Diplomatie française : Le grand dérapage

Depuis plusieurs décennies, la diplomatie française s’enferme dans une posture déclarative et ouvertement hostile envers Israël. D’un côté, Paris se veut intraitable sur la liberté de culte des Juifs par de grands discours qui masquent l’absence d’actes ; de l’autre, la France adopte, envers les revendications nationales des Juifs sur leurs terres ancestrales, une approche que nous pourrions définir comme une « négation nuancée de diplomatie intransigeante ».
Jusqu’au 7-Octobre, cette diplomatie déclarative n’avait que peu d’impact sur l’Israélien lambda. Après tout, la région est accoutumée à la dualité entre les discours et les actes : qu’il s’agisse de Nasser se disant prêt à sacrifier un million d’Égyptiens en 1967 pour effacer le sionisme, ou du Hamas et du Hezbollah promettant à tue-tête l’élimination d’Israël. La liste des proclamations annonçant la fin du peuple juif ou d’Israël est aussi longue que l’histoire même du peuple juif.
Mais le 7 octobre est devenu la pierre de touche des déclarations diplomatiques, et le président français s’est retrouvé face à l’un des dilemmes les plus complexes de sa carrière : il a fallu choisir. Et vite. La position d’équilibre ménageant les deux belligérants n’était plus une option, ce qui explique les différentes volte-face effectuées par la France au cours de ces deux dernières années.
Depuis cette date, la nécessité de l’action, qui fait l’unanimité au sein de la classe politique israélienne, est devenue évidente pour beaucoup, même si elle n’est pas partagée par toute la classe politique occidentale. Si certains pays le comprennent et hésitent à prendre la parole, la France, elle, parle.
Dans ce cadre, les Israéliens portent sur les déclarations du président français un regard dubitatif, voire franchement goguenard. Cette dérision se nourrit d’une incompréhension face à des positions perçues comme plus déconnectées que dangereuses, le Liban en étant l’illustration la plus frappante. Le Liban est un pays souverain gangrené par une organisation définie par la France elle-même comme une entité terroriste. Tant que le conflit pouvait être commenté sous un angle territorial, la position déclarative française pouvait paraître légitime.
Mais depuis le 7-Octobre, alors que l’enjeu existentiel pour Israël est devenu évident, les positions françaises sont restées figées sur un terrain qui avait subitement disparu. Le déclaratif, ce fer de lance de la politique étrangère française, s’est fracassé sur les falaises de la réalité régionale. Et la France a manqué une occasion des plus précieuses de marquer l’histoire de la région et d’assumer le rang que la classe politique française croit tenir.
Car une opportunité inimaginable s’est présentée à la France pour faire d’une pierre trois coups :
• Aider le Liban à se débarrasser de l’organisation terroriste qui pourrit la vie de ses citoyens ;
• Contribuer sans équivoque ni demi-mesure à un accord de paix entre le Liban et Israël ;
• Assumer ce statut de puissance influente tant réclamé par la diplomatie française.
Or, au lieu de saisir cette occasion rarissime et d’œuvrer, de concert avec le Liban, les États-Unis et éventuellement en secret avec Israël, au démantèlement du Hezbollah, Paris a engrangé les bourdes diplomatiques et les déclarations sulfureuses. Le summum a certainement été les condoléances adressées aux Libanais après l’opération des bipeurs. Une opération des plus ciblées au monde qui, selon des officiers supérieurs américains, n’aurait pas même été retenue dans le script d’un film de Hollywood. Alors que seuls ceux qui étaient suffisamment significatifs aux yeux de cette organisation détenaient les bipeurs qui ont explosé, il faut comprendre que seuls des terroristes dénoncés comme tels par la France ont été touchés.
Malgré tout, le président français a présenté ses condoléances au Liban. Une démocratie comme la France ne peut désigner une organisation comme étant terroriste d’un côté et déplorer la perte de ses membres de l’autre, alors que ces derniers sont en guerre ouverte avec une autre démocratie amie qui venait d’être attaquée avec une violence inouïe. Ces condoléances ont été reçues en Israël comme une gifle cinglante.
