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7 octobre 2023 (2/3) : ce que nous avons cru voir

Épisode 2/3. En mai 2023, cinq mois avant l’attaque, un roadtrip de 48 heures à travers quatre lieux d’Israël m’avait fait écrire sur une unité retrouvée. Cette série reprend les mêmes questions à l’occasion de la commémoration du 7-Octobre.

Retrouvez le premier épisode, 7 octobre 2023 : ce que je n’avais pas voulu voir

Et le road trip de mai 2023, Plongée au cœur d’Israël, à la recherche de l’unité

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Le 25 octobre 2023, l’édition papier de Foreign Affairs arrivait dans les boîtes aux lettres avec un essai de Jake Sullivan, alors conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, rédigé avant le 7-Octobre. On y lisait que « si le Moyen-Orient reste assailli de défis récurrents, la région est plus calme qu’elle ne l’a été depuis des décennies », et que l’administration américaine avait « désescaladé les crises à Gaza ». La version en ligne a été révisée après l’attaque, et la rédaction du magazine a ajouté une note invitant ses lecteurs à comparer les deux états du texte, au motif que l’écart « reflète utilement la manière dont le déclenchement de la guerre a affecté la pensée de l’administration » [1].

L’avant du 7-Octobre s’est ainsi trouvé réécrit sous nos yeux, avec une note de bas de page pour en attester.

Mon propre texte de mai 2023 appartient à cet avant, et il restera tel qu’il a été écrit. Un examen plus désagréable m’attend ailleurs. En fondant l’Observatoire européen des Accords d’Abraham, je défendais l’idée que la question palestinienne n’avait pas à constituer un préalable bloquant dans des relations israélo-arabes dont la complexité dépasse de loin ce seul paramètre, et j’ai souvent parlé d’ « Accords 2.0 » pour désigner l’hypothèse que ce cadre régional puisse devenir lui-même l’instrument d’un règlement. Voilà une hypothèse à discuter et dont trois années offrent un premier test auquel cet épisode la soumet.

Quatre filtres plutôt qu’une date

Trois ans après, un récit s’est installé autour de l’idée qu’il existerait un avant et un après, découpage commode qui autorise deux erreurs symétriques. On peut d’abord tout attribuer au 7 octobre, lecture flatteuse puisqu’elle confère à une seule journée le pouvoir d’avoir refait une région. L’erreur inverse traite l’avant comme une ligne de base vers laquelle il faudrait revenir, alors que cet avant constituait précisément l’illusion.

Je propose donc de substituer à la date quatre filtres, et d’y faire passer chaque transformation régionale dont on crédite le 7 octobre : l’a-t-il déclenchée, seulement révélée, accélérée sans l’initier, ou s’agit-il d’une illusion rétrospective ? Le filtre est contraignant, et c’est ce qui le rend utile.

L’illusion d’un avant calme

Le calme de l’automne 2023 relevait moins d’une erreur d’appréciation isolée que d’une doctrine, laquelle supposait que le dossier palestinien resterait gérable à coups de financements et de « management » sécuritaire, sans empêcher la construction d’un ordre régional par le haut. Cette doctrine était partagée à Washington et à Jérusalem, ainsi que dans plusieurs capitales du Golfe, et imputer la phrase de Sullivan à l’inattention d’un conseiller mal informé serait trop commode.

Je dois préciser, et c’est le point où je me sens le moins à l’aise, que les trois dernières années ne l’ont pas invalidée sur toute la ligne. Aucun signataire ne s’est retiré des Accords d’Abraham, une seule adhésion nouvelle est à signaler depuis le 7 octobre, celle du Kazakhstan en novembre 2025, et le cadre se trouve dans un état d’animation suspendue, marqué par une suspension symbolique votée au parlement bahreïni et par l’interruption des liaisons aériennes marocaines [2]. L’état du cadre tient donc davantage du gel que de l’effondrement, et le premier élément du bilan des Accords 2.0 se révèle sévère : un cadre gelé n’a transporté aucun règlement, la question palestinienne étant revenue sur la table par la violence plutôt que par la négociation régionale.

