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Plongée au coeur d’Israël, à la recherche de l’unité

Alors qu’Israël commémorait la semaine dernière Yom Hazikaron, en mémoire des soldats tombés pendant les guerres israéliennes et des victimes d’attentats, avant de célébrer Yom Hatsmaout (la naissance de l’État d’Israël), j’ai eu l’occasion d’observer ces moments particuliers pour la société israélienne dans quatre endroits différents du pays.

48h… 4 événements pour raconter la diversité de ces instants, de leur atmosphère si particulière, des personnes rencontrées… et… un seul objectif : montrer l’unité retrouvée l’espace de quelques instants, pour Yom Hazikaron et Yom Hatsmaout.
Au delà de toute querelle politique.

Épisode 1: A Tel Aviv, au nom de tous les nôtres.

Lundi 24 avril : Tel Aviv, boulevard Rotschild, il est un peu plus de 19h. Je me dirige vers Kikar Hatarbout où une cérémonie doit avoir lieu à la mémoire des victimes des guerres israéliennes et des attentats.

Au fur et à mesure que je m’approche, la foule grandit. Diverse, silencieuse.
De jeunes soldates et soldats regardent une famille qui se dirige vers la scène. Certains portent des kippot, d’autres non. Quelques touristes complètent ce patchwork aux multiples couleurs.
J’ai conscience de vivre un moment de communion, suffisamment rare en les temps qui courent pour ressentir son intensité si particulière.

La place se remplit, la foule écoute avec attention les témoignages qui se succèdent. L’histoire d’Israël se déploie sous mes yeux. Histoire digne, un brin tragique ce soir.

Demain à la même heure le pays célébrera dans la ferveur sa renaissance il y a exactement 75 ans.

Ce qui me marque à cet instant, c’est l’absence de smartphone. Personne ne filme, comme si que chacune et chacun se concentraient au plus profond de soi et revivaient la disparition d’un être cher, d’un proche. Mais qui n’est pas proche dans ce pays où « chacun connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un ? ».

Au micro, une femme raconte son père, tombé pendant la guerre de Kippour. Ses souvenirs d’enfant, son regard me troublent. Douleur insondable.

Quelques minutes plus tard, une mère nous parle de son fils, fauché par un attentat en 1995.

Instants d’hommage aux disparus mais moments de vie puissants. Toute la résilience d’Israël se nourrit de cette ferveur silencieuse.

Soudain, la sonnerie retentit, déchirant le ciel d’Israël. Le temps s’arrête… pendant une minute. Silence assourdissant.

C’est alors que le Rav Yisrael Meir Lau, grand rabbin de la ville de Tel Aviv, s’avance pour réciter le Kaddish, la prière des morts. Au rythme des « Amen » qui se répète, nous ne faisons plus qu’un. Ainsi soit-il.

Des familles s’étreignent. Des couples s’enlacent. L’émotion est palpable alors que l’Hatikva monte lentement dans le ciel de Tel Aviv. La cérémonie touche à sa fin.

Le silence laisse la place à des moments de discussion par petits groupes sur la place. Le temps de la parole, de l’échange, des rires, des pleurs parfois vient compléter celui de la commémoration.

Episode 2 : A Kiryat Shaul, pulsions de vie et espoir semé. 

8h50 – Après une cérémonie conclue par une veillée de chants sur Kikar Hatarbout, je me rends ce matin à Ramat HaSharon, au nord de Tel Aviv. La ville borde le cimetière de Kiryat Shaul. Fondé en 1943, il abrite plus de 80000 tombes et constitue le 2e plus important lieu de sépultures militaires d’Israël, après celui du Mont Herzl à Jérusalem. A 11h doit s’y tenir une cérémonie officielle.

Je prends la route 5, encore peu de voitures sur le chemin à cette heure. Alors qu’Israël compte 9 millions d’habitants, on attend 2 millions et demi de personnes dans les cimetières du pays. C’est dire à quel point le respect dû aux hommes et femmes tombés pour Israël irrigue la société. C’est ce que je vais constater tout au long de mon périple ce matin.

A Ramat Hasharon, je retrouve un ami cher et de longue date, Yariv Nornberg, avec qui je vais vivre ce moment d’une grande intensité émotionnelle.