Pour beaucoup en Israël, il relève du devoir moral et international de la France de prendre une position claire contre le terrorisme international, voire d’intervenir pour aider le Liban et la région entière à démanteler cette organisation meurtrière. Les condoléances n’ont aucune place dans ce schéma ; dans ce cadre, la France a perdu les derniers vestiges d’une notoriété quelconque, pour peu qu’il en restât encore chez quelques Israéliens.
Cependant, aujourd’hui encore, malgré les tensions grandissantes, si le président français souhaitait s’entretenir avec le Premier ministre israélien pour coordonner l’éviction du Hezbollah, il trouverait un partenaire sérieux et respectueux. Au lieu de cela, la France se contente de déclarations générales issues d’une autre période, s’appuyant sur des éléments de la presse libanaise pour espérer une médiation, sans prendre la mesure du changement d’ère radical opéré depuis le 7-Octobre. C’est ainsi que nous nous retrouvons devant une proposition plus grotesque que ridicule en plein milieu d’une guerre, alors que la France réitère en mars 2026 une proposition déjà établie le 26 novembre 2024 :
1. Cessation immédiate : Arrêt de toute incursion terrestre et des frappes aériennes.
2. Retrait et zone tampon : Retrait des forces israéliennes des positions occupées depuis fin 2025 sous 30 jours.
3. Renforcement de la FAL : Déploiement de 10 000 soldats libanais supplémentaires au sud du Litani.
4. Volet politique : Engagement vers une reconnaissance mutuelle de souveraineté et discussions sur un pacte de non-agression permanent.
5. Frontières : Finalisation de la démarcation de la « Ligne Bleue » et de la frontière Liban-Syrie avant la fin de l’année 2026.
De cette liste, élaborée par les médias libanais car la proposition n’a été publiée qu’à travers les chancelleries, il n’y a pas un seul mot traitant de la seule et unique raison des combats au Liban : le Hezbollah pilonne sans cesse les villes et les villages israéliens avec des centaines, voire des milliers de missiles, de drones et de roquettes.
La proposition française de novembre 2024, avec ses 13 points, était un papier qui a fait sourire les Israéliens du sud et pleurer ceux du nord, car tous savent que le Hezbollah respectera ce document comme il l’a toujours fait par le passé : rien, strictement rien n’a été respecté, ni par les Libanais, ni par le Hezbollah, ni par la FINUL, ni par les Français. Ce n’est pas parce qu’ils ne voulaient pas respecter ces clauses, mais tout simplement parce qu’ils ne le pouvaient pas sans entrer en conflit direct avec le Hezbollah, qui continue de faire la pluie et le beau temps dans cette région limitrophe d’Israël.
La période post-7-Octobre est une ère différente où les paroles ne suffisent plus à garantir, même temporairement, le calme. C’est ce que la France ne veut pas accepter ou comprendre, et elle s’enferme dans une politique outrageuse anti-américaine, en incendiant Israël et les Etats Unis qui, eux, sont déjà passés bon gré mal gré à l’ère post 7-Octobre. Car devant une menace existentielle qui a rappelé aux Juifs, en Israël et dans le monde, des images que tous croyaient issues de l’Histoire, Israël applique cette fameuse devise répétée chaque année pendant le jour de la commémoration de la Shoah : « Plus jamais ça ».
J’aimerais adresser un appel aux autorités et aux médias françaises depuis Israël : si le Liban est un pays qui vous est important, aidez ce pays à se débarrasser de ce groupe terroriste qui le mène droit dans le mur, car Israël ne vit plus à l’ère du 6 octobre. Si Israël n’aime pas la guerre, il ne peut plus accepter aujourd’hui que les auteurs du pogrom du 7-Octobre continuent de menacer, par les actes ou la parole, l’existence même du peuple juif sur sa terre ancestrale.
Il faut comprendre que les Juifs sont un peuple ayant des droits sur cette terre afin de pouvoir faire avancer la région vers une paix quelconque. J’ose avancer que lorsque les voisins d’Israël et leurs alliés reconnaîtront le droit du peuple juif à l’autodétermination, quitte à ne pas vouloir en reconnaître la dimension historique, ce sera déjà un pas extrêmement important vers la paix.