Fragilités antérieures à l’attaque

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Cette catégorie, la plus importante de ma grille et la plus négligée dans le débat public, se laisse éprouver sur deux dossiers.

Prenons le Hezbollah, dont le récit dominant veut que la campagne israélienne de 2024 ait brisé une organisation au sommet de sa puissance. Les vulnérabilités du parti étaient pourtant documentées bien avant l’attaque. Le produit intérieur brut libanais était tombé de 55 milliards de dollars en 2018 à 20,5 milliards en 2021, la monnaie avait perdu 95 % de sa valeur, le scrutin de mai 2022 avait coûté au parti ses alliés chrétiens et sunnites, et la guerre de Syrie lui avait pris plus de 1 500 combattants [3]. Daniel Byman, qui réunissait ces éléments pour le Brookings Institute en novembre 2022, parlait de dilemmes plutôt que de puissance. Le diagnostic circulait d’ailleurs dès 2020 : l’effondrement institutionnel libanais minerait l’organisation avant même toute menace militaire extérieure [4]. La guerre de 2024 a donc exposé des fragilités dont elle n’était pas l’origine, ce qui modifie la nature de ce qu’il faut expliquer.

La chute d’Assad soulève la même difficulté, et je m’appuie ici sur un désaccord que je trouve exemplaire. Dans un symposium publié par le Carnegie Middle East Center le 8 décembre 2025, une dizaine de chercheurs travaillant sur les mêmes données aboutissent à des lectures opposées de la causalité. Issam Kayssi y défend la cause externe : « le Hezbollah était devenu un pilier central du soutien à l’ordre baathiste en Syrie. Une fois le Hezbollah contraint à la défensive chez lui, l’échafaudage qui soutenait le régime d’Assad s’est effondré presque instantanément. » Maha Yahya insiste sur la rupture du « corridor terrestre iranien vers le Liban ». Kheder Khaddour renvoie à l’inverse au vide interne : « au moment où Assad a fui, il ne restait aucun cadre national syrien comme référence unificatrice pour les Syriens, seulement un vide politique rempli de contradictions » [5].

Trancher ce débat en trois lignes n’est à la portée de personne, et je m’en garderai. Que des spécialistes du dossier divergent à ce point suffit à disqualifier l’affirmation selon laquelle le 7 octobre aurait fait tomber Assad. Ce que je retiens, plus modestement, tient au calendrier : le 7 octobre a daté un effondrement dont les conditions internes étaient réunies.

Les tendances que la date a seulement hâtées

L’Arabie saoudite fournit le cas le plus instructif, à condition de prendre les faits dans le bon ordre.

Le 18 novembre 2025, à Washington, Riyad obtenait simultanément sa désignation comme allié majeur hors OTAN, la signature d’un accord stratégique de défense et l’approbation par Donald Trump de futures livraisons de F-35, le royaume en ayant réclamé quarante-huit. Au même moment, Mohammed ben Salmane réaffirmait publiquement sa condition : « nous voulons faire partie des Accords d’Abraham, mais nous voulons aussi nous assurer d’un chemin clair vers une solution à deux États » [6]. Avant le 7 octobre, la normalisation avec Israël passait pour la contrepartie que Riyad devrait payer afin d’obtenir des garanties américaines. Je lis dans cette séquence un royaume qui encaisse les garanties sans acquitter la contrepartie, et la condition saoudienne sur un État palestinien dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale me paraît non négociable au sens propre du terme [7].

L’accord de coopération nucléaire civile transmis au Congrès américain en août 2026 confirme le mécanisme. Le texte autorise l’enrichissement d’uranium jusqu’à 20 %, n’impose pas à Riyad le protocole additionnel de l’Agence internationale de l’énergie atomique, limite les garanties bilatérales aux seules installations couvertes par la coopération, et entre en vigueur automatiquement faute de résolution de désapprobation. Donald Trump l’a déclaré « entièrement subordonné » à l’adhésion saoudienne aux Accords d’Abraham, condition que le texte n’inscrit nulle part, et les analystes qui ont examiné ce raccordement tardif avertissent que l’insistance sur ce lien pourrait faire échouer l’ensemble [8]. Des responsables saoudiens ont par ailleurs menacé publiquement de se doter de l’arme si l’Iran y parvenait, pendant que l’accord abandonne des conditions de non-prolifération tenues pour acquises depuis des décennies [9]. Riyad décroche là une seconde acquisition majeure sans normalisation préalable.