Alors que nous descendons vers le cimetière, nous nous arrêtons quelques minutes à Kfar Yarok. Ancienne école d’agriculture, elle est aujourd’hui dédiée au leadership de la jeunesse, et déploie une approche spécifique basée sur la durabilité et le lien entre l’homme et la nature. Ce lieu semble faire le lien entre l’Israël des pionniers, investis dans la mise en valeur de la terre, et celui des jeunes générations, chargées de la préserver.

Au fur et à mesure que nous nous rapprochons du cimetière, la foule se fait plus importante.

Des familles, des soldates, des soldats, des personnes âgées, des jeunes à quelques années de leur service militaire… toujours le même rituel… Israël dans sa très grande diversité se retrouve avec dignité pour commémorer ses disparus.

Ce qui me marque dès mon entrée, c’est l’effervescence du moment.

La vie est partout dans ce cimetière. En mon for intérieur, j’imaginais le silence d’un moment de recueillement. Bien au contraire…

Je m’arrête à une table sur laquelle est posée une multitude de pierres blanches. Dans la coutume juive, il est d’usage de poser une pierre sur la tombe du défunt pour indiquer qu’elle a été visitée. C’est aussi une façon de lui témoigner du respect.

Mais, en réalité, et comme toujours dans la tradition juive, la coutume a un sens plus profond. La pierre, qui se dit Even en hébreu, est une contraction de Av (Père) et Ben (fils). Ainsi, en posant une pierre, nous célébrons aussi et avant tout la transmission tout en rappelant le lien indéfectible entre les générations.


Où que je pose les yeux, la situation est toujours identique. Autour de chaque tombe, on trouve la famille mais aussi des membres de l’unité du défunt.

Peu importe leur âge, leurs origines, leurs croyances, ils se retrouvent pour rappeler la mémoire d’un être cher.

Alors que nous avons l’habitude, sauf accident de la vie, d’aller au cimetière pour accompagner des personnes d’un certain âge vers leur dernière demeure, je ne peux m’empêcher de remarquer que, en ce lieu, l’ordre est souvent inversé. Des parents, des grands-parents se soutiennent autour de la tombe d’un fils, d’une fille, parfois d’un petit-fils.

Dans ces moments d’une intense gravité, la solidarité prend tout son sens, au-delà de la mort. On m’expliquera plus tard que Yom Hazikaron est une véritable opération pour Tsahal ou chaque soldat est chargé de visiter une tombe. Des ordres de mission sont d’ailleurs distribués à cette occasion.

Avec Yariv, nous nous arrêtons sur la tombe du général Aharon Yariv. Décédé en 1994, il a marqué de son empreinte l’histoire d’Israël. Yitzhak Rabin, alors Premier ministre de l’Etat d’Israël, dit à l’occasion de son enterrement « Je me sépare aujourd’hui, à titre personnel, de l’une des meilleures personnes qui étaient à mes côtés à la veille de la guerre des Six Jours : les renseignements qu’Arale m’a fourni en tant que chef d’état-major, aux commandants de Tsahal et à leurs troupes, étaient parfaits, l’un des éléments centraux de notre victoire… Aujourd’hui, pour la dernière fois, nous lui disons : merci. Merci au nom des soldats. Merci au nom des mères. Merci au nom des citoyens d’Israël ».

Le chef d’Etat major de l’armée égyptienne en 1973, Abd Al Ghani Gamasi, avait lui aussi tenu à lui rendre hommage en ces termes « Il était l’un des généraux de Tsahal les plus intelligents que j’ai jamais rencontrés. Un homme qui s’est battu sur le champ de bataille pour son peuple et qui s’est battu dans les négociations pour la paix. Son départ est une grande perte pour nous tous. ».

Pourtant ce matin, pas de famille autour de la tombe du général. Seulement une officière du renseignement, corps d’armée auquel le général appartenait.

Aharon Yariv n’a pas eu d’enfants. Alors, l’espace d’un instant, nous venons combler ce vide en racontant des anecdotes sur sa vie. C’est notre manière à nous d’honorer un homme auquel Israël doit tant.

