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Bénéfice collatéral

Les réalisateurs Yuval Abraham (à droite) et Rachel Szor (à gauche), lauréats du Prix spécial du jury pour « NAZA », participant à une séance photo sur le tapis rouge à l'issue de la cérémonie de clôture de la 83ᵉ édition du Festival du film de Venise, au Lido de Venise, en Italie, le 12 septembre 2026. (Crédit : Scott A Garfitt/Invision/AP)
Yuval Abraham et Rachel Szor, lauréats du Prix spécial du jury pour NAZA à la 83e Mostra de Venise, le 12 septembre 2026. (Crédit : Scott A Garfitt/Invision/AP) https://blogs.timesofisrael.com/collateral-benefit/

Le véritable test posé par NAZA – l’acronyme militaire hébreu désignant les dommages collatéraux — n’est pas de savoir si ses auteurs ont raison. Il est de savoir si un État sûr de sa force l’est tout autant de ses preuves, de son droit et d’institutions assez solides pour examiner l’usage qui en est fait.

Si NAZA conduit Tsahal à examiner les allégations, remédier aux défaillances ou réfuter les accusations, preuves à l’appui, ce serait en soi un bénéfice collatéral pour Israël, sans devoir pour autant adhérer aux conclusions de ses auteurs.

Le film de Yuval Abraham et Rachel Szor, lauréat du Prix spécial du jury à la Mostra de Venise, présente des témoignages anonymes de soldats et de personnels du renseignement sur la guerre à Gaza. Ses auteurs les invoquent comme preuve d’une politique consistant à tuer des civils ; Tsahal rejette cette accusation.[1] Un prix n’authentifie pas un témoignage ; l’anonymat ne l’invalide pas davantage. Sa valeur probante repose sur la connaissance directe du témoin, la vérification de sa fonction et la corroboration de son récit.

Même un témoignage crédible sur un incident n’établit ni une politique d’État ni une intention. Mais ce terrain, le film ne l’a pas préparé : des Israéliens dont la fonction, le grade ou la stature font autorité à l’étranger ont publiquement érigé l’atteinte aux civils en instrument au service des objectifs de guerre.

Le ministre des Finances Bezalel Smotrich a déclaré, à propos de laisser mourir de faim deux millions de civils, que cela « pourrait être justifié et moral, jusqu’au retour de nos otages ».[2] Le général de division de réserve Yiftah Ron-Tal, ancien commandant des forces terrestres de Tsahal, a affirmé qu’« aucun Gazaoui ne devrait rester à Gaza ».[3] Le rabbin Shmuel Eliyahu a ravivé l’éventualité d’une bombe nucléaire sur Gaza, déjà évoquée par son fils, le ministre Amichai Eliyahu.[4]

Leurs propos ne prouvent pas les accusations du film. Ils leur confèrent une apparence de validation interne.

En janvier 2024, la Cour internationale de Justice a cité des déclarations israéliennes dans son ordonnance en indication de mesures conservatoires. Elle n’a pas conclu qu’un génocide avait été commis, mais a intégré ces déclarations à son raisonnement.[5]

L’Esprit de Tsahal, son code éthique, consacre la vie humaine, la pureté des armes, la fiabilité et la responsabilité, aux côtés de la persévérance dans la mission et de la volonté de vaincre.[6] La dignité humaine ne dépend ni de la nationalité ni de la religion. Les valeurs s’éprouvent précisément lorsqu’il devient facile de les violer ; examiner les accusations participe de leur application.

Les ennemis d’Israël ne fixent pas sa norme. Israël n’est ni le Hamas, ni le Hezbollah, ni le régime iranien, ni la Turquie d’Erdoğan. « Eux aussi le font » n’autorise rien. Adopter leurs méthodes leur donne le pouvoir de façonner Israël lui-même.

Le droit fixe les limites de la force.

Une frappe contre un objectif militaire peut être licite et justifiée même lorsque des pertes civiles sont anticipées, à condition que le dommage attendu ne soit pas excessif au regard de l’avantage militaire concret et direct escompté[7] et que les précautions pratiquement possibles soient prises.[8] La décision s’apprécie au regard des informations disponibles, ou raisonnablement accessibles, au moment où elle est prise ; prévoir un dommage civil ne fait pas des civils la cible. L’évaluation des dommages collatéraux vise précisément à les réduire, à modifier l’opération ou à l’annuler.

Ce cadre détermine l’examen : la cible, la qualité du renseignement, les alternatives envisagées et l’autorisation donnée. Même lorsqu’un système informatique assiste la décision, la responsabilité demeure celle de ses opérateurs et de ceux qui l’approuvent.

Une accusation de politique atteint le niveau décisionnel : qui a décidé, quels ordres ont été donnés, qu’a-t-on autorisé ? C’est ainsi que se distinguent conduite licite et violation, et que s’établit la responsabilité à chaque niveau.

La colère publique après le 7 octobre est compréhensible, et l’exigence de protéger les citoyens israéliens et de vaincre l’ennemi est légitime.

Mais la colère n’est pas un ordre.

