Mr El-Ad,

N’ayez crainte, la démocratie israélienne vous laissera parler, diffamer et même mentir s’il le faut. La démocratie israélienne est forte et vous en êtes la meilleure des preuves car vos propos ne démontrent aucun « processus calculé et délibéré de fractionnement d’un peuple entier » mais ils sont le témoignage de la vigueur de cette démocratie qui vous laisse la salir sur la scène internationale avec une insolence révoltante.

Nous sommes d’accord sur le fait qu’il est difficile de décrire « l’indignité l’outrage et la souffrance d’un peuple privé de droits pendant plus de cinquante ans ». La détresse du peuple palestinien est une détresse réelle, mais elle reste quand même loin de celle que vous essayez de transmettre dans votre diatribe.

Il n’y a qu’à lever les yeux vers le nord de notre région pour comprendre ce qu’est une véritable détresse. Selon l’OSDH (l’Observatoire syrien des droits de l’Homme), le conflit syrien a fait 353 935 morts en sept ans dont près de 106,390 civils. Selon le rapport du 12 mars de l’Unicef, trois millions de personnes ont été blessées dans la guerre et plus de 1,5 million de personnes vivent aujourd’hui avec un handicap permanent lié à la guerre.

86 000 d’entre elles ont perdu un ou plusieurs membres. Toujours selon l’ONU, environ 4 millions de Syriens sont devenus réfugiés. Vos chiffres eux notifient 317 Palestiniens tués ces deux dernières années. Il ne s’agit pas de 317 civils, il ne s’agit pas de dommages collatéraux, il ne s’agit pas de bavures militaires mais de Palestiniens qui menaçaient la vie de citoyens Israéliens pendant des attaques terroristes selon la définition du petit Robert : « Emploi systématique de la violence pour atteindre un but politique ». L’ordre de grandeur des victimes Palestiniennes depuis 1967 est de 14 000 et le nombre de réfugiés Palestiniens engendrés par le conflit était de 710 000 selon les chiffres officiels de l’ONU.

Soyons clairs, nous sommes aussi d’accord sur le fait que chaque vie perdue est un monde de perdu. Chaque famille qui perd un père ou un fils se moque de ce qui se passe en dehors des murs de son deuil personnel mais nous sommes en face d’un conflit collectif et nous ne pouvons, ni vous ni moi, user des malheurs personnels afin d’illustrer nos arguments. Ce serait se servir de la détresse personnelle d’une famille allemande pendant la Seconde Guerre mondiale afin de jeter la pierre aux Anglais qui pilonnaient l’Allemagne pendant la guerre.

Vous ne parlez de la violence des Palestiniens qu’a travers les 13 victimes Israéliennes pendant les deux dernières années. En 2017 seulement, 17 Israéliens ont été tués par des attaques terroristes et dans les trois années de 2015 à 2017, les chiffres officiels parlent de 298 Palestiniens tués pendant des attaques terroristes par les forces de l’ordre israéliennes ou par des civils armés pendant les attentats mais quoi qu’il en soit, même selon vos chiffes, nous parlons de moins de 0.3 % en comparaison avec le conflit sévissant dans le nord de notre région si nous ne prenons en considération que les deux dernières années.

Ainsi, si votre intervention a pris 15 minutes pour 300 activistes, militants ou terroristes, il vous aurait fallu près de 4 journées à l’ONU pour les Syriens, a raison de 8 heures de discours par jour. Qui plus est, le nombre de victimes du côté Palestinien doit prendre en considération les circonstances et le rapport de force existant entre Israël et les Palestiniens. Les civils en Syrie souffrent d’un conflit dont ils ne prennent pas part alors que les Palestiniens victimes d’Israël sont tous impliqués dans des actes de terrorisme mais vous préférez inverser les définitions tout comme l’ONU inverse les proportions en adoptant 226 résolutions contre Israël depuis 1945 et 16 seulement sur la Syrie depuis 7 ans de conflit.

Si les proportions de victimes sont de 0.3 % contre 99.7 % entre Israël et la Syrie sur les deux dernières années, les résolutions au conseil de sécurité sont, elles, de 3.18 résolutions par an contre Israël et 2.28 par an pour la Syrie depuis 1948. Un relativisme édifiant qui propage un mensonge de proportion et à laquelle vous participez. Sans vouloir minimiser le conflit entre Israéliens et Palestiniens, j’aimerais garder les proportions qui lui sont dues.

Le nombre de maisons détruites dans votre plaidoirie est aussi étonnant. Pendant la vague d’attentats terroriste de 2015-2016, le génie de l’armée a rapporté avoir détruit 28 maisons mais vos chiffres dénoncent 294 maisons détruites pendant les deux seules dernières années.

Connaissant, comme vous d’ailleurs, les difficultés légales qui accompagnent les demandes de destruction de maisons de terroristes ayant froidement assassiné des familles et des civils, je me demande comment comptez-vous les maisons détruites et sur quelles données vous reposez-vous afin d’avancer de tels chiffres. Mais là encore, je ne vais pas entrer dans les détails ni dans les insinuations pernicieuses qui par exemple dénoncent en passant et sans l’ombre d’une preuve « des actions violentes de la part de colons qui ne sont pas réprimées » car j’aimerais reprendre deux points plus importants.