Un peu plus loin, deux élèves de la Midrasha Noam de Kfar Saba viennent donner une lettre à une famille, au nom de leur école, avant de se recueillir tous ensemble.

L’homme qui est enterré là a perdu la vie dans un accident d’hélicoptère en 1993. Il était aussi un ancien élève de la Midrasha. J’échange quelques mots avec l’un des élèves. Quelle n’est pas ma surprise lorsqu’il m’explique être arrivé avec sa famille depuis Nice en 2016, à la suite de l’attentat sur la promenade des Anglais.

Soudain, comme hier soir, la sonnerie retentit… le temps s’arrête… 2 mn d’éternité… la nation réunie se recueille avant d’écouter attentivement les prières et discours des personnalités présentes.

Le ministre de la Défense, Yoav Gallant, raconte une opération ratée où 12 soldats ont péri. Il insiste particulièrement sur la diversité de cette unité, certains venant de kibboutzim, d’autres de Judée-Samarie, réunis ensemble au nom de la sécurité d’Israël.

Alors que la cérémonie touche à sa fin, je continue à pérégriner dans le cimetière avant de m’arrêter sur une tombe, celle du soldat Dani Bejin Rahmano. Né en Iran, chargé des premiers secours dans l’armée, il a perdu la vie au Liban en 1983.

Sur sa tombe, je dépose une petite pierre blanche sur laquelle est inscrite «Zikronam Tsivaténou ». « Leur souvenir, notre volonté ».

Episode 3 : A El’ad, au coeur de la géographie de la foi

Le rabbin et Lord Jonathan Sacks écrivait « Les Juifs sont le peuple qui a refusé d’être consolé parce qu’il n’a jamais perdu espoir. Jacob a fini par revoir Joseph. Les enfants de Rachel sont retournés dans leur pays ».

En quittant Tel Aviv pour aller assister aux célébrations de Yom Hatsmaout, je m’interrogeais justement sur ses mots.

Le moment où Israël bascule du souvenir des soldats et des victimes du terrorisme à la célébration de la naissance de l’État d’Israël est toujours particulier. De la tristesse du recueillement à la joie de l’existence il n’y a que quelques minutes.

Ça semble très abstrait derrière ces quelques mots. Mais lorsqu’on est confronté au réel, on est pris d’un apparent paradoxe qui se résout dès lors qu’on comprend que ce qui se joue ici, c’est la célébration de la vie. Dans toute sa fragilité et sa complexité.

Me voici sur la route 444 pour me rendre à El’ad, à une trentaine de kilomètres de Tel Aviv. Ville récente, née au début des années 90, elle a la caractéristique d’avoir été créé pour la population ultra-orthodoxe et abrite, dans une moindre mesure, une population sioniste religieuse. Autre particularité : El’ad est la seule ville en Israël, officiellement désignée comme étant une municipalité religieuse.

A peine arrivé, on est marqué par les drapeaux omniprésents dans les rues de la ville, accrochés aux lampadaires, aux voitures. L’espace urbain est marqué par les emblèmes de l’État d’Israël, ce qui n’est pas forcément évident dans une ville à 90% ultra-orthodoxe. Un concert est même organisé pour l’occasion autour des chanteurs Yonathan et Aaron Razel.

En m’y rendant, je passe devant un monument récent. Lors des festivités l’année dernière, quatre personnes avaient été assassinées par deux terroristes armés d’une hache. La ville a inauguré récemment ce mémorial au nom des victimes.
J’observe aussi que les rituels relatifs à Yom Hatsmaout sont très différents de ce que j’ai pu voir à Tel Aviv.


La cérémonie est essentiellement religieuse, avec la lecture du Hallel, ensemble de psaumes qui loue Dieu avant de laisser la place à de la musique hassidique. Sur les pelouses, des familles, souvent nombreuses, piquent niquent avant de danser. Il règne un joyeux brouhaha, l’ambiance est détendue.

