Le Consulat général de France : diplomatie outrageuse

Le consulat de France à Jérusalem, photographié le 18 juin 2024. (Crédit : Menahem Kahana/ AFP)
Le consulat de France à Jérusalem, photographié le 18 juin 2024. (Crédit : Menahem Kahana/ AFP)

La France est très attentive aux mots qu’elle emploie, elle est très précieuse dans les informations et les messages qu’elle choisit de publier, ou de ne pas publier. Aucun détail n’est négligé. Peu importe, semble-t-il, les faits ou la réalité, ou pourrions-nous dire que parfois, la France prend ses rêves pour la réalité.

Le Consulat général de France à Jérusalem en est un exemple, parfois irritant, et il ne fait aucun doute que le comportement de cet édifice en Israël aurait été considéré comme une insulte diplomatique dans un autre pays. Je n’ose imaginer ce bâtiment en Russie, dans un pays arabe ou même dans un pays occidental se trouvant impliqué dans un litige territorial quelconque.

Un consulat en Israël qui ne reconnaît pas Israël

Le Consulat français à Jérusalem est un bâtiment magnifique qui se situe rue Paul-Émile Botta, à côté de l’hôtel King David, devenu historique après sa destruction partielle par l’Irgoun le 22 juillet 1947. Rénové depuis, cet hôtel de notoriété internationale fait du quartier qui le loge l’un des plus huppés de la ville.

Paul-Émile Botta, né à Turin et décédé en 1870 à Achères en France, a été Consul général de France à Jérusalem. Archéologue, historien, diplomate, entomologiste et anthropologue, cet homme fut honoré par Israël le 29 octobre 1948 à l’occasion du centenaire de sa prise de poste à Jérusalem. Quoi de plus respectable pour un Consulat français que de se trouver dans une rue portant le nom de l’un de ses anciens consuls.

Comme la rue Paul-Émile Botta se trouve être dans la partie ouest de Jérusalem, partie qui n’est pas, a priori, controversée, il serait naturel de penser que les activités du Consulat français à Jérusalem aient rapport aux activités communes entre Français et Israéliens. Il n’en est malheureusement rien.

Le Consulat général de France à Jérusalem n’est pas un consulat comme les autres. Le Consulat de France à San Francisco, par exemple, est aux États-Unis, celui de Munich est en Allemagne et celui de Saint-Pétersbourg se trouve être en Russie ; mais le Consulat général de France à Jérusalem, lui, est à Jérusalem. Il n’est pas en Israël.

Les passeports français ne mentionnent pas le pays d’habitation des Franco-Israéliens si ces derniers habitent la capitale de l’État hébreu, mais l’annotation « Israël » existe bien dans les passeports de ceux qui habitent, par exemple, à Tel-Aviv.

Ce n’est donc pas une omission par inadvertance, car lorsque les résidents de Jérusalem remplissent des formulaires avec les détails les plus élémentaires, comme leur adresse, leur code postal et le pays dans lequel ils vivent, il est tout simplement exclu de mentionner Israël dans la case « pays ». Alors l’annotation du pays reste vierge.

Ainsi, beaucoup de mes amis habitent à Jérusalem tout court, ou « Jérusalem Jérusalem ». D’autres à Berlin, en Allemagne, ou à Saint-Pétersbourg, en Russie, mais à Jérusalem, on n’habite pas en Israël. Il ne s’agit pas de reconnaître Jérusalem en tant que capitale de l’État hébreu, mais d’admettre que Jérusalem est une ville dans un pays.

Pire encore, si un Franco-Israélien habite dans une localité des territoires disputés, les papiers internes de ce consulat annotent dans le champ « pays » : « territoires palestiniens occupés ». Cette annotation outrancière est retirée des papiers officiels pour laisser le pays, une fois encore, vierge. Dernièrement, le pays apparaissant sur les enveloppes des courriers envoyés à ces résidents est « les territoires palestiniens ». Mais pas d’Israël.

Et afin d’être clair, rien de ce consulat ne montre une affiliation quelconque avec Israël. Le nom même de ce pays est difficilement mentionné dans ses publications, qu’elles soient futiles ou importantes, officielles ou officieuses. Le mot « Israël » est pratiquement inexistant sur son site officiel, délaissé depuis une dizaine d’années à en croire sa rubrique « culture » en hébreu.

