L’isolement d’Israël, une bénédiction ?

"Solitude" de Marc Chagall, peint en 1933. Musée d'Art de Tel Aviv. (Crédit : Lluís Ribes Mateu / Flickr - CC BY-NC-SA 2.0)
"Solitude" de Marc Chagall, peint en 1933. Musée d'Art de Tel Aviv. (Crédit : Lluís Ribes Mateu / Flickr - CC BY-NC-SA 2.0)

L’actualité récente est marquée par un paradoxe.

D’un côté, la puissance militaire

Israël a une nouvelle fois impressionné le monde, notamment par sa victoire éclatante face à l’Iran. En à peine deux ans, c’est toute la carte stratégique de la région qui a été redessinée, avec une série de victoires qui redonne à Israël une stature stratégique incontestable.

Et pourtant, les critiques pleuvent

Malgré cette démonstration, l’État hébreu reste isolé sur la scène internationale ;  souvent incompris, parfois vilipendé, même par ceux que l’on considérait comme des alliés.

Ce sentiment de solitude est difficile à vivre

On aimerait être soutenus, compris, entourés. Mais au fond, faut-il vraiment craindre cette solitude ? Est-ce un drame d’être seul ? Ou bien, au contraire, cette situation n’est-elle pas le signe que nous sommes dans le vrai ?

À l’origine

La Paracha de la semaine, Balak, nous éclaire sur cette question. C’est la seule section de la Torah qui retranscrit les prophéties d’un non-Juif : Bil’am, un homme convoqué pour maudire le peuple d’Israël, mais qui ne fait que le bénir. Dans Bamidbar 23, verset 9, Bil’am déclare :

Car du sommet des rochers je le vois, du haut des collines je le contemple : voici, c’est un peuple qui résidera solitaire, et parmi les nations, il ne sera pas compté.

Ce verset contient une vérité fondamentale sur l’identité d’Israël. Rachi commente :

Il s’agit de leurs origines solides et surélevées – les patriarches Avraham, Yitzhak et Yaakov.

Ce peuple ne prend pas racine dans le consensus des nations, mais dans une fidélité ancestrale à un idéal divin. Il n’est pas compté parmi les autres nations, parce qu’il ne peut se fondre dans leurs logiques.

Ce que Bilaam décrit ici n’est pas une faiblesse d’Israël : c’est sa grandeur. Sa vocation. Être seul, c’est refuser les compromissions, même lorsque le monde entier la conteste.

Rachi ajoute un commentaire troublant, mais terriblement actuel :

Lorsque le peuple juif est dans la joie, les nations du monde ne s’en réjouissent pas.

Cela résonne avec ce que nous vivons aujourd’hui : même les victoires nécessaires et justes d’Israël sont perçues comme des excès, comme des dérives, comme des fautes. Mais, ce que nous devons comprendre, c’est que ce rejet n’est pas un signe de défaite morale. C’est au contraire la confirmation que notre éthique et notre raison d’être dérangent.

Seul !

Ce que cette Paracha nous enseigne, c’est qu’il faut transformer notre regard. Ne plus voir l’isolement comme un échec, mais comme une bénédiction. Ce n’est pas l’adhésion du monde qui valide la justesse de nos combats.

Au contraire : dans un monde où les nations ont besoin d’un consensus international, d’un feu vert collectif pour justifier leurs actions – comme si la morale dépendait du nombre de votes à l’ONU – Israël sait que l’incompréhension à son égard est dans son ADN.

Par ailleurs, le consensus international n’est ni un gage de moralité, ni une preuve de vérité. Trop souvent, il a cautionné l’injustifiable, et ignoré l’essentiel.

Ce n’est pas un hasard si celui qui a voulu maudire Israël finit par le bénir… En évoquant sa solitude ! Notre force.

Israël est seul, oui. Mais il est seul… Avec D.ieu. Et cela change tout.

à propos de l'auteur
Mendel est diplômé du Séminaire Israélite de France. Il est rabbin de Strasbourg, en charge de la Synagogue de la Meinau, et exerce également en tant que rabbin européen - European Rabbi - engagé dans les enjeux contemporains du judaïsme. Délégué auprès des institutions européennes à Strasbourg, pour le compte de la Conférence des rabbins d’Europe, il traitera ici de questions religieuses et d’actualité.
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