Pourtant, en m’attardant un peu plus sur la population présente ce soir, je remarque qu’elle est quasiment exclusivement sioniste religieuse. A de très rares exceptions, la population ultra-orthodoxe a déserté l’évènement, lui-même relativement excentré dans la ville. Est-ce parce que les ultra-orthodoxes respectent une période particulière entre Pessah et Shavouot où les manifestations de joie sont proscrites ? Est-ce parce que célébrer l’État d’Israël reste extrêmement marginal pour cette population à l ‘occasion de Yom Hatsmaout ?
Peut-être un peu des deux.


C’est donc la minorité sioniste religieuse qui exprime avec ferveur son attachement à l’État d’Israël. Je suis par ailleurs étonné de la non-présence de hauts responsables du gouvernement. Dans cette ville, marquée par une récente attaque terroriste, électorat naturel des partis les plus à droite sur l’échiquier politique israélien, ça serait compréhensible.

A peine cette pensée m’a-t-elle traversé l’esprit qu’un petit groupe compact se dirige vers le public depuis l’arrière de la scène. La démarche est caractéristique, je reconnais l’un des ministres les plus controversés du gouvernement actuel, Itamar Ben Gvir. La surprise est totale.

Accueilli comme un roi, il est en terrain conquis et ne boude pas son plaisir de recevoir les encouragements bruyants du public.

Dans son rapide discours, il invoque par trois fois « l’unité » (Yahad, en hébreu). Je m’interroge alors sur le sens qu’il donne à ce mot. S’agit-il de faire unité derrière lui ? Ou bien insiste-t-il sur l’importance de l’unité de la société israélienne ?
Au vue de la verve du personnage en ce soir de Yom Hatsmaout, j’ai du mal à croire à autre chose qu’une prise de parole éminemment politique. Quoi qu’on en pense.

Au micro, Yonathan Razel entonne « Vehi Sheamda », morceau bien connu qu’il a composé et issu du récit de la sortie d’Egypte. Un passage me marque particulièrement « VeHakadosh Barouh Hou Matsilénou Mi Adam / Et Dieu nous sauve de leurs mains. ».

Alors que je quitte le concert, je ne peux m’empêcher de me demander de quelles mains il est question aujourd’hui en Israël. Bien malin celle ou celui qui pourra me répondre.

Épisode 4 : A Nes Harim, à la croisée (Tsomet) des chemins

Mercredi 26 avril – Les Israéliens ont des traditions bien à eux. Le « Al-HaEsh » (barbecue) est une institution pour Yom Hatsmaout, prétexte à des sorties en famille aux quatre coins du pays. Les supermarchés sont pris d’assaut et je vous mets au défi de trouver de la viande ce jour-là.

En fait, le lien à la terre d’Israël, à ses paysages, à son histoire est non seulement encouragé mais aussi renforcé. Tout comme la relation forte entre la société et l’armée, caractérisée par de nombreux défilés militaires dans le pays, le plus spectaculaire étant sans hésiter celui qui se déroule au large de la promenade de Tel Aviv.

Pour ma part, je quitte la plaine côtière pour me diriger vers les montagnes de Jérusalem. Le paysage change du tout au tout après avoir dépassé le verrou de Latroun, corridor stratégique bien connu des Israéliens, théâtre de violents combats lors de la guerre d’indépendance en 1948.

Direction le moshav Nes Harim, sur les hauteurs surplombant la ville de Bet Shemesh. Culminant à 600 mètres d’altitude, il offre une vue imprenable sur Tel Aviv et les villes en contrebas.


C’est ici que les Éclaireuses et Éclaireurs Israélites de France (EEIF) ont choisi de fêter leur 100e anniversaire en Israël. Car si l’évènement majeur accueillera près de 8000 personnes l’été prochain près de Bordeaux, celui-ci a vocation à rappeler le lien fort existant entre l’État hébreu et le mouvement scout et à permettre aux familles d’EI, anciens ou actuels, installées en Israël de participer à ce 100e anniversaire. Tsomet (intersection, en hébreu) c’est le nom de ce rassemblement.

Il m’est impossible de rappeler ici l’histoire du mouvement des EEIF depuis sa création. De nombreux livres ont été écrits à ce sujet. Cela étant dit, les EEIF constituent aujourd’hui le mouvement de jeunesse juif le plus important au niveau quantitatif en France, si ce n’est en Europe.

