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Causes et conséquences

Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. Albert Camus

Après le pogrom qui s’est abattu sur Israël avec une violence qui a stupéfait le monde occidental, nous avons droit aujourd’hui à un débat au sein de la société française qui interpelle. Le mot d’ordre est la condamnation sans équivoque des actes barbares qui ont été commis et l’appellation claire et sans détour du Hamas comme étant une organisation terroriste. C’est un fait. Les images et les vidéos de ces actes n’ont laissé personne indifférent mais comme il fallait s’y attendre, ce mot d’ordre ne fait pas l’unanimité ni dans la classe politique et encore moins dans la rue française qui s’est vu interdire même le droit élémentaire aux manifestations anti-Israël.

Il faut comprendre que le tribunal médiatique français, connu pour être pointilleux avec les mots et les intonations, réclame aujourd’hui aux Français de mettre dans un même discours causes et conséquences alors que celles-ci sont en porte-à-faux. La gauche militante de Mélenchon ne peut se plier à cet exercice, et la rue française, gangrenée par un narratif mensonger depuis des décennies, est encore plus dubitative.

Le suivi des médias après les détails de chaque information concernant les sujets clefs des affaires du monde est quasiment maladif. Il rappelle en cela, la liste des erreurs de protocole des règles de bienséance lors du festin avec Charles III. Il est d’usage par exemple d’ajouter un mot blessant ou une définition humiliante au nom « Trump », il est demandé aussi d’exprimer un dégoût quelconque lorsque l’on évoque le nom « Poutine » ou le mot « Russe » aujourd’hui. Gare à celui ou celle qui oublie ce protocole non écrit. Ce même devoir est la devise générale lorsque l’on parle d’Israël. Pas de dégoût ou de mot blessants dans le cas d’Israël, mais il est indéniable que les mots « colons » et « occupée » sont de rigueur pour chaque information, serait-elle la plus insignifiante qu’il soit, ou le mot « blocus depuis 2007 » à chaque fois que le mot Gaza est écrit. Ainsi, chaque homme femme ou enfant assassinés est décrit de façon différente en fonction de son lieu d’habitation. À Tel-Aviv, nous enterrons un Israélien mais à Ariel, nous enterrons un colon. De la même manière, la bande de Gaza, limitrophe à Israël et à l’Égypte, subit un « blocus Israélien depuis 2007 ». Ces additifs descriptifs, qui doivent orner chaque prise de position et chaque reportage, sont devenus avec les années une obsession insupportable qui empoisonne les esprits tout comme les additifs de la malbouffe industrielle empoisonnent les corps : ces additifs sont permis par la loi bien que tout le monde soit un peu conscient de leur nuisance, ils ne dérangent qu’une infime partie de la société dont la très grande majorité en apprécie le goût, les dégâts causés ne se ressentent qu’après une longue période et il y a bien entendu débat sur les causes des maladies qu’ils engendrent.

Nous avons un exemple de cette attente obsessionnelle dans ce drame du 7 octobre. Une interview ou une prise de position ne saurait être complète si elle ne comprend pas, en préavis, une clarification contre la « politique de Netanyahu ». Des exemples édifiants sont les interviews de Delphine Horvilleur ou de Joann Sfar. « Le monde connaît mon aversion envers la politique de Netanyahu mais… ».

Et la « politique de Netanyahu » signifie plus particulièrement la « colonisation ».

Cet additif a été et continue d’être consommé. Voilà des décennies que la couverture médiatique occidentale use et abuse de ce narratif en prenant ouvertement position pour l’un des fers de lances de la propagande mensongère Arabo-Palestinienne : « les Juifs, sont venus coloniser une terre et une contrée qui appartenait à un autre peuple et ils continuent de façon impunie de bafouer le bienséant et la loi internationale avec une politique de colonisation ». C’est la cause du malaise de Mélenchon et de la rue française qui se veulent être le porte-drapeau de la fin d’un colonialisme abjecte des pays européens qui ont asservi des peuples et assassiné des nations sous couvert d’une idéologie esclavagiste révoltante. Or si Israël est un pays colonialiste d’après ce narratif, la conséquence est donc cette boucherie perpétrée par les « militants » du Hamas comme ils sont nommés dans les médias français. Mélenchon réfute la violence de la conséquence, mais il ne peut dénoncer le terrorisme comme en étant la cause.