Le troisième temps de cette séquence se joue en mer, et c’est le plus révélateur. Les Houthis ont décrété le 20 juillet 2026 un embargo maritime visant spécifiquement l’Arabie saoudite, suivi de frappes sur des pétroliers et une raffinerie du royaume en août [10], avant que la prise du port de Mocha et de l’île de Mayyun à la mi-septembre ne leur donne le contrôle effectif de Bab el-Mandeb, où le trafic avait déjà reculé de moitié depuis 2023 [11]. Les attaques ont atteint le territoire du royaume, avec soixante-treize civils blessés début septembre et un missile intercepté au-dessus de Riyad le 19 [12].

La réponse apportée à cette crise éclaire la hiérarchie réelle des alliances. Pour protéger le terminal pétrolier de Yanbu, la France a envoyé des soldats, des radars et des systèmes de défense, Emmanuel Macron précisant qu’il s’agissait « non pas de nous impliquer dans un conflit, mais de protéger le site ». Le Pakistan et la Turquie ont convoqué une réunion urgente des chefs militaires au titre de l’accord de défense commune de La Mecque, qui traite une attaque contre l’un des membres comme une attaque contre tous. Quant à Washington, le ministre saoudien des Affaires étrangères s’est borné à déclarer que le royaume continuait « à travailler avec nos partenaires aux États-Unis », sans qu’aucune assistance militaire ne soit précisée [12]. Dix mois après avoir obtenu un accord stratégique de défense et le statut d’allié majeur hors OTAN, le royaume attaqué se tourne vers Paris, Islamabad et Ankara.

Une information circule par ailleurs, selon laquelle Riyad aurait sollicité le renseignement israélien par l’intermédiaire indirect du CENTCOM, sur la base de responsables diplomatiques et sécuritaires régionaux non nommés [13]. Je la rapporte sous bénéfice d’inventaire, en signalant qu’elle ne paraît que dans la presse israélienne et ses reprises, sans corroboration arabe ni occidentale, Al Jazeera couvrant abondamment les attaques contre le royaume sans jamais la mentionner. Ce confinement médiatique me semble en lui-même informatif. Soit Riyad exige une déniabilité complète sur tout contact sécuritaire avec Israël, ce qui confirmerait le coût politique de la normalisation, soit l’information se trouve amplifiée au-delà de ce que les faits autorisent. Les deux lectures mènent au même constat sur l’état de la normalisation, et si cette coopération se vérifiait un jour, elle montrerait la substance sécuritaire avancer en dehors du cadre formel censé l’abriter.

L’architecture régionale réelle se lit dans ces arbitrages. La garantie américaine, acquise sur le papier en novembre 2025, ne s’est pas traduite en protection quand le détroit est tombé, et Riyad diversifie ses appuis en conséquence. La formulation du prince héritier énonce depuis Riyad l’hypothèse même des Accords 2.0, le cadre régional y figurant comme le véhicule du règlement et nullement comme son évitement. Mon hypothèse de départ se trouve ainsi suspendue avec l’architecture censée la porter, sans avoir été réfutée.

Les données d’opinion viennent confirmer ce que la séquence diplomatique établit déjà, sans avoir à le porter : la proportion de Saoudiens jugeant favorablement les Accords d’Abraham est passée de 41 % en 2020 à 20 % en 2023, puis à 13 % en 2025 [7]. La tendance éclaire le coût politique intérieur d’une normalisation, elle ne constitue pas l’argument. Et ce découplage précède l’automne 2023, le 7 octobre lui ayant seulement ouvert la voie en rendant la normalisation intenable à court terme pour les deux parties.

