L’Histoire se répète inlassablement

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, saluant le président français Emmanuel Macron avant une réunion à Jérusalem, le 24 octobre 2023. (Crédit : Christophe Ena/POOL/AFP)
Il y a un siècle, des accusations infondées ont contribué à créer un climat de peur et de haine envers les Juifs, préparant le terrain à leur persécution à travers l’Europe.

Il faut une dose stupéfiante d’audace et d’ignorance pour oser formuler une phrase telle que : « M. Netanyahu ne doit pas oublier que son pays a été créé par une décision de l’ONU, et par conséquent, ce n’est pas le moment de s’affranchir des décisions de l’ONU ». Cette déclaration, attribuée au président Macron, semble refléter une incompréhension historique, et une attitude qui pourrait être perçue comme condescendante.

Il convient de rappeler qu’avant même l’apparition des Français en tant que nation, les Juifs affichaient une présence continue en Terre d’Israël depuis environ 1 500 ans avant notre ère, et ont connu des périodes significatives de souveraineté sur leur terre, malgré des interruptions liées aux conquêtes étrangères. Leur culture et leurs textes sacrés, dont le Talmud rédigé bien plus tard, témoignent de la profondeur et de la continuité de leur présence et de leur identité. L’ONU, quant à elle, n’est apparue que 3 000 ans après la création du premier royaume d’Israël. Leur terre, l’ancienne Judée, fut renommée Palestine par l’empereur romain Hadrien au IIe siècle dans une tentative d’effacer l’identité juive de la région.

Ce peuple, souvent incompris dans son histoire complexe et ses luttes pour sa survie, a combattu l’empire romain avec une ténacité remarquable, une ténacité que d’autres nations auraient voulu imiter dans d’autres périodes de guerre. Les Juifs ont traversé les siècles avec résilience, et il est ahurissant que l’on remette en question leur droit à leur propre terre après tant d’épreuves historiques répertoriées par des générations d’historiens.

Arrogance, car un pays ayant une longue histoire militaire pourrait également se montrer plus prudent dans ses critiques, notamment envers une démocratie alliée. Une approche plus mesurée pourrait être attendue lorsqu’il s’agit d’un allié.

Ce qui préoccupe profondément Israël, au-delà des déclarations de M. Macron, est pourtant cette campagne de désinformation, rappelant par certains aspects la propagande du siècle dernier. Il y a un siècle, des accusations infondées ont contribué à créer un climat de peur et de haine envers les Juifs, préparant le terrain à leur persécution à travers l’Europe.

Aujourd’hui, bien que le contexte soit différent, nous assistons à une campagne de dénigrement utilisant des méthodes similaires de manipulation et de stéréotypes, nourrissant une incompréhension du conflit israélo-palestinien. Les discours officiels et les médias reprennent trop souvent ces narratifs biaisés, créant un climat hostile et incompréhensif vis-à-vis d’Israël. Ce parallèle glaçant devrait nous alerter sur la manière dont les idées sont façonnées et diffusées.

Il y a 100 ans, les Juifs étaient accusés d’être responsables de la crise économique en Allemagne et dans le monde entier. Aujourd’hui, Israël est parfois accusé de contribuer à l’instabilité régionale, bien que ses actions soient souvent défensives face à des menaces directes. Il est crucial de rappeler qu’Israël a été attaqué par une organisation terroriste qui ne cache pas son intention de poursuivre ses violences, et que les appels au cessez-le-feu devraient s’adresser à ceux qui retiennent encore 101 otages ou pilonnent le nord d’Israël depuis plus d’un an.

Il y a 100 ans, des textes antisémites, comme les « Protocoles des Sages de Sion », ont alimenté des théories du complot. Aujourd’hui, certaines critiques du sionisme peuvent parfois dévier vers des préjugés anti-juifs, ce qui nécessite une vigilance particulière. Bien que ces accusations soient souvent dénoncées, des personnalités influentes en Occident alimentent une rhétorique anti-israélienne souvent fondée sur des informations erronées.

Il y a 100 ans, la propagande diabolisait les Juifs comme une menace pour les valeurs traditionnelles. Aujourd’hui, Israël est dépeint comme une menace pour les valeurs occidentales. Les Juifs habitants la Judée, sont devenus les représentants des « valeurs colonialistes » à force de répéter depuis des décennies et à chaque information sur Israël les mots « territoires occupés, occupation, et colons ».

Il y a 100 ans, les stéréotypes anti-juifs étaient véhiculés par des affiches, des films et des journaux. Aujourd’hui, Israël est victime d’une couverture médiatique incessante, biaisée, et déformée, créant une désinformation abyssale. Prenons un exemple parmi tant d’autres : les victimes terroristes dans les écoles, près des hôpitaux ou des institutions de l’ONU sont souvent rapportées de manière floue, sans vérification, laissant croire à une vengeance brutale et aveugle d’Israël.

À l’inverse, les attaques du Hezbollah sont fréquemment présentées comme ciblant des infrastructures militaires israéliennes, alors que la réalité est tout autre. Israël ne vise que les terroristes qui se cachent dans des lieux civils, tandis que le Hezbollah a lancé plus de 3 000 missiles sur Israël depuis le 7 octobre, visant parfois des sites militaires.

Des centaines de terroristes du Hezbollah et des milliers de membres du Hamas ont été éliminés, mais les médias continuent de rapporter les chiffres fournis par ces organisations terroristes, sans vérification ni distinction. Selon plusieurs rapports sur le conflit actuel et sur d’autres conflits où Israël était impliqué[1][2], Israël maintient un ratio estimé à 1:1 entre victimes civiles collatérales et combattants lors de ses opérations militaires, un chiffre qui souligne un niveau de précision rarement observé dans les conflits contemporains. Ces données sont corroborées par les rapports détaillés et amplement étayés de Tsahal aujourd’hui, malgré les contestations formulées par certaines voix critiques, souvent basées sur les déclarations et les rapports des organisations terroristes.

Ces données, qui devraient être le message principal de ce conflit, n’apparaissent quasiment pas dans les médias.

Cependant, il existe aujourd’hui une différence majeure par rapport au siècle dernier : Israël a tiré les leçons de l’Histoire. Fort de cette mémoire, le pays défend son peuple avec force et détermination, et surtout, en restant fidèle à ses valeurs morales.

Les déclarations incendiaires du président français s’inscrivent dans un contexte mondial marqué par une recrudescence de l’antisémitisme, que l’on croyait disparu.

Un embargo militaire contre Israël est réclamé, alors que ce pays est entraîné dans une guerre existentielle, tandis que les mêmes chancelleries appellent à renforcer l’armement de l’Ukraine, qui elle, est en guerre territoriale. Ce sentiment d’injustice et de double standard étonne une génération d’Israéliens, celle qui n’a pas connu l’Europe d’il y a 100 ans.

[1] Institute for Counter-Terrorism (ICT), « Israel’s Counter-Terrorism Measures: Balancing Civilian Protection and Combatant Engagement, » 2023.

[2] Peter Bergen and David Sterman, « The Data on Precision Airstrikes and Civilian Casualties in Modern Conflicts », New America Foundation, 2020

à propos de l'auteur
Journaliste et scientifique, Bruno J. Melki se sert de faits et de chiffres afin de comprendre la réalité. Il est le traducteur en français du best-seller Israélien : "L’Industrie du Mensonge" de Ben-Dror Yemini, et de "La guerre du Retour" de Adi Schwartz et Einat Wilf.
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