktails Molotov par le groupe Charles Martel.)
Qui était l’avocat Raymond de Geouffre de la Pradelle ?
Eric Yung: La presse de son époque a souvent décrit Raymond de Geouffre de la Pradelle comme un homme très cultivé, élégant et un tantinet mondain. Diplômé d’une école de sciences politiques, de pensée maurassienne, il est devenu avocat en 1934. Ce personnage de la droite extrême est, si on veut faire une comparaison, un peu le Jacques Vergés de son temps, plaideur médiatique, entouré d’un halo de mystères et qui pouvait défendre, sans état d’âme, aussi bien un marocain (Omar Raddad) accusé et condamné avant de bénéficier d’une grâce partielle, pour le meurtre d’une veuve fortunée, épouse d’un important industriel dans le domaine de l’équipement automobile, que Klaus Barbie, surnommé « le boucher de Lyon » et l’un des chefs de la gestapo. Maître de Geouffre de La Pradelle, personnage complexe et c’est le moins que l’on puisse dire de lui, a fait aussi le grand écart avec ses clients. Défenseur de quelques membres de « La Cagoule », du négationniste Paul Rassinier qu’il a défini de « malade de la vérité », du fasciste Fernand Sorlot qui a publié « Mein Kampf » d’Adolf Hitler ou qui a aussi pris position, par écrit, en faveur de Klaus Barbie qu’il a qualifié de « criminel mineur » et « ordinaire » tout comme Rudolf Hess qui a été, à ses yeux, « une victime expiatoire mal choisie », ce même avocat s’est engagé, sous l’occupation, dans la défense de nombreux résistants et en a même caché chez lui au risque d’être arrêté par les Allemands. Par ailleurs, en 1981, il a abandonné la défense du milicien Paul Touvier accusé de crimes contre l’humanité parce que, a-t-il fait savoir, cet individu « se dérobe devant ses responsabilités » et qu’il est, ajoute l’avocat, « d’une lâcheté manifeste. »
Maître de Geouffre de La Pradelle avocat quasi-attitré de l’extrême droite, et c’est amusant de le remarquer, a été, par hasard – mais est-ce vraiment le hasard ? – le défenseur de Patrick Allenet de Ribemont que Michel Poniatowski, alors ministre de l’intérieur, a présenté comme le commanditaire de l’assassinat du Prince Jean de Broglie et qui, in fine, a été mis hors de cause par une décision judiciaire qui a valu à la France d’être condamnée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme.
(Note: le second commanditaire présumé, Pierre de Varga, dit « Fisher », fut membre de la Gestapo de Bourges pendant la seconde guerre mondiale, blanchi pour avoir été l’un des informateurs du groupe résistant Marco Polo.)
Qui sont les néo-nazis Walter Kexel et Odfried Hepp ?
Eric Yung: Je me suis toujours interrogé sur l’emploi du terme « néo-nazi » pour qualifier des hommes et des femmes, nostalgiques du 3° Reich, admirateurs des « S.S », des « S.A. » et autres groupuscules farouchement racistes et antisémites. Pour renforcer ma conviction selon laquelle cette locution n’a pas grand sens je me souviens, à l’occasion d’une interview que je réalisais pour un quotidien national, avoir rencontré le chef de la « Fédération d’Actions Nationales et Européennes (la F.A.N.E) un mouvement qualifié de « néo-nazi » dont la presse avait rapporté -c’était au tout début des années 80 – les multiples exactions. Son chef avec qui je me suis donc entretenu, un certain Marc F… m’a dit, dans un grand éclat de rire « je ne sais pas pourquoi on nous appelle néo-nazis. Nous sommes nazis tout simplement. » Bref, Walter Kexel et Odfried Hepp sont des nazis notoires et en ce qui concerne le nommé Hepp, né en 1958, il s’est engagé dans l’extrémisme de droite dès l’âge de 14 ans. Odfried Hepp a été considéré par les services de renseignement, d’individu dangereux, recruté par la STASI, le tristement célèbre service de police politique, d’espionnage et de contre-espionnage d’Allemagne de l’Est disparu en 1990 avec la chute du mur de Berlin. Il est formé à la guérilla et entraîné militairement dans des camps placés sous la tutelle des services secrets de l’ex-RDA. C’est pendant cette période qu’il a rencontré Walter Kexel, un activiste terroriste lié aux auteurs de l’attentat de l’Oktoberfest (fête de la bière) à Munich qui a fait 13 morts et 200 blessés et qui, plus tard, ont assassiné plusieurs soldats américains en poste sur le territoire allemand.