La Turquie suit une trajectoire comparable, son rôle régional s’élargissant par trois canaux dont aucun ne date de 2023, de la coproduction d’armement avec le Golfe à un quadrilatère informel associant le Pakistan, l’Arabie saoudite et l’Égypte, en passant par la connectivité logistique [14]. Quant aux reconnaissances de l’État de Palestine, la vague de septembre 2025, du Canada au Royaume-Uni et à la France, prolonge un mouvement engagé dès 2024 par l’Irlande, la Norvège et l’Espagne. Le jugement le plus sévère vient d’une institution qu’on ne soupçonnera pas d’hostilité à la cause palestinienne : la reconnaissance confère de réels privilèges juridiques, mais elle « se révélera une diversion, détournant l’attention de mesures plus concrètes » faute d’être adossée à un engagement durable [15].

Une rupture, et une seule

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Il reste une transformation qui ne doit rien aux tendances antérieures, et son ampleur me paraît considérable.

Avant avril 2024, l’Iran n’avait jamais frappé directement le territoire israélien depuis son propre sol. Sa doctrine reposait sur une dissuasion déléguée à des organisations alliées, qui lui garantissait une profondeur stratégique tout en préservant le sanctuaire national. Cette architecture a été démantelée, et l’opération a produit l’inverse exact de ce qu’elle visait, puisque Téhéran est passé de la dissuasion par procuration à l’exposition directe. Les frappes d’avril et d’octobre 2024, la guerre de juin 2025, puis la guerre ouverte de février 2026 au cours de laquelle Ali Khamenei a été tué et remplacé par son fils Mojtaba, dessinent une pente continue [16].

Le test de la doctrine dite de l’ « unité des arènes », selon laquelle tous les alliés non étatiques de l’Iran interviendraient ensemble si l’un d’eux était attaqué, a bien eu lieu, et elle n’a pas tenu. La décision d’ouvrir le front libanais en mars 2026 a été prise par la Force Qods et non par une instance libanaise, la plupart des groupes irakiens se révélant des acteurs militaires « bien moins capables et fiables » que le Hezbollah, trois unités exceptées, tandis que le chef houthi se contentait d’un soutien rhétorique sans s’engager à une réponse militaire [17]. Du Hamas « épuisé par deux ans de guerre à Gaza » au Hezbollah « piégé, précisément là où les Israéliens veulent qu’il soit », l’axe a échoué à fonctionner comme un système [18], l’arsenal du parti chiite à l’entrée dans la guerre de 2026 représentant environ 20 % de sa puissance de feu d’avant octobre 2023 [19].

Une seconde nouveauté relève du domaine sur lequel je travaille depuis des années. En août 2026, une campagne attribuée au groupe CyberAv3ngers, lié au Corps des gardiens de la révolution, a visé au moins une centaine d’installations de traitement de l’eau aux États-Unis, dont une station de pompage mise à l’arrêt en Géorgie [20]. Les dégâts physiques sont restés mineurs, ce qui correspondait vraisemblablement à l’intention d’une campagne destinée à démontrer qu’un conflit régional peut atteindre les infrastructures civiles d’un pays éloigné du théâtre de milliers de kilomètres.

La porosité numérique entre théâtre d’opérations et territoire civil distant constitue à mes yeux la nouveauté réelle, bien davantage que l’extension géographique de la guerre, qui n’a rien d’inédit. Cette transformation me paraît structurelle, et elle demeure encore trop peu présente dans le débat public.

Des victoires militaires sans architecture politique

Israël a gagné ses campagnes militaires sans construire, en trois ans, l’architecture qui les convertirait en sécurité. Les sources institutionnelles permettent de vérifier cette affirmation dossier par dossier, ce qui la met à l’abri du jugement d’humeur.

À Gaza, dix mois après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, « le travail de reconstruction de Gaza et de sa société meurtrie n’a même pas commencé ». La Force internationale de stabilisation n’a jamais été déployée, et les commissaires de l’administration palestinienne censée gouverner « n’ont pas mis les pieds dans la bande ». De nombreux Palestiniens s’interrogent sur un cessez-le-feu qui, selon eux, « n’a pas mis fin à la guerre mais l’a seulement ralentie et institutionnalisée à l’avantage d’Israël » [21], et l’armée israélienne tenait encore du terrain au-delà de la « ligne jaune » en octobre 2026 [22].

