Retour vers le futur

David Ben Gourion a déclaré peu après le début de la deuxième Guerre Mondiale : « Nous aiderons les Britanniques dans la guerre comme s’il n’y avait pas de Livre blanc et nous lutterons contre le Livre blanc comme s’il n’y avait pas la guerre ».

Cette contorsion diplomatique a demandé un contrôle chirurgical aux dirigeants du Yishouv afin de pouvoir naviguer dans les eaux houleuses de cette période. Si les Allemands d’un côté, avaient mis en place un rouage maléfique d’extermination du peuple juif en Europe, les Anglais de leur côté, avaient mis en place, avec leur Livre blanc, un blocus migratoire vers la seule contrée du monde qui demandait de recevoir les juifs qui fuyaient la mort, littéralement.

Il fallait donc aux dirigeants de l’état embryon une diplomatie et un sang-froid hors du commun afin d’affronter ces deux puissances mondiales, ennemies entre elles, mais unies par les circonstances, contre le peuple juif. Nous connaissons la suite. Les chemises brunes d’un côté et un occident dubitatif de l’autre ont finalement eu raison de l’Allemagne avec à la clef, plus de 50 millions de victimes dont 6 millions de juifs brûlés, et la création de l’État d’Israël qui s’installa à la place du Mandat Britannique.

Nous refaisons l’histoire aujourd’hui en voyant ce qu’il se passe dans le monde occidental, avec, comme par hasard, la France en tant que papier de tournesol.

Israël et le peuple Juif font face aujourd’hui à une coalition rouge vert noir. Une recrudescence de l’antisémitisme de droite avec l’émergence d’une extrême gauche virulente sur le fond de la naissance d’un Islamisme menaçant. Ils doivent combattre l’obscurantisme de l’extrême droite comme si l’extrême gauche n’existait pas, et se dresser contre l’extrême gauche comme s’il n’y avait pas d’extrême droite.

Mais ce n’est pas tout. Les ressemblances des débuts de ce parcourt nous laissent songeurs.
En 1895, le procès Dreyfus qui s’est déroulé en France, a déclenché une vague d’antisémitisme dans le pays entier et a même laissé au patrimoine français une expression particulière dont on se sert pour éviter les débats houleux dans les familles et réunions d’amis : « On n’en parle pas » et dès que le débat se développe sur le sujet de discorde, nous recevons le : « Ils en ont parlé… ». Il y avait d’un côté ceux qui reprochaient à Dreyfus d’être un traître aux valeurs républicaines et de l’autre, ceux qui défendaient corps et âme l’innocence de ce capitaine, expliquant qu’ils étaient en face d’une campagne antisémite mensongère.

Aujourd’hui, ce débat a lieu dans les familles et réunions d’amis avec Israël au centre des discussions. « Est-ce qu’Israël est un pays qui trahi les valeurs occidentales avec un colonialisme et une persécution des minorités » ou « est-ce que c’est un pays qui embrasse les valeurs de démocratie et de liberté mais qui doit se défendre contre un terrorisme et une campagne mensongère odieuse ». Des amis de longue date se regardent aujourd’hui de travers lorsque le sujet est abordé, qui ne connaît pas cette situation ?

Et la comparaison continue car de la même manière que la campagne mensongère contre Dreyfus a semé le vent de la discorde pour recevoir la tempête d’un antisémitisme ignoble, la campagne mensongère contre Israël sème un vent dont tout le monde aujourd’hui redoute la tempête.

La corrélation entre les informations publiées sur le conflit au Moyen Orient et les retombées antisémites en France n’est plus à être démontrée et l’antisionisme souvent autorisé, parfois supporté ou encore encouragé, par la classe politique française dans son ensemble, a indubitablement des répercussions sur le public français. C’est la raison pour laquelle un mouvement populaire réclame, aujourd’hui, que le gouvernement reconnaisse l’antisionisme comme une forme d’antisémitisme. Comme à l’époque, aujourd’hui aussi, beaucoup continuent de douter.

