Le Corona en Israël

Actualité oblige, Israël se débat comme le monde entier contre le coronavirus. Les scientifiques sont au taquet. Zoom sur les dispositifs mis en œuvre contre la pandémie.
La technologie au service des personnes
La startup Vocalis Health est en voie de développer une application permettant aux professionnels de la santé de détecter, au son de la voix, l’état de santé d’un individu. Une technique basée sur l’intelligence artificielle en vue de déceler des problèmes respiratoires, cardiaques et symptomatiques du coronavirus.
Dans un premier temps, des voix sont collectées, dans un second, « l’empreinte » vocale du virus est identifiée, permettant de suivre à distance un patient infecté, explique Tal Wendrow, cofondateur de la start-up. Cette application permettra non seulement d’alerter sur les malades, mais aussi d’interagir avec eux à distance. « C’est un virus contagieux, précise le professeur Eyal Leshem, directeur du centre pour la médecine du voyage à l’hôpital Sheba. Le but est donc de minimiser les contacts entre les équipes médicales et les patients. Si une personne est dans un état modéré et stable, vous n’avez pas besoin qu’elle soit en contact avec le personnel médical, d’où l’intérêt de la haute technologie pour minimiser les contacts ». A noter l’application mobile Datos, qui peut prendre les mesures (pouls, température) sans auscultation directe.
Des scientifiques israéliens du Weizmann Institute of Science se sont associés au Wolfson Medical Center et ont mis au point SmellTracker, une plate-forme en ligne qui permet une autosurveillance de l’odorat, la perte d’odorat étant un des symptômes du virus. Un test rapide (5 minutes), disponible en neuf langues, permet de vérifier la réceptivité aux produits courants (épices, vinaigre, dentifrice, beurre d’arachide), mettant en évidence l’empreinte olfactive du patient. Il a permis de déceler des malades du Covid.
La géolocalisation a déjà encouragé des centaines d’Israéliens à éviter les zones où des individus ont pu être contaminés. « L’appli compare votre géolocalisation à celle des patients infectés. Lorsqu’il y a un ‘match’ entre les deux, vous recevez un lien du ministère de la Santé vous indiquant la marche à suivre » a communiqué le ministère de la santé. Nombreux sont ceux à s’être mis en quarantaine après avoir reçu des textos les informant qu’ils ont été en contact avec des malades. L’application Hamagen retrace les trajets des personnes contaminées et pourvoit à ses utilisateurs ces informations. Côté vie privée, Omri Segev Moyal, PDG de la start-up Profero, assure que « la population n’est pas suivie à distance par les autorités, elle télécharge « volontairement » une application et les données sont stockées « uniquement sur l’appareil de l’usager ».
1000 tests de dépistage PCR (par le nez) par jour sont effectués au Centre national de médecine personnalisée Nancy et Stephen Grand Israel à l’Institut Weizmann des sciences.
La prévention de l’épidémie
A la question de savoir si l’eau peut être contaminée par le virus, « La présence de génome entier ou de simples fragments du génome du Sars-Cov-2 dans les selles ne signifie pas nécessairement que ce soit du virus infectieux, ni qu’il soit transmissible par cette voie » répond Vincent Maréchal. On sait que le virus est incapable de se reproduire et de donner des centaines de particules virales dans la nature, hors des cellules d’un hôte humain. »
Si le virologue à Sorbonne-Université indique que le virus dans les selles de personnes contaminées ne survivra pas dans les eaux usées, « l’augmentation des fragments de génome dans les eaux usées suit l’augmentation du nombre d’admission de malades Covid+ dans les hôpitaux ou de morts », indique le chercheur à l’Inserm. Ce qui pourrait donner des indications sur l’évolution de l’épidémie, et être un bon outil de prévention contre une deuxième vague, à l’instar de la découverte de chercheurs israéliens en 2013 qui avaient conclu, de la présence du virus de la poliomyélite dans les égouts en Israël, que le virus était revenu.
Pour pallier cela, une campagne de vaccination avait été remise en place, évitant la paralysie des enfants touchés de polio. Une piste sérieuse en ce qui concerne le Covid-19, les Israéliens maintenant que si l’on ne peut « obtenir le nombre exact des personnes infectées, on peut obtenir une approximation de l’ampleur de l’infection. Ainsi, cibler et tester des stations d’épuration spécifiques dans certains lieux comme dans les résidences pour personnes âgées par exemple serait un bon moyen d’anticiper sur la conduite à tenir dans de tels cas.
Outre l’importation de matériel médical et de protection, la firme médicale Inovytec et Israel Aerospace Industries, en collaboration avec le ministère de la Défense, ont transformé une usine de missiles en chaîne de montage de ventilateurs. Des entreprises israéliennes produisent aussi des respirateurs, des masques et des combinaisons protectrices.
Traitements
Du cannabis médical a été administré par des médecins de l’hôpital Ichilov à Tel Aviv aux patients atteints du coronavirus qui sont dans un état modéré, dans le cadre d’un traitement expérimental.
2 millions de doses d’Hydroxychloroquine ont été offertes par l’entreprise pharmaceutique Teva au ministère de la Santé (à hauteur de 300 millions de dollars). Des cargaisons sont également arrivées d’Inde, avec des produits nécessaires à la confection d’hydroxychloroquine et de chloroquine, « 2.5 tonnes d’anesthésiques en provenance d’Italie, un médicament expérimental contre le coronavirus, et des millions d’équipements de protection, dont des masques et des combinaisons, en provenance de Chine ».
Des hôpitaux d’Israël vont tester pendant 14 jours le médicament anti-grippal Avigan (favipiravir) sur des patients à un stade léger de la pneumonie virale.
Sur la piste d’un vaccin
« Israël a déjà 11 médicaments différents à tester », a déclaré le Dr Rivka Abulafia-Lapid, maître de conférences en virologie à l’Université hébraïque de Jérusalem. Dans quelques mois, les chercheurs seront en possession d’un futur traitement ou peut-être un cocktail de médicaments. » Parmi eux, l’antiviral expérimental Remdesivir de Gilead Sciences – initialement testé sur des humains atteints du virus Ebola.
L’Institut israélien de recherche biologique (IIBR) a d’autre part fait savoir par l’intermédiaire de son directeur Shmuel Shapira, qu’il s’attèle à l’élaboration d’un vaccin bientôt testé sur les animaux.
L’Institut de recherche Migal Galilée et Chen Katz du département biotechnologie travaillait déjà sur un vaccin avant le coronavirus. « Il existe des protéines spéciales qui, quand elles sont pulvérisées dans la bouche, pénètrent dans les cellules épithéliales à l’intérieur de la bouche et activent une réponse immunitaire de la muqueuse, entraînant une réponse immunitaire de notre organisme qui protège le point d’entrée du virus ».
Même si « ce n’est pas un médicament, pas un traitement, ce n’est que préventif », quand des particules virales pénètrent, il y aura une protection immunitaire, avec les anticorps et les globules blancs nécessaires ». Le vaccin, administré par spray oral, serait efficace deux semaines après l’inoculation. « Nous prenons l’ADN du virus et nous introduisons les bactéries, et les bactéries produisent les protéines virales », a-t-il détaillé.