Au Liban, le cadre trilatéral de juin 2026 conditionne la souveraineté de l’État au désarmement vérifié des groupes armés non étatiques. Fin septembre 2026, l’armée libanaise n’était déployée que dans une seule zone pilote et aucun désarmement n’avait été effectué, le blocage portant sur le séquençage entre retrait israélien et remise des armes [23].

En Syrie, al-Sharaa déclarait en septembre 2026 que les parties avaient « presque atteint 90 % des accords » avant que le processus ne cale sur la question du retrait [24].

Sur le dossier iranien, le dernier inventaire vérifié des stocks d’uranium enrichi date du 13 juin 2025, et l’Agence internationale de l’énergie atomique « ne peut fournir aucune information sur la taille, la composition ou la localisation actuelles du stock ». Les spécialistes de la non-prolifération qui ont analysé ses rapports en juin 2026 refusent explicitement de chiffrer un délai de prolifération, l’incertitude leur paraissant trop grande [25].

Les quatre dossiers sur lesquels Israël a prévalu militairement restent ouverts, sans qu’aucun n’ait abouti à un règlement, ce dont on ne peut conclure que ces guerres auraient été mal conduites. La séquence indique plutôt la réversibilité d’un résultat militaire que rien ne vient convertir en institution, et l’impossibilité de décréter cette conversion depuis un état-major. Elle suppose des interlocuteurs, donc des concessions, c’est-à-dire ce que trois années de peur ont rendu politiquement inaccessible.

La phrase la plus désagréable de l’année

Le 23 septembre 2026, lors d’un panel de l’Atlantic Council à New York, Ahmed al-Sharaa a déclaré ceci : « il n’est pas possible que toutes les politiques soient fixées en fonction d’un incident survenu dans l’histoire », et « il n’est pas approprié que ce qui s’est passé le 7 octobre détermine la politique concernant la Syrie » [24].

Je peux contester la légitimité de celui qui parle, dont le parcours est connu, et rappeler que l’« incident » évoqué avec cette légèreté a coûté la vie à plus de 1 200 personnes. Rien de cela ne me dispense de répondre à la question qu’il pose, puisqu’elle est juste, et qu’elle est adressée à Israël par un interlocuteur avec lequel 90 % d’un accord serait, dit-on, déjà écrit.

Une date peut-elle fixer une doctrine ? Le premier épisode de cette série soutenait que le traumatisme non traité rend les électeurs disponibles pour qui saura nommer leur peur, et ce que j’ajoute ici tient à l’extension du même mécanisme à la stratégie d’un État. Il demeure possible de remporter toutes ses guerres en restant prisonnier de la journée qui les a déclenchées.

L’épisode suivant portera sur les Juifs du monde, et sur la France, où quatre générations se demandent ce que cette date a changé pour elles.

Sources

[1] Jake Sullivan, « The Sources of American Power: A Foreign Policy for a Changed World », Foreign Affairs, numéro de novembre/décembre 2023, édition papier parue le 25 octobre 2023. Passages de la version d’origine, rédigée avant le 7 octobre : « Indeed, although the Middle East remains beset with perennial challenges, the region is quieter than it has been for decades » et « We have de-escalated crises in Gaza and restored direct diplomacy between the parties after years of its absence ». La version en ligne révisée après l’attaque retient notamment : « The October 7 attacks have cast a shadow over the entire regional picture, the repercussions of which are still playing out ». Note de la rédaction : « The original version of this article, written before the October 7 terrorist attacks by Hamas in Israel, emphasized the progress in the Middle East », les écarts entre les deux états du texte étant présentés comme reflétant utilement « how the outbreak of the Hamas-Israel war has affected the administration’s thinking about the Middle East ». https://www.foreignaffairs.com/united-states/sources-american-power-biden-jake-sullivan

[2] Hannah Marx, « The Abraham Accords », backgrounder du Middle East Institute, mis à jour le 20 avril 2026 : signataires de 2020-2021 (Émirats arabes unis, Bahreïn, Soudan, Maroc), adhésion du Kazakhstan le 6 novembre 2025, absence de retrait formel, cadre décrit en « suspended animation ». https://mei.edu/backgrounder/abraham-accords/