Et les émotions montent et descendent avec les mêmes intensités.
En 1895, Dreyfus a été victime d’une campagne mensongère afin de lui faire porter un chapeau qui n’était pas le sien et dont il ne voulait pas, mais il était une cible privilégiée car il représentait ceux contre lesquels il était facile de faire pression sur l’opinion publique, qui a son tour pouvait faire pression sur le gouvernement.

Israël doit faire face aujourd’hui à une campagne mensongère qui n’est pas limitée à la France et qui est une conséquence directe du village global. Bouc émissaire d’une politique malveillante, il est facile de montrer du doigt l’État hébreu et de surfer sur les vagues de l’antisémitisme traditionnel ou renouvelé, selon que nous comprenons que l’antisionisme est un antisémitisme nouveau, ou non.

Comme en 1895, ce débat prend ampleur en France avec manifestations et contre manifestations. Une fois de plus, des hommes intègres et sérieux montent sur les barricades médiatiques afin de dénoncer sans trembler, sans bafouiller de façon claire et sans détours le démon sorti de sa lampe. Ces « Zola », qui aujourd’hui, prennent position afin de récuser l’antisémitisme, réussissent à émouvoir une grande partie de leurs lecteurs ou auditeurs, ils publient des vers, des pamphlets, des nouvelles et la liste est heureusement longue.

Cependant, tout comme avec Zola, leur impact reste à prouver. Ces discours sont importants et ils sont aussi nécessaires que réconfortants, mais, de plus en plus de juifs commencent à douter de leur efficacité.
Le doigt accusateur qui était pointé vers Dreyfus est ce même doigt qui aujourd’hui l’est envers Israël.

Les extrémistes de cette coalition rouge vert noir se sont approprié le débat international et ce dernier infiltre toutes les couches politiques et intellectuelles européennes. C’est cette coalition qui bat les cartes et distribue les points, c’est cette coalition qui génère une industrie mensongère envers l’état hébreu qui a son tour se retourne sur les communautés juives à travers le monde. Comment être naïf et croire que l’on peut accuser Israël d’être la source de la violence dans le monde et ne pas s’attendre à ce que les juifs ne puissent plus marcher dans les rues de Paris sans être hués, voire attaqués.

Cependant, une différence de taille écorche bien heureusement ce parallèle. Israël a débuté son renouveau grâce à un certain journaliste qui assiste à la dégradation d’Alfred Dreyfus en 1895. Herzl ressort profondément marqué de cette affaire dont il suit les débuts, et la vague d’antisémitisme qui l’accompagne le convainc de la nécessité de créer un état Juif. Le sionisme politique prit donc son envol des pavés de la Cour Morlan de l’École militaire de Paris, lorsque l’on dégrada le capitaine Dreyfus sous les cris qui scandait « À mort les Juifs ! ».

Israël n’a pas eu le temps de se créer ni de s’affirmer avant la deuxième Guerre Mondiale, mais aujourd’hui c’est chose faite et tous les juifs du monde le savent.

« Un dîner en famille » de Caran d’Ache, publié le 14 février 1895 dans le Figaro En haut : « Surtout, ne parlons pas de l’affaire Dreyfus ! » En bas, « Ils en ont parlé… » – Domaine public
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Journaliste, chimiste, traducteur et ingénieur supérieur, Bruno J. Melki utilise une approche scientifique dans ses recherches journalistique afin de présenter la réalité d’un des conflits les plus médiatisé, mais aussi des plus falsifié, de l’histoire contemporaine. Après avoir poursuivi des études de chimie et de statistiques et avoir travaillé en recherche pendant plusieurs années à l’Université de Jérusalem, Bruno J. Melki rejoint le monde de la haute technologie Israélienne et contribue aux efforts de la nation Start-Up avec quelques patentes. Ayant achevé une formation de journaliste en parallèle à son travail en Israel, il publiera une chronique économique hebdomadaire en Hébreu dans Makor Rishon. Récemment, il traduisit le livre de Ben-Dror Yemini : L’Industrie du Mensonge (à paraitre).
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