Premier volet dans le cadre d’une série d’articles présentant le livre de Ben-Dror Yemini, « L’Industrie du Mensonge » à paraître bientôt dans sa version en français.

Elhanan Yakira, dans son livre Post-Zionism, Post Holocaust [1], a nommé le phénomène qui permet à de nombreux intellectuels de se créer une nouvelle réalité : « autisme intellectuel ».

Nous connaissons tous le professeur Tournesol et pouvons presque tous raconter avec sourire affable les déboires d’un proche ou d’un ami travaillant dans une université ou un centre académique quelconque : « Il a la tête dans son monde et oublie même d’accommoder ses chaussettes le matin ».

Nous connaissons aussi les différentes formes d’intelligences proposées par Howard Gardner en 1983. Il s’avère, lorsque nous suivons les publications qui ornementent le conflit israélo-arabe, que si certains intellectuels ont une forme poussée d’intelligence dans un domaine, elle vient sans aucuns doutes au détriment d’autres domaines laissés pour mort dans beaucoup de cas.

Les publications outrancières, voire même souvent scabreuses, qui, non contents de salir Israël, mettent au défit l’éthique déontologique la plus élémentaire, sont la preuve que les intellectuels, tout comme les artistes, peuvent souffrir d’un autisme soutenu. Dans notre cas, ce phénomène ne relève plus du pittoresque Tournesol, mais affecte directement les efforts de paix déployés pour régler l’un des conflits les plus médiatisés du monde.

Il ne s’agit pas d’une poignée de marginaux mais d’une myriade d’intellectuels qui mentent de façon effrontée sur le conflit israélo-arabe, sans jamais avoir à répondre de leurs actes, si grossiers qu’ils puissent être.

Ainsi, Ilan Pappé, universitaire israélien enseignant à Beer Sheva a publié en 2002 [2] dans le journal le plus distribué en Égypte, que des ministres du parti de gauche israélien ont officiellement proposé au gouvernement l’idée d’un transfert de la population arabe. Son article accusait aussi maints universitaires et journalistes de soutenir ouvertement le transfert. D’après lui, un institut universitaire encourageait moralement le transfert et il alla même jusqu’à affirmer que « très peu de personnes en Israël n’osaient s’y opposer ».

Juan Cole, universitaire américain, historien et intellectuel enseignant l’histoire à l’université du Michigan, nous explique de façon académique que « la bande de Gaza est le pire résultat du colonialisme occidental dans le monde, mis à part le Congo Belge » [3].

Nous avons aussi Joseph Masaad, professeur associé à l’imminente université de Columbia à New York, qui assure, entre autres perles diffusées dans un article publié dans Al Jazeera [4], que « Tel-Aviv est la seule ville de l’Ouest qui ne possède pas d’habitants arabes ou musulmans ».

Ou encore Lev Grinberg qui nous affirme qu’un génocide symbolique est perpétré par Israël [5]. La liste est longue et exhaustive.

Noam Chomsky, choisi en 2005 comme l’intellectuel le plus influent du monde, Norman Finkelstein, conférencier des plus demandés en Amérique du nord, Dan Avnon de l’université Hébraïque, Ruth Kark, Miriam Schlesinger, anciennement présidente d’Amnesty International en Israël, Mona Baker, Judith Butler et Rashid Khalidi. Richard Falk, Lawrence Davidson de l’université de Westchester et le tristement célèbre Johan Galtung ou Ola Tunander de l’Institut de la recherche sur la paix d’Oslo. Raed Salah, Dennis Sullivan ou encore le sulfureux Gédéon Levy ne sont que quelques uns des intellectuels, académiciens, écrivains ou journalistes qui contribuent à la création d’une atmosphère étouffante quand à la légitimité même de l’existence de l’État d’Israël.

Pour revenir sur les mensonges, ou les actes cités plus haut, il est en général très simple de les réfuter ou de les comprendre. Il faut simplement avoir la curiosité de mettre en question les actes et les dires de gens qui sont en général pris au sérieux par les titres honorifiques qui ornent leurs CV. Rien n’est plus édifiant que d’aller dans les ressources ouvertes à tous pour remettre ces mensonges en face de la réalité. Il suffit trop simplement de le vouloir et de développer un sens critique des évidences. Ce trait sied à merveille aux Français et c’est la raison pour laquelle je sais que l’étude que Yemini a accomplie sera prisée de ce peuple qui a donné au monde une dimension indéniable à la critique intellectuelle et à la révolution, lorsqu’il y en avait lieu.

