Israël : l’eau, un enjeu complexe

Le manque d’eau était l’un des arguments avancés par les fonctionnaires du Mandat Britannique d’avant-guerre afin de restreindre l’immigration Juive en Palestine. 60 % du pays est en effet désertique, alors que le reste de sa superficie est défini comme semi-aride. Une « terre aride, sèche et stérile » écrivait Marc Twain dans Le Voyage des innocents en 1869.

Aujourd’hui, soixante-dix ans plus tard, Israël a inversé les données à l’aide d’une politique et d’une innovation audacieuse. Le pays qui buvait son eau avec parcimonie a été transformé en une contrée où coulent non seulement le lait et le miel, mais aussi l’eau douce, et en abondance.

Pourtant, l’eau reste un sujet omniprésent dans le conflit Israélo-Palestinien. Google renvoie près de 10 millions de liens sur les mots « Eau Israël Palestiniens » qui donnent, ensemble, une atmosphère de spoliation, de privations et de vols de la part d’Israël. « L’apartheid de l’eau » titre l’Humanité ; « la bataille de l’eau » renchérit France24, et « 97 % de l’eau de Gaza est toxique, Israël empoisonne les enfants palestiniens » conclue Norman Finkelstein. Le ton est donné.

Il suffit de penser aux associations que les mots « eau et Palestiniens » créent dans les esprits pour comprendre la profondeur de l’impact de cette atmosphère illustrée par une simple recherche sur le moteur de recherche.

Est-il possible que le pays, qui est à l’origine d’une révolution technologique plus fabuleuse que bénéfique, se comporte sur le même sujet, comme un monstre à l’encontre d’une minorité de quelques millions d’habitants ? Cette question mérite d’être vérifiée, données en mains.

Quelques chiffres

À la fin de la période de domination Jordanienne de la Cisjordanie (1967) lorsque les Israéliens prirent le contrôle de ces territoires, les sources d’eau disponibles pour la population palestinienne étaient de 60 millions de mètres cubes par an (60 M. m3), et quatre villes seulement parmi les 700 existantes étaient branchées à l’eau courante.

En 2004, 643 des 708 villes et villages étaient raccordés au réseau d’eau potable désormais disponible 24 heures sur 24 pour 97 % de la population palestinienne. En 2008, la quantité d’eau disponible était de 200 M. m3, soit une croissance beaucoup plus rapide que celle du taux de natalité de la population palestinienne. En 1967, la consommation des Palestiniens était de 86 m3 par habitant et par an tandis que la consommation d’Israël était de 504 m3 par habitant et par an. En 2009, la consommation israélienne a baissé de 73 % pour atteindre 137 m3 par habitant et par an alors que la consommation moyenne palestinienne a augmenté de 50 % pour arriver à une moyenne de 129 m3 par habitant et par an. Il faut noter que ces chiffres ont été atteints grâce à une politique stricte qui a pu s’appuyer sur la construction de centres d’épuration d’eau de mer qui ont été le moteur de cette révolution régionale. Les Palestiniens n’ont pas, à ce jour, de tels centres d’épuration.

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a défini que 50 à 100 litres d’eau par personne et par jour sont nécessaires pour répondre aux besoins les plus fondamentaux, et limiter les préoccupations d’ordre sanitaire. Les Palestiniens sont au-dessus de ce minimum requis principalement grâce au savoir-faire, à la coopération et au développement accéléré des infrastructures installées sous le régime israélien.

Devant ces chiffres, résultats des efforts Israéliens pour réduire leur propre consommation tout en comblant 20 années de négligence entre 1948 et 1967 pour la population palestinienne, les comparaisons, comme celles qui ont été émises en 2014 devant la Knesset sur l’inégale consommation d’eau entre les Israéliens et les Palestiniens par Martin Schulz, alors président du Parlement européen, sont stupéfiantes.

Même s’il a admis plus tard ne pas avoir vérifié ses dires, cette déclaration nourrit, aujourd’hui encore, cette atmosphère trompeuse à l’encontre d’Israël. Il est difficile de comprendre les chiffres lorsque nous ne les mettons pas dans un contexte géopolitique, et Martin Schulz n’est pas le premier à trébucher du fait de cette atmosphère.

Autre dimension à donner à ce sujet. Des accords ont été signés entre Israéliens et Palestiniens à Oslo, et ces accords parlaient évidemment de la question de l’eau. Israël s’était engagé à augmenter l’approvisionnement en eau des Palestiniens en deux temps : 23,6 M m3 par an en premier temps et 70-80 M. m3 par an qui devaient s’y ajouter lors d’un accord final. Cet accord n’a toujours pas abouti, mais les Palestiniens ont déjà reçu de la part des Israéliens une quantité bien supérieure à celle à laquelle ils s’étaient engagés. Les Israéliens ont ratifié ces accords afin de créer une ambiance positive entre les belligérants d’hier, mais aussi pour cesser le piratage des eaux de l’aquifère de montagne de Judée et de Samarie, passés sous le contrôle de l’Autorité palestinienne. Cette dernière s’était engagée à combattre un piratage qui détruisait l’équilibre écologique de ces réserves d’eau naturelle communes aux deux populations et qui peinaient à être renflouées à cause du manque de pluie. 8 900 km2 de l’aquifère de montagne sont en Israël alors que 5 600 km2 sont en Cisjordanie. Ce piratage n’a pourtant pas cessé, et des centaines de puits continuent de nos jours à pomper l’eau et à détériorer ces réserves naturelles.

La réalité est donc plus complexe que l’image souvent ancrée dans les esprits. Cette complexité est illustrée de façon magistrale par ce fameux aquifère de montagne, commun à deux populations qui doivent savoir coopérer, afin de pouvoir trinquer autour d’une table et de verres d’eau potable.

Article originellement publié dans GlobalGeoNews

à propos de l'auteur
Journaliste, chimiste, traducteur et ingénieur, Bruno J. Melki utilise une approche scientifique dans ses recherches journalistique afin de présenter la réalité d’un des conflits les plus médiatisé, mais aussi des plus falsifié, de l’histoire contemporaine. Après avoir poursuivi des études de chimie, de statistiques et avoir travaillé en recherche pendant plusieurs années à l’Université de Jérusalem, Bruno J. Melki rejoint le monde de la haute technologie Israélienne. Il publia en parallèle une chronique économique hebdomadaire en Hébreu dans Makor Rishon et traduisit le livre de Ben-Dror Yemini : L’Industrie du Mensonge.
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