Sarah Mostrel
Journaliste, Ingénieure du Technion, Artiste

Lettre ouverte à ceux qui ne ferment ni leurs yeux ni leur cœur

Période éprouvante. Depuis six mois, le monde a changé, sa face, son avenir. Son passé relégué loin derrière, l’on peine à vivre le présent, dans la crainte de cette vague qui nous emporte loin du rivage, de notre ancrage habituel.

Les feuilles d’automne commencent à envahir les trottoirs. Les masques, eux ne peuvent tomber, ils sont notre bouclier contre le nocif invisible qui empêche les interactions, le lien social, les sorties à l’air libre.

Israël est reconfiné. Lui qui avait si bien appréhendé le coronavirus à ses débuts. L’alerte est claire. Avec son taux de positivité avoisinant les 12%, l’un des plus élevés au monde, l’Etat hébreu craint le pire. Si les tests, qui sont plus stricts que chez nous, donnent lieu à un nombre de cas positifs supérieurs, d’aucuns annoncent que la plupart des pays vont suivre cette courbe exponentielle.

Sommes-nous disciplinés ? Effectuons-nous les gestes barrières indiqués – protection du visage, distanciation sociale qui, avec le lavage des mains, semblent l’unique rempart contre la contagion à l’heure d’aujourd’hui ?

Le gouvernement nous a induits en erreur. Masques inutiles, parce qu’ils manquaient, puis efficaces, plus ou moins, port obligatoire ici ou là, dans cette rue, mais pas dans celle-là, à telle heure, pas à une autre. La relance économique pendant l’été a été privilégiée.

Aux dépens de notre santé, au risque que la population se contamine, ce qui était si prévisible. Les recommandations et les instructions, contradictoires, souvent absurdes, n’ont pas facilité les choses. Sans oublier que nos élus n’ont pas toujours donné l’exemple.

Les entreprises ont-elles pris au sérieux les mesures nécessaires à l’évitement de la propagation ? Masque sous le menton, sous le nez ou autour du bras, interlocuteur qui ôte son masque pour vous parler (ou éternuer), livreur qui entre chez vous sans protection, clients agglutinés à une terrasse de café, sans compter les rassemblements, manifestations, apéros géants et fêtes (une partie autorisés) qui ont multiplié les contaminations. Est-ce une liberté d’expression de contaminer les autres ? Tout ceci était-il-évitable ? Les consignes étaient-elles claires, pour être respectées ?

Le monde de l’art et de la culture s’écroule, déjà qu’il peinait à survivre. Va-t-on privilégier le télétravail de nouveau, envisager d’autres modes de communications, faire intervenir des moyens techniques plus anonymes, plus impersonnels, plus distants ?

S’il faut louer l’existence des réseaux sociaux, des plateformes comme Zoom, Google Meet ou autres, sont-elles l’avenir de l’homme ? A l’heure où la femme semblait être l’avenir de l’homme, les rencontres se font de moins en moins possibles et les relations se font rares, tout comme les réunions entre amis, les visites à la famille et à nos chers aînés, pour qui l’on tremble.

Le monde change. Et nous aussi. Notre approche, notre appréhension.Nous sommes dans l’après, dans l’à-peu-près, dirais-je. Dans le flot d’informations accompagnant la mauvaise gestion du virus, l’opposition de certains et la banalisation des autres, sans compter les thèses complotistes qui pullulent sur la Toile, le citoyen lambda est perdu.

La seule chose possible est le discernement. Autant se peut. Faire appel à la conscience, à la responsabilité, à la discussion. Faire clan pour le bien commun. Défendre la liberté (la vraie), la non-violence et être solidaires. Vigilants.

La menace terroriste ne s’est pas éteinte pour autant. Des accords de paix, comme ceux entre Israël avec les Emirats arabes unis et Bahreïn à l’aube de l’année 5781 sont étrangement passés ici relativement sous silence. Et pourtant, ils sont un grand pas en avant et bienvenus en ces temps agités. La reconnaissance de l’Etat juif si vilipendé depuis sa création est réjouissante.

Cinq ou six pays arabes devraient bientôt suivre la voie des EAU. Une belle nouvelle alors que la régression continue de faire rage dans notre pays et ailleurs, et qu’il est besoin de mobiliser ceux qui étaient Charlie et ont oublié. « Never again », jamais nous n’oublierons les victimes des attentats de Charlie hebdo, de Monrouge et de l’Hypercasher. Comme nous n’oublierons jamais tout innocent.

à propos de l'auteur
Journaliste, écrivain, musicienne, ingénieur diplômée du Technion, l'institut polytechnique de Haïfa en Israël où elle a vécu 10 ans, Sarah est l’auteure d’un roman "Un amour sous emprise" (éd. Trédaniel, 2016), de deux essais "Pour un humanisme éclairé" (éd. Au pays rêvé, 2017) et "Osez dire je t’aime" (éd. Grancher, 2009), de recueils de nouvelles : "La dérive bleutée" (2014) et "Révolte d’une femme libre" (2013) aux éditions L'Echappée belle, de livres de poèmes : "Le désespoir de Marguerite Duras" (éd. Unicité, 2020), "Rien à voir" (éd. Z4, 2020), "Célébration", livre de spiritualité juive (éd. Unicité, 2016), "Le grand malentendu" (Z4 éditions), "Chemin de soi(e)" (2015) et "Tel un sceau sur ton cœur" (2012) aux éditions Auteurs du monde, "Le Parfum de la mandragore" (éd. Atlantica-Séguier, 2009), "La Caresse de l’âme "(2003) et "La Rougeur des pensées" (2001) aux éditions La Bartavelle, "L’Absolu illusoire" (éd. La Porte des poètes, 2000), trois livres d’artiste : "D'aussi loin qu'il m'en souvienne", bilingue français-hébreu (2018), "A mesure que je t'aime" (2015) et "A cœur défendant", bilingue français-anglais (2011) aux éditions Transignum. Auteure-interprète, elle a sorti un album 11 titres "Chemin de soi" en 2020, un album de 12 titres "Des fleurs dans le regard" (2017), un EP de 6 titres "Poser le monde" (2011) et un Cd de 15 titres "Désirs pastel" (2010). Elle se produit et donne des spectacles sur les scènes parisiennes. Egalement artiste peintre, elle expose à Paris. Elle a reçu, en 2015, la Médaille de l'académie Arts-Sciences-Lettres et en 2014, la médaille du rayonnement culturel de La Renaissance française.
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