Quelques articles critiques de la politique israélienne datant de 2016 et 2015 y apparaissent, mais mises à part des informations techniques autour de démarches bureaucratiques basiques proposées aux Franco-Israéliens, à contrecœur, il faut comprendre, selon l’accueil souvent sulfureux et d’une mauvaise volonté évidente, ce consulat semble privilégier les relations avec les Palestiniens au détriment d’un dialogue ouvert avec la population israélienne.

Un consulat qui agit comme une ambassade palestinienne

En arabe, le site du consulat est entretenu et actualisé, tout comme en français. Sa page Facebook, rédigée en français et en arabe uniquement, est ouvertement et exclusivement orientée vers les Palestiniens. Les activités et les fêtes célébrées sont celles de la France et de l’Islam, les drapeaux mis en évidence afin de fêter un match de foot ou un anniversaire quelconque sont les drapeaux français et palestiniens et, mises à part les condamnations inconditionnelles et souvent déplacées à l’encontre d’Israël, l’État hébreu n’apparaît dans aucune des publications de ce consulat.

En revanche, ce compte loue et complimente l’Autorité palestinienne ; et même lorsqu’il condamne un attentat ou un acte de terrorisme, il s’applique avec une attention quasi-religieuse à condamner « tous les actes de terrorisme », ou ceux « des deux côtés », qui sont souvent « dus à un manque de perspectives » ou résultant du « désespoir d’une population occupée ». L’attitude du consulat donne le sentiment qu’il reconnaît l’État de Palestine de facto, bien que la position officielle de la France reste nuancée.

Lors d’une visite récente pour renouveler mon passeport, une remarque anodine d’un agent de sécurité m’a tout simplement ébahi. En entrant dans le consulat, je m’étonne d’un bâtiment devenu ultra-sécurisé, et cette dernière me demande si je connaissais l’ambassade israélienne à Paris afin de comparer. Sur ce, je réponds que nous sommes en Israël, sans la violence des « banlieues » et dans un consulat, quand même, avant de recevoir la réponse suivante :

En fait, ce bâtiment est une ambassade, mais les gens ne le savent pas.

Je souris en lui disant avec sérieux que si ambassade il y a, c’est certainement l’ambassade de Palestine. Un simple hochement de tête en guise d’approbation me reçoit au Consulat général de France. Nous sommes à Jérusalem-Ouest.

Vers une crise diplomatique ?

Il est clair que le gouvernement français a un parti pris inconditionnel dans le conflit de la région.

Mais malgré cette position de la France, qui est légitime en soi, il ne fait aucun doute que les agissements du Consulat général de France à Jérusalem relèvent plus d’un manque de respect spectaculaire de la France envers l’État hébreu que d’une divergence politique. Il suffit pour s’en rendre compte de visualiser les images de la mascarade ahurissante d’insolence du président Macron lors de sa visite à Jérusalem le 22 janvier 2020.

Cependant, depuis le 7 octobre, beaucoup de signes montrent que le gouvernement israélien sort lentement de sa torpeur diplomatique.

Israël comprend beaucoup mieux aujourd’hui que ces actes délibérés d’atteinte à sa souveraineté portent finalement atteinte à l’intégrité sécuritaire de l’État. Le dernier camouflet diplomatique du corps consulaire français, tel qu’il a été rapporté par i24, a été l’aide de deux diplomates français qui, pendant une descente de la police israélienne dans une librairie de Jérusalem, se sont rendus sur les lieux afin de soutenir ceux qui étaient accusés de promouvoir du matériel incitant à la violence et à la négation du droit d’Israël à exister.

Le gouvernement israélien, aujourd’hui, ne regarde plus ces camouflets diplomatiques comme étant un crachin insignifiant. Preuve en est qu’un ministre israélien demande ouvertement au ministère des Affaires étrangères de fermer, tout simplement, ce consulat.

Il y a quelques années, certains se sont levés pour demander la fermeture de l’UNRWA. Est-ce que ce bâtiment historique va devenir un sujet de crise diplomatique entre deux pays souverains ?

à propos de l'auteur
Journaliste et scientifique, Bruno J. Melki se sert de faits et de chiffres afin de comprendre la réalité. Il est le traducteur en français du best-seller Israélien : "L’Industrie du Mensonge" de Ben-Dror Yemini, et de "La guerre du Retour" de Adi Schwartz et Einat Wilf.
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