[3] Daniel L. Byman, « Hezbollah’s Dilemmas », Brookings Institution, novembre 2022 : produit intérieur brut libanais de 55 milliards de dollars en 2018 à 20,5 milliards en 2021, monnaie ayant perdu 95 % de sa valeur, résultats du scrutin de mai 2022 et accession des Forces libanaises au rang de premier groupe parlementaire, plus de 1 500 tués et environ 5 000 blessés en Syrie, financement iranien estimé à 700 millions de dollars par an selon le rapport du Département d’État américain de 2020, auxquels s’ajoutent environ 300 millions de ressources propres. https://www.brookings.edu/wp-content/uploads/2022/11/FP_20221110_hezbollah_dilemmas_byman.pdf

[4] Mona Alami, « Lebanon’s collapse is Hezbollah’s slow unraveling », Atlantic Council, 7 avril 2020. https://www.atlanticcouncil.org/blogs/menasource/lebanons-collapse-is-hezbollahs-slow-unraveling/

[5] « A Year Later, What Is Your Assessment of Bashar al-Assad’s Downfall? », symposium du Carnegie Middle East Center, Diwan, 8 décembre 2025, avec les contributions notamment d’Issam Kayssi, Kheder Khaddour, Maha Yahya, Karim Sadjadpour, Mohanad Hage Ali, Zaha Hassan, Marwan Muasher, Yezid Sayigh, Armenak Tokmajyan et Frederic Wehrey. https://carnegieendowment.org/middle-east/diwan/2025/12/a-year-later-what-is-your-assessment-of-bashar-al-assads-downfall

[6] Annonces de la rencontre entre Donald Trump et Mohammed ben Salmane à la Maison-Blanche, 18 novembre 2025 : désignation de l’Arabie saoudite comme allié majeur hors OTAN, signature d’un accord stratégique de défense, approbation de futures livraisons de F-35, le royaume en ayant demandé quarante-huit, et déclaration du prince héritier sur la condition d’un chemin clair vers une solution à deux États. https://www.aljazeera.com/news/2025/11/19/saudi-arabia-designated-major-non-nato-ally-of-us-gets-f-35-warplanes-deal

[7] Yoel Guzansky, « Saudi Arabia’s New Approach to Israel and the Normalization Process », INSS Insight n° 2103, Institute for National Security Studies, 23 février 2026 : condition saoudienne sur un État palestinien dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale qualifiée de « sans équivoque et non négociable », et évolution de l’opinion saoudienne favorable aux Accords d’Abraham de 41 % en 2020 à 20 % en 2023 puis 13 % en 2025, d’après les enquêtes du Washington Institute for Near East Policy. https://www.inss.org.il/publication/saudi-israel-2026/

[8] Andrew Leber et Jane Darby Menton, « What We Know About the U.S.-Saudi Nuclear Deal », Carnegie Endowment for International Peace, 23 juillet 2026 : absence de renonciation à l’enrichissement et au retraitement, absence de protocole additionnel, garanties bilatérales sur mesure, et avertissement sur le raccordement tardif à la normalisation, « if the administration insists upon this linkage as a condition for delivery, the entire deal may fall apart ». https://carnegieendowment.org/emissary/2026/07/saudi-us-nuclear-deal-abraham-accords-123-agreement

[9] Kelsey Davenport, « The U.S.-Saudi Agreement for Civil Nuclear Cooperation: Answers to Frequently Asked Questions », Arms Control Association, mise à jour du 1er septembre 2026 : enrichissement autorisé jusqu’à 20 %, absence du protocole additionnel de l’AIEA, garanties bilatérales limitées aux installations couvertes, transmission au Congrès et entrée en vigueur automatique en l’absence de résolution de désapprobation, déclaration de Donald Trump sur la subordination de l’accord à l’adhésion saoudienne aux Accords d’Abraham, et menaces publiques de responsables saoudiens de se doter de l’arme si l’Iran y parvenait. Voir également l’analyse de l’International Institute for Strategic Studies, « The US-Saudi 123 Agreement: more than nuclear cooperation at stake », août 2026. https://www.armscontrol.org/blog/2026-09-01/us-saudi-agreement-civil-nuclear-cooperation-answers-frequently-asked-questions