Son originalité tient en deux mots : pluralisme et minimum commun. Cela signifie que les EEIF ont accueilli en leur sein des enfants de toutes sensibilités religieuses, certains même n’y étant pas du tout sensibilisés à première vue, grâce à l’élaboration d’un minimum commun en termes de vie juive. C’est un modèle unique défini dès le milieu des années 30 et qui a contribué à conscientiser les enfants à la grande diversité de la communauté juive de France.

Par ailleurs, les EEIF ont intégré la méthode scoute, basé sur l’éducation du jeune par le jeune, sur la pédagogie de l’action et sur la prépondérance du jeu pour apprendre.

Grâce à elle, ils transmettent des valeurs fortes comme le respect, la solidarité, le dépassement de soi, la responsabilité… Celles et ceux qui sont passés par ce mouvement parle souvent d’une « école de vie » quand d’autres, non EEIF, se demandent encore comment fait-on pour passer 3 semaines sous tentes et sans confort…

Bien que les EEIF soient « non haloutsique », c’est-à-dire qu’il ne pousse par leurs membres à monter en Israël, force est de constater que, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, ils sont nombreux à avoir choisi de venir s’installer ici. Ils ont contribué massivement au développement du territoire. Il en est ainsi de la création du kibboutz Neve Ilan, aux portes de Jérusalem, ou de celui de Sdé Eliahou, dans la vallée de Shean. Ce dernier fut créé, à l’image du modèle scout, par Robert Gamzon lui-même.

En ce jour de rassemblement à Nes Harim, je suis marqué par l’extrême diversité des participants. De toutes les générations, en provenance des quatres coins d’Israël, ils ont en commun un sentiment d’appartenance extrêmement fort. Certains le cultivent encore bien qu’il soit en Israël depuis plusieurs dizaines d’années, d’autres « redécouvrent » les EEIF après plusieurs années. Près de 1200 personnes sont ainsi réunis sous le soleil brûlant. Chansons, retrouvailles, constructions, barbecue, rassemblement… autant d’ingrédients qui font l’expérience EEIF. Face à ce moment fraternel, je m’interroge.


Sont-ils ici par nostalgie de ce mouvement qu’ils ont pour la plupart connus en France ? Est-ce la manifestation de la vitalité du mouvement en Israël (il est vrai qu’un groupe local a été créé dans la ville de Raanana, à quelques km de Tel Aviv, il y a plusieurs années, toujours en lien avec le mouvement en France. De nombreux jeunes israéliens rejoignent d’ailleurs la France pour participer au camp d’été) ?

Il y a un probablement un peu des deux. Mais en toile de fond une autre question apparaît : quel message les EEIF veulent-ils faire passer à la société israélienne 1 siècle après leur création ?

Un anniversaire n’est pas seulement un rappel des ans, c’est aussi une projection vers le futur. Dans cette optique, y’a-t-il un « héritage » EEIF à transmettre ici, à des milliers de km de son lieu de naissance ?

Je suis certains que nombreux sont celles et ceux qui se posent la question aujourd’hui, tant les valeurs prônées semblent-être essentielles à la cohésion sociale de la société.

Et si les EEIF détenaient une partie de la solution pour Israël traversé par des crises de plus en plus récurrentes ?

Le pluralisme cher au mouvement peut constituer un véritable programme de société et être à l’origine de lieux de rencontre, encore très rares, entre les communautés. L’un des antidotes à la polarisation galopante en Israël existe, il fait partie de l’ADN de ce mouvement. Encore faut-il en prendre conscience et oser le déployer sur le territoire israélien.

Après cette journée, cela me semble être l’un des grands défis auxquels les EI vont être confrontés dans les années à venir. C’est peut-être le plus beau cadeau d’un vieil homme toujours vif de 100 ans à un vieux-jeune État de 75 ans, des étoiles pleins les yeux.

à propos de l'auteur
Chercheur en géopolitique auprès de l'Institut français de géopolitique (Université Paris 8), diplômé de l'Ecole Normale Supérieure-Ulm et de l'Université Panthéon Sorbonne, il a vécu à Bruxelles et travaillé sur les questions internationales au Parlement Européen. Il est le fondateur de l'Observatoire européen des Accords d'Abraham.
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