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L’âge d’or du judaïsme, c’est maintenant !

Conférence des émissaires Chabad-Loubavitch 2025. (Credit : chabad.org)
Conférence des émissaires Chabad-Loubavitch 2025. (Credit : chabad.org)

Il y a des chiffres qui résument mieux que des discours l’état d’un peuple.

Dimanche soir, à New York, j’ai vu 6 200 émissaires du Rabbi rassemblés pour le banquet annuel du Kinous Hachlouhim. Six mille deux cents héros du quotidiens, venus de tous les fuseaux horaires, représentant plus de cent pays, et transportant avec eux l’espoir et la vitalité du judaïsme contemporain.

Dans une époque saturée d’inquiétudes, où l’avenir de la diaspora est scruté avec une nervosité quasi-existentielle, cette image mérite d’être examinée avec sérieux : elle raconte une histoire très différente de celle que l’on entend habituellement. Une histoire qu’on néglige, qu’on sous-estime, et qu’il faut désormais avoir le courage de nommer.

Nous vivons, objectivement, l’âge d’or du judaïsme. Et ce n’est pas un slogan. C’est un constat.

Regarder l’histoire en face : une révolution sans précédent

Quiconque possède un minimum de perspective historique sait qu’aucune génération juive – absolument aucune – n’a bénéficié d’une situation comparable à celle que nous connaissons aujourd’hui.

Pendant deux millénaires, l’existence juive a été l’art délicat de naviguer entre expulsions, persécutions, communautés fragiles, infrastructures précaires, et une pratique quotidienne souvent menacée.

Même les époques de lumière – Espagne médiévale, Pologne du XVIIIe siècle, Bagdad des Gueonim – étaient des oasis entourées d’incertitudes.

Même au temps du Temple, présenté comme l’âge d’équilibre, le judaïsme n’était ni universel, ni accessible, ni pratiqué à l’échelle de la planète. Le centre existait ; la périphérie survivait.

Pourtant, aujourd’hui, un Juif peut atterrir presque n’importe où – Tokyo, Accra, Panama, Reykjavik, Bangkok, Melbourne – et trouver immédiatement un lieu où vivre son judaïsme.

Jamais le judaïsme n’a été aussi mondial, aussi disponible, aussi « vivable ». C’est un tournant historique majeur. Et ce tournant porte un nom : l’œuvre du Rabbi.

L’intuition du Rabbi : transformer la dispersion en infrastructure

L’idée peut sembler simple, mais elle est révolutionnaire dans l’histoire juive : le Rabbi a refusé de voir la diaspora comme une menace ; il l’a envisagée comme une occasion.

  • Là où les autres voyaient un risque d’assimilation, il a vu un espace d’implantation.
  • Là où d’autres voyaient l’éparpillement, il a discerné une trame.
  • Là où l’on craignait la disparition, il a anticipé la floraison.

Et il a mis en place le plus vaste réseau juif mondial jamais imaginé. Résultat : plus de 6000 centres dans le monde, des écoles, des synagogues, des mikvaot, des restaurants, des séminaires, des centres étudiants, des crèches, des programmes sociaux. Une armature universelle capable de soutenir la vie juive partout.

Ce que le monde juif n’a pas produit pendant vingt siècles, le Rabbi l’a construit en soixante ans.

L’antisémitisme fait du bruit, mais ce n’est plus lui qui écrit l’histoire

On objectera – à raison – que l’antisémitisme progresse. Qu’il inquiète. Qu’il blesse. Qu’il tue. On ajoutera que certaines régions du monde voient des tensions grandissantes. Tout cela est vrai. Et tout cela doit être combattu avec fermeté.

Mais une vision sérieuse ne peut s’arrêter à une succession d’incidents. Une analyse sérieuse ne peut se contenter d’un sentiment : elle exige une photographie d’ensemble. Et cette photographie est limpide : pour la première fois depuis l’Antiquité, l’antisémitisme ne structure plus l’avenir du peuple juif.

L’antisémitisme est un phénomène très dangereux, mais marginal dans la dynamique globale. Il pèse lourd dans les émotions, mais peu dans la réalité structurante. Car face à lui se dresse un réseau mondial d’une ampleur inédite :

  • des centaines de milliers d’enfants sont instruits chaque jour,
  • des millions de Juifs connectés, accueillis, accompagnés,
  • des infrastructures solides, pérennes, stables.

L’antisémitisme hurle. Les Chlou’him construisent. Et ce sont les bâtisseurs qui font l’histoire, pas les hurleurs.

Le Kinous : un Parlement mondial du judaïsme

Le banquet du Kinous Hachlouhim n’est pas un gala. C’est un Parlement mondial du judaïsme vivant. Une carte dont le mouvement est en expansion année après année.

Lorsque 6200 émissaires du Rabbi remplissent une salle, ce n’est pas la réunion d’une organisation rabbinique, c’est le pouls du judaïsme mondial qu’on mesure. Voici la preuve matérielle que la vision du Rabbi a produit une réalité d’une ampleur civilisationnelle.

Parce que chaque émissaire représente une ville, un campus, une île, une métropole, un lieu où un Juif peut rester lui-même. Et ceci est inédit dans notre histoire.

La vérité simple : le judaïsme n’est pas en crise, il est en expansion

Il est temps de corriger le récit ambiant.

  • La diaspora n’est pas en déclin.
  • Le judaïsme n’est pas en sursis.
  • Nous ne vivons pas une époque crépusculaire.

Nous vivons une époque lumineuse, soutenue, riche, ambitieuse. Une époque où les outils spirituels, éducatifs, communautaires et sociaux n’ont jamais été aussi développés, aussi solides, aussi efficaces.

Nous vivons exactement ce que le Rabbi a anticipé : une mondialisation du judaïsme d’une intensité sans précédent. Reconnaître que nous vivons l’âge d’or du judaïsme n’est pas naïf. C’est reconnaître une réalité statistique, institutionnelle, géographique et spirituelle.

La question n’est plus : le judaïsme va-t-il survivre ? Il a déjà survécu, et au-delà : il prospère. La seule question désormais est : que ferons-nous de cet âge d’or ? Parce qu’une génération qui reçoit autant a le devoir de ne rien gaspiller.

Nous avons la responsabilité morale, spirituelle et collective de prendre part dans cette construction et de poursuivre, chacun à notre niveau, l’œuvre que le Rabbi a rendue possible.

Le judaïsme avance. Il se déploie. Il rayonne. C’est la vérité et la chance de notre époque.

à propos de l'auteur
Mendel est diplômé du Séminaire Israélite de France. Il est rabbin de Strasbourg, en charge de la Synagogue de la Meinau, et exerce également en tant que rabbin européen - European Rabbi - engagé dans les enjeux contemporains du judaïsme. Délégué auprès des institutions européennes à Strasbourg, pour le compte de la Conférence des rabbins d’Europe, il traitera ici de questions religieuses et d’actualité.
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