[10] International Crisis Group, fiche « Bab al-Mandab, Yemen », liste de points de rupture Iran-États-Unis-Israël : embargo maritime houthi visant l’Arabie saoudite annoncé le 20 juillet 2026, frappes des 5, 13, 17 et 24 août 2026 sur des pétroliers saoudiens, des navires accompagnateurs et une raffinerie. https://www.crisisgroup.org/trigger-list/iran-usisrael-trigger-list/flashpoints/bab-al-mandab-yemen

[11] « Red Sea nations watch as Houthis seize Bab al-Mandeb strait », Al Jazeera, 13 septembre 2026 : prise du port de Mocha et de l’île de Mayyun (Perim), positions houthies à vingt kilomètres de la côte africaine, recul du trafic en mer Rouge de 50 à 55 % entre 2023 et 2025. https://www.aljazeera.com/economy/2026/9/13/red-sea-nations-watch-as-houthis-seize-bab-al-mandeb-strait

[12] « Saudi Arabia allies line up support as Houthi attacks mount », Al Jazeera, 25 septembre 2026 : envoi par la France de soldats, de radars et de systèmes de défense pour protéger le terminal pétrolier de Yanbu, avec la déclaration d’Emmanuel Macron ; réunion urgente des chefs militaires convoquée par le Pakistan et la Turquie au titre de l’accord de défense commune de La Mecque ; déclaration du ministre saoudien des Affaires étrangères sur la poursuite du travail « avec nos partenaires aux États-Unis », sans précision d’assistance militaire. https://www.aljazeera.com/news/2026/9/25/saudi-arabia-allies-line-up-support-as-houthi-attacks-mount. Sur les attaques contre le territoire saoudien, voir également « Saudi Arabia says 73 wounded as Houthis attack civilian and energy sites », Al Jazeera, 8 septembre 2026 (https://www.aljazeera.com/news/2026/9/8/houthi-attacks-on-saudi-arabia-have-wounded-73-civilians-official-says) et « Saudi-led coalition says defence intercepted Houthi missile fired at Riyadh », Al Jazeera, 19 septembre 2026 (https://www.aljazeera.com/news/2026/9/19/saudi-led-coalition-says-defences-intercept-houthi-missile-fired-at-riyadh).

[13] « Saudi Arabia, Israel in talks through CENTCOM over Houthi threat », Israel Hayom, 15 septembre 2026, sur la base de responsables diplomatiques et sécuritaires régionaux non nommés : sollicitation indirecte d’Israël, via le CENTCOM, pour du renseignement et une assistance à la défense face aux attaques houthies. https://www.israelhayom.com/2026/09/15/saudi-arabia-israel-in-talks-through-centcom-over-houthi-threat. Information reprise par i24NEWS, AllIsraelNews et le Jerusalem Post, qui la présentent explicitement comme un « report », sans corroboration par une source arabe ou occidentale indépendante à la date de publication de cet article.

[14] Galip Dalay, « The Iran war reshapes the Middle East and Turkey’s regional role looks set to expand », Chatham House, 5 juin 2026. https://www.chathamhouse.org/2026/06/iran-war-reshapes-middle-east-turkeys-regional-role-looks-set-expand

[15] Amjad Iraqi, « Can the World Make Recognition of Palestine’s Statehood Matter? », International Crisis Group, 26 septembre 2025. https://www.crisisgroup.org/qna/middle-east-north-africa/israelpalestine/can-world-make-recognition-palestines-statehood-matter

[16] Chronologie des confrontations directes entre Israël et l’Iran : frappes iraniennes d’avril et d’octobre 2024, guerre de juin 2025 incluant les frappes américaines sur Fordow, Natanz et Ispahan, guerre ouverte à partir de février 2026, mort d’Ali Khamenei et désignation de Mojtaba Khamenei en mars 2026. Voir House of Commons Library, briefing CBP-10521. https://commonslibrary.parliament.uk/research-briefings/cbp-10521/