Le public est pleinement en droit de manifester et d’influer sur la politique ; l’autorité d’employer la force et de conduire les enquêtes appartient aux institutions de l’État, agissant conformément au droit.

Un contrôle indépendant protège l’individu comme l’État : il s’impose aussi à l’accusation et garantit les droits des suspects et des prévenus. À l’international, cette indépendance est un atout.

En vertu du principe de complémentarité de la Cour pénale internationale, des procédures nationales effectives priment sur l’intervention de la CPI.[9][10] Un gouvernement qui demande au monde de faire confiance à ses institutions doit leur permettre d’aboutir à des conclusions qui peuvent lui déplaire. Leur existence ne suffit pas ; la volonté et la capacité réelles de l’État à enquêter et à poursuivre sont le critère.

Subordonner les enquêteurs, les procureurs ou les juges aux intérêts politiques de ceux qu’ils examinent porte atteinte à la crédibilité du processus israélien et affaiblit un atout sécuritaire et diplomatique.

La demande du ministre de la Culture Miki Zohar de déchoir les réalisateurs de la nationalité israélienne entame précisément cette crédibilité.[11] Elle remplace l’examen par une menace contre les réalisateurs. La liberté artistique maintient le débat là où il doit se tenir : sur les actes eux-mêmes.

Enquêter sur une fuite ne dispense pas d’examiner ce que décrivent les témoignages.[12]

Tsahal a été envoyé défendre un État juif et démocratique.

Le caractère de l’État qui restera après la guerre fait partie de l’issue de cette guerre.

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Cette version française, adaptée par l’auteur, reprend une chronique publiée initialement en hébreu dans Maariv le 17 septembre 2026, sous le titre « תועלת אגבית: גם אם דוחים את ‘נז״א’ – את הטענות חייבים לבדוק ».**

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Dans le même dossier, du même auteur :

Entretien lié :

  • Jerusalem Report Staff, « Gaining exposure at IAI », The Jerusalem Post, 13 octobre 2024.
    Sur la crédibilité en temps de guerre : fiabilité de l’information, retenue dans les affirmations et responsabilité pour le bon comme pour le mauvais.

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[1] AFP et Times of Israel Staff, « Israeli film alleging AI-assisted killing of Gaza civilians wins Venice jury prize », The Times of Israel, septembre 2026.

[2] Times of Israel Staff, « Smotrich: It may be ‘justified’ to starve 2 million Gazans, but world won’t let us », The Times of Israel, 5 août 2024.

[3] Yiftah Ron-Tal, « Entretien avec Kol Chai », 20 février 2025. Traduction de l’auteur depuis l’hébreu : « Je comprends de plus en plus qu’aucun Gazaoui ne devrait rester à Gaza. »

[4] Times of Israel Staff, « Rabbi backs remark by his son, a far-right minister, that nuking Gaza is an option », The Times of Israel, novembre 2023.

[5] Cour internationale de Justice, Application de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide dans la bande de Gaza (Afrique du Sud c. Israël) – Ordonnance du 26 janvier 2024, 26 janvier 2024. L’ordonnance ne s’est pas prononcée sur le fond de l’accusation de génocide.

[6] Israel Defense Forces, « The Spirit of the IDF – Our Mission & Our Values ». Le code consacre notamment la dignité humaine, la persévérance dans la mission et la recherche de la victoire, la responsabilité, la fiabilité, la vie humaine et la pureté des armes.

[7] CICR, « Règle 14 – Proportionnalité dans l’attaque », Base de données sur le droit international humanitaire coutumier. La règle recense également la pratique des États selon laquelle les décisions d’attaque doivent être appréciées au regard des informations disponibles au moment pertinent.

[8] CICR, « Règle 15 – Principe de précautions dans l’attaque », Base de données sur le droit international humanitaire coutumier.

[9] Cour pénale internationale, Statut de Rome de la Cour pénale internationale, article 17.

[10] Bureau du Procureur de la Cour pénale internationale, Policy on Complementarity and Cooperation, avril 2024. Le principe de complémentarité exige d’établir si des procédures nationales pertinentes existent et, lorsqu’elles existent, si un manque de volonté ou de capacité empêche l’État de les mener véritablement.

[11] Emanuel Fabian et Times of Israel Staff, « Culture minister urges revoking citizenship of ‘NAZA’ film creators for ‘treason’ », The Times of Israel, septembre 2026.

[12] Times of Israel Staff, « Culture minister urges Shin Bet to probe whether Hamas helped ‘NAZA’ filmmakers », The Times of Israel, septembre 2026.

à propos de l'auteur
Shay Gal est le fondateur de Line of State, un cabinet stratégique international consacré aux affaires stratégiques, aux relations gouvernementales et à la puissance publique. Ancien vice-président chargé des relations extérieures d’Israel Aerospace Industries (IAI), il a auparavant exercé des fonctions au sein du système politique israélien, notamment à la Knesset et au gouvernement. Son travail auprès de gouvernements, d’appareils de sécurité, d’institutions, d’entreprises et de décideurs porte sur des dossiers stratégiques où politique, puissance, accès, communication, renseignement et légitimité publique se rejoignent.
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