Vous clamez qu’Israël « prévoit de raser la communauté de Khan al-Ahmar dans son intégralité ». Voilà une affirmation pittoresque car elle décrit une réalité qui n’existe pas. Israël prévoit de déplacer quelques dizaines de familles qui ont installé et construit des bâtiments, dont une école, de façon illégale ces dernières années. Les photos satellites montrent sans équivoques que les terres habitées aujourd’hui par cette communauté, étaient désertiques en 2009. Quoiqu’en pense les gouvernements Européens qui ont subventionné ces infractions, une loi qui régit ces territoires et ce n’est pas la loi palestinienne qui n’a jamais existé, mais une loi fondée sur des lois Israéliennes, Jordaniennes et Ottomanes.

Il existe des règlements bien établis sur les territoires disputés car nous parlons de territoires disputés. Nous pouvons prendre position pour un parti ou pour un autre mais nous ne pouvons décemment pas dire que « ces affirmations ne sont rien de moins que des falsifications, minutieusement confectionnées par des juristes s’appuyant sur les formalismes légaux bancals et injustes ».

Vous continuez en déclarant que « Pour les Palestiniens, il est tout simplement impossible d’obtenir des permis de construire de la part des autorités israéliennes » mais cette affirmation ne tient pas la route car il a été proposé à ces familles de construire dans un endroit approprié, près de celui qui doit être évacué.

Les travaux d’aménagements ont été pris en charge par le gouvernement. Des milliers de Roms sont évacués de Paris chaque année et personne ne va au conseil de sécurité pour salir l’image de la France dans cet épisode difficile et houleux. Il est possible que les autorités françaises auraient pu faire mieux, il est certain qu’elles auraient pu faire pire aussi, il en va de même avec Israël. Évidemment, le parallèle est plus compliqué car nous sommes dans une région de conflits et de terrains disputés, mais il faut se rendre à l’évidence, même si elle ne plaît pas à tout le monde, que tant que les Israéliens et les Palestiniens n’arriveront pas à un accord, ces terrains seront administrés par Israël.

Vous continuez en décrivant les émeutes organisées par le Hamas à la frontière israélienne comme étant des manifestations voulant « percer un blocus qui a effondré l’économie de la bande de Gaza ». Ici vous trompez le monde entier avec un mensonge effronté qui inverse cause et conséquence. Le « blocus » israélien – mot qui doit être discuté dans un autre débat – est la conséquence d’attaques meurtrières du groupe terroriste Hamas qui est, lui, la cause de l’effondrement économique de la région. Vous omettez pertinemment les attaques du Hamas envers Israël et ne parlez que des réactions Israéliennes.

Il faut dire que pour avoir récolté le « blocus », le Hamas a semé deux guerres, tiré des milliers de roquettes sur Israël, creusé des dizaines de tunnels offensifs, brûlé plus de 1 750 hectares de champs et de forêt en Israël avec des cerfs-volants incendiaire et continue de menacer Israël de destruction totale. Et ce, dans une bande de territoire qui a été évacuée de toute présence Israélienne.

La situation n’est pas simple, elle doit être discutée et les actions du gouvernement Israélien ne sont pas exemptes de critique, elles doivent être contestées mais votre prestation devant le conseil de sécurité de l’ONU ne relève ni de la critique, ni de la discussion. Vous n’êtes ni un traître ni un héros, vous êtes simplement un menteur qui nourrit ce conflit d’un venin destructeur en créant, conservant et alimentant les mensonges qui éloignent la paix dans notre région.

Lorsqu’un joueur de carte ment, il est exclu du jeu et lorsqu’un sportif ment, il est déchu de ses titres. Lorsqu’un militant ment avec insolence devant le conseil de sécurité de l’ONU, il est aussi exclu du débat légitime. Nous ne sommes pas en face d’inexactitudes qui peuvent s’immiscer dans les discours politiques de droite ou de gauche, nous sommes en face d’une industrie bien établie de mensonges et de contre-vérités.

C’est la raison pour laquelle B’tselem a perdu ces dernières années toute crédibilité aux yeux des Israéliens, et commence à faire lever des sourcils dans différents milieux en dehors d’Israël. Ce ne sont pas des centaines de milliers d’Israéliens qui se trouvent derrière votre mouvement mais une poignée de militant.

Vous alimentez le conflit en promulguant des revendications qui sapent toute possibilité de solution comme le « droit du retour » réclamé par les Palestiniens et qui sont au cœur des attaques incessantes des Palestiniens de la bande de Gaza et du refus de l’autorité Palestinienne de venir autour d’une table de pourparlers avec Israël. C’est la revendication du représentant palestinien assis à vos côtés et cette revendication n’a pour but que l’annihilation de l’État juif, État qui vous permet aujourd’hui de vous présenter côte à côte avec ceux qui demandent sa destruction, avec en face, l’ambassadeur de votre propre pays.

Discours de Hagai El-Ad enregistré avec sous-titre en français.