Car comment combattre le colonialisme si ce n’est en se révoltant ? Quelle nation, quel peuple s’est libéré d’un colonialisme quelconque sans se révolter ? Et si nous parlons de révolte, chacun a sa propre définition du mot révolte et des actes permis pendant la révolte de ceux qui ne peuvent être représentés par rien d’autre que leur rage et leur colère. Les révoltés français en 1789 coupaient les têtes à la guillotine, les révoltés du Hamas en 2023 eux, décapitent femmes et enfants avec des pioches. Mélenchon se démarque de cette violence mais son message est pour moi difficile car j’entends dans cette prise de position la phrase suivante : « Vous pouvez être révoltés à cause du colonialisme israélien, je le suis aussi, mais pour l’amour de l’humanité, faite le selon nos normes à nous ! Vous ne pouvez pas violer, démembrer des femmes et des vieillards, bruler des enfants… Tout cela va à l’encontre de nos ‘normes’ occidentales ! ».

La position de Mélenchon, dans sa logique, est compréhensible mais elle est scandaleuse et inculte. Scandaleuse car il ne s’agit pas seulement d’une rhétorique révolutionnaire mais aussi, et certains diront surtout, d’une rhétorique antisémite. Inculte car elle est fondée sur une propagande mensongère.

Les territoires disputés de la Palestine historique n’ont jamais été les terres d’un état ou d’un royaume autre que ceux du peuple juif. Les Arabes qui habitaient cette contrée se sont forgés une identité nationale avec le retour des Juifs sur leur terre ancestrale et les sionistes sont venus au début du siècle dernier habiter une terre quasiment déserte. Les résultats des différentes guerres depuis le début du conflit n’ont jamais établi un statut juridique clair et reconnu sur les frontières de la région. Avec ces données, les Israéliens sont prêts et ont tout essayé afin de trouver une solution où les deux peuples puissent vivre en paix l’un à côté de l’autre et non pas l’un à la place de l’autre. Oslo en 1993, la proposition Clinton en 2000, le retrait unilatéral de la bande de Gaza en 2005, la proposition Olmert de 2008, celle de Kerry-Obama en 2014, toutes ces propositions ont été refusées par l’Autorité palestinienne. En contrepartie, les Palestiniens réclament « justice » avec réparation d’une colonisation imaginaire en exigeant l’installation de plus de 5 millions d’Arabes à l’intérieur de l’État juif, en plus d’un État palestinien dans les frontières de la Judée et de la Samarie. L’Autorité palestinienne refuse de reconnaître l’existence même du peuple juif ou de vivre aux côtés d’un État juif. Les juifs sont pour eux un groupe colonialiste et ils reçoivent de la part de l’Occident en général, ce coup de pouce qui les conforte dans leurs convictions mensongères, à chaque interview, à chaque article de journal où les mots « colon » et « colonialisme » font acte de présence.

Qui plus est, il faut comprendre que si l’Occident dénonce une colonisation de la Judée et de la Samarie, ou de la Cisjordanie, les Palestiniens eux disent à voix haute et sans détour que les Juifs colonisent la Palestine entière, ce qui veut dire tout Israël. Pour eux chaque Israélien est un colon, et mérite d’être traité comme tel.

Mais il n’y a pas de colonisation. Il ne peut donc y avoir de révolte. Les actes du 7 octobre sont des actes de terrorisme infâme dans un conflit territorial qui doit être ramené par l’Occident au statu de conflit territorial afin de pouvoir débattre sur des bases de vérité. Seules ces bases peuvent conduire la région à une solution.

Cette dispute territoriale a été kidnappée par un islamisme et une idéologie révolutionnaire radicale qui ont empoisonné le débat avec une telle puissance que seul le massacre de 1 400 juifs en Israël, un jour de fête et de Shabbat, a réussi à déstabiliser cette rhétorique mensongère odieuse. Déstabiliser seulement, car les habitudes médiatiques reprennent petit à petit le dessus, avec des interviews révoltantes de journalistes qui regardent les officiels israéliens avec dédain et arrogance, comme il serait d’usage devant des représentants colonialistes, en leur demandant de la retenue et de la proportion.

De la proportion.

Le 11 septembre 2001, une attaque terroriste a tué 3 000 Américains. Un Américain sur 100 000.

La réponse a été une attaque de 38 pays d’une coalition internationale qui a fait plus de 38 000 victimes parmi les civils et 70 000 blessés, seulement depuis 2009 d’après TV5 Monde. La seule bataille de Falloujah du 8 novembre 2004 a créé plus de 300 000 réfugiés, 3 000 morts chez les insurgés et des milliers de victimes civiles, selon Britannica.

Le 7 octobre 2023, une attaque terroriste a tué 1 400 Israéliens. 17 Israéliens sur 100 000.

Et Israël devrait faire preuve de retenue et de proportions…

Il y eut un temps où le sang des juifs coulait impunément. Ce temps est révolu.

à propos de l'auteur
Journaliste et scientifique, Bruno J. Melki se sert de faits et de chiffres afin de comprendre la réalité. Il est le traducteur en français du best-seller Israélien : L’Industrie du Mensonge de Ben-Dror Yemini.
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