[17] Assaf Orion, Hanin Ghaddar, Michael Knights, April Longley Alley, Michael Jacobson et Matthew Levitt, « The Wartime Role of Iran’s « Axis »: Countering Proxy and Terrorist Threats », Washington Institute for Near East Policy, 5 mars 2026. Les trois unités irakiennes jugées efficaces y sont les Kataib Hezbollah, Harakat Hezbollah al-Nujaba et Kataib Sayyid al-Shuhada. https://www.washingtoninstitute.org/policy-analysis/wartime-role-irans-axis-countering-proxy-and-terrorist-threats

[18] Michael Young, « Axis of Resistance or Suicide? », Carnegie Middle East Center, Diwan, 2 mars 2026. https://carnegieendowment.org/middle-east/diwan/2026/03/an-existential-war-or-one-preparing-negotiations

[19] Orna Mizrahi, INSS Insight n° 2118, Institute for National Security Studies, 24 mars 2026 : arsenal du Hezbollah estimé à 20 000-25 000 roquettes et missiles et 1 000-2 000 drones, soit environ 20 % de la puissance de feu d’avant octobre 2023, reconstitution pendant le cessez-le-feu et établissement de nouveaux circuits de contrebande après le changement de régime en Syrie. https://www.inss.org.il/publication/hezbollah-roaring-lion/

[20] Emily Harding, Aosheng Pusztaszeri, Lauryn Williams, Nikita Shah, Aashka Vyas et Carter Musheno, « Mapping Iranian Cyberattacks on U.S. Water Systems », Center for Strategic and International Studies, 18 août 2026 : campagne attribuée à CyberAv3ngers, lié au Corps des gardiens de la révolution, au moins cent installations visées dans au moins neuf États, arrêt d’une station de pompage en Géorgie. https://www.csis.org/analysis/mapping-iranian-cyberattacks-us-water-systems

[21] « Hollow Promises: Resetting Gaza’s Ceasefire », International Crisis Group, rapport Moyen-Orient n° 257, 24 août 2026. https://www.crisisgroup.org/rpt/middle-east-north-africa/israelpalestine-united-states/257-hollow-promises-resetting-gazas-ceasefire

[22] Security Council Report, « The Middle East, including the Palestinian Question », Monthly Forecast, octobre 2026 : résolution 2803 du 17 novembre 2025, Force internationale de stabilisation non déployée, positions israéliennes au-delà de la « ligne jaune ». https://www.securitycouncilreport.org/monthly-forecast/2026-10/the-middle-east-including-the-palestinian-question-26.php

[23] Security Council Report, « Lebanon », Monthly Forecast, juillet 2026 : accord-cadre trilatéral du 26 juin 2026, résolution 2790 du 28 août 2025 mettant fin au mandat de la FINUL au 31 décembre 2026, déploiement de l’armée libanaise dans une zone pilote.https://www.securitycouncilreport.org/monthly-forecast/2026-07/lebanon-39.php

[24] Déclarations d’Ahmed al-Sharaa lors d’un panel de l’Atlantic Council à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, 23 septembre 2026, rapportées par le Jerusalem Post. https://www.jpost.com/middle-east/article-909365

[25] David Albright, Sarah Burkhard, Spencer Faragasso et Andrea Stricker, « Analysis of IAEA Iran Verification and Monitoring and NPT Safeguards Reports », Institute for Science and International Security, 9 juin 2026 : dernier inventaire vérifié au 13 juin 2025, impossibilité pour l’Agence de documenter l’état actuel des stocks, refus explicite de chiffrer un délai de prolifération. https://isis-online.org/isis-reports/analysis-of-iaea-iran-verification-and-monitoring-and-npt-safeguards-reports-june-2026

à propos de l'auteur
Chercheur en géopolitique auprès de l'Institut français de géopolitique (Université Paris 8), diplômé de l'Ecole Normale Supérieure-Ulm et de l'Université Panthéon Sorbonne, il a vécu à Bruxelles et travaillé sur les questions internationales au Parlement Européen. Il est le fondateur de l'Observatoire européen des Accords d'Abraham.
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