Odfried Hepp choisi, en juillet 83, de se réfugier à Damas et il est mis en contact avec des instructeurs du mouvement politique armé, le « Front de Libération de la Palestine ». Les instructeurs militaires de Hepp ont un lourd passé. L’un, Erwin Baumann, est un ancien « SS au grade élevé de Standartenführer » et c’est l’un des officiers qui a dirigé la liquidation du ghetto de Varsovie dans les conditions aussi inhumaines que dramatiques que l’on sait. L’autre instructeur un proche, a-t-on prétendu, de Odfried Hepp a pour nom Boerner Wilhem, un « SS » lui aussi qui a été gardien au camp de Mauthausen. Faut-il insister pour faire admettre auprès de celles et ceux, des journalistes pour la plupart, mais aussi à des services de police que la France, durant les décennies 70 et 80 a été, plus que la presse ne l’a évoquée, a été victime du terrorisme d’extrême droite alors qu’on a prêté, quasi-systématiquement, des attentats sanglants à des groupes originaires du Moyen Orient. Il ne s’agit pas de minimiser le rôle, dans les actions terroristes, d’organisations politiques de cette région. Non, pas du tout ! Elles sont très souvent impliquées dans des attentats commis en France. C’est une réalité ! Mais quelles sont les raisons fondamentales qui conduisent bien souvent les services de police à ne pas pousser plus avant des enquêtes lorsque des terroristes d’extrême droite ou nazis sont cités et donc soupçonnés d’avoir perpétré telle ou telle action criminelle ? Sans tirer de conclusions prenons le cas de l’attentat commis le 9 août 1982 contre le restaurant de Jo Goldenberg situé rue des Rosiers à Paris. Si, aujourd’hui, les autorités policières, judiciaires et politiques françaises sont convaincues que cette fusillade (6 morts et 22 blessés) est l’œuvre de militants palestiniens, membres du « Fatah-Conseil révolutionnaire » (FCR) dirigé par Abou Nidal, il est curieux et surprenant que Odfried Hepp et son acolyte Walter Kexel n’ont jamais été interpellés pour ces faits ni, simplement entendus par procès-verbal. En effet, il a été établi que les deux hommes (on les voit ensemble sur une photographie prise par des policiers) ont séjourné à Metz la veille de la tuerie de la rue des Rosiers et, plus précis encore sur leurs activités, une écoute téléphonique du 8 août 82 établit que les deux nazis, ont pris la route, ce jour-là, pour Paris, c’est à dire la veille de l’attentat chez Jo Goldenberg. Autre indice troublant : des déclarations de témoins, dont une victime de la fusillade, ont affirmé au cours d’une audition menée par la police judiciaire, avoir reconnu Odfried Hepp et Walter Kexel qui, selon eux, auraient ouvert le feu rue des Rosiers et que ces deux hommes âgés de 20 ou 22 ans étaient de type européen et non pas, comme annoncé officiellement, de type arabe. Des allégations recueillies suite à la présentation de portraits robots auprès des témoins qui ont tenu à dire aux enquêteurs qu’ils étaient de « ressemblances troublantes ». Mais ce n’est pas tout. En effet, plusieurs officiers des renseignements généraux (RG) de Metz se sont étonnés dans un film documentaire réalisé, en 2008, par le metteur en scène Thierry Vincent, assisté d’un ancien officier de police spécialisé dans la recherche d’activistes extrémistes, que les informations transmises par les « RG » de Metz à leurs collègues parisiens n’ont pas été prises suffisamment en compte pour mener à bien les investigations criminelles. Des exemples que l’on pourrait multiplier et qui laissent croire, sans pouvoir en faire la démonstration de façon certaine et incontestable, qu’une certaine fraction de l’appareil étatique n’est pas toujours prompte à regarder la vérité en face.
(Note: Le Wehrsportgruppe Hoffmann (WSG-Ausland), responsable de la mort du rabbin Shlomo Lewin, et dont Walter Kexel était membre, envisageait la libération de prison de l’adjoint d’Hitler Rudolf Hess.)