L’affirmation de Pappé, quant à la position officielle de ministres du parti travailliste (gauche) et d’autant plus ridicule que même s’il avait affirmé que des ministres du Likoud (droite) avaient soutenu officiellement cette position, elle aurait été dénuée de toute base véridique.

Moledet est la seule formation politique Israélienne, ayant réclamé un referendum national sur le transfert, qui a réussis à passer le seuil d’éligibilité avec 2 députés en 1988 et 3 en 1992. Faute d’électorat aux élections ultérieures, ils ont été intégrés dans un autre parti de droite ne prônant même pas cette idée tabou dans la société Israélienne. Toutes les autres formations politiques réclamant le transfert n’ont pas réussi à passer le seuil d’éligibilité requit et n’ont donc jamais eu de représentants parlementaires en Israël. Nous ne parlons même pas du gouvernement.

Affirmer que l’académie israélienne a embrassé le transfert comme solution préférable au conflit israélo-arabe est faire preuve d’une méconnaissance effarante de la société israélienne et surtout de l’académie ou alors d’une capacité mensongère faramineuse. Yemini témoigne lui-même qu’en tant qu’éditeur à Maariv, journal national israélien, aucun journal sérieux n’aurait publié un article préconisant le transfert car cette idée était rejetée par la quasi-totalité de la population israélienne comme l’ont prouvé les élections plus d’une fois. Le factuel donc, montre que l’affirmation de Pappé relève d’une réalité plus voulue qu’existante.

Cole et sa phrase malheureuse sur le Congo Belge peut faire lever bien des sourcils à ceux qui connaissent les chiffres. Le roi Léopold de Belgique a été, selon les différentes estimations, responsable de près de 10 millions de morts au Congo dans l’un des génocides les plus importants du siècle dernier. En Cisjordanie et dans la bande de Gaza pendant 47 années de contrôle israélien, les victimes palestiniennes s’élèvent à près de 12 000, y compris les deux dernières opérations contre le Hamas à Gaza. Il est superflu de revenir sur le génocide symbolique de Grinberg car avec de tels chiffres, souvent méconnus, il n’y a même pas besoin de commentaires.

Il en est de même pour le mensonge grossier de Massad. Une simple consultation des statistiques démographiques de Tel Aviv sur la toile nous enseigne que 4,1% de la population de Tel Aviv est arabe. Si nous prenons la municipalité de Tel Aviv-Jaffa, car c’est la métropole telle que nous la connaissons en Israël, Jaffa même, sur ses 46 000 résidents comprend 30 000 juifs et 16 000 arabes. Devons-nous ajouter quelque chose ?

Lorsque l’on ment pertinemment une fois on n’a pas de problèmes pour le faire une deuxième, puis une troisième fois. À la longue, cela devient une seconde nature.

C’est diffèrent des erreurs faites par manque de professionnalisme ou d’emportement ou encore celle qui sont engendrées par une passion ou une aversion. Ces dernières, en général, témoignent d’un manque de maturité intellectuelle, professionnelle ou encore sentimentale de l’auteur et elles peuvent être pardonnée dans un débat houleux. L’erreur est humaine et elle peut être légitime lorsqu’elle est reconnue et corrigée mais là il s’agit d’autre chose. Il s’agit d’une véritable industrie sapant les bases les plus élémentaires de la confiance que le public à envers ceux qui sont censés représenter une éthique morale et professionnelle comme l’académie ou le journalisme.

Il ne s’agit aucunement de dire qu’Israël ne commet pas de fautes ou ne doit pas être critiqué. La critique est la bienvenue, et elle est nécessaire à la démocratie surtout dans un contexte comme celui dans lequel évolue l’État Hébreu. Des erreurs sont faites et elles doivent être dénoncées et enseignées afin d’éviter qu’elles ne se reproduisent. Le problème est dans l’avalanche des mensonges provenant du monde académique et médiatique afin de noircir l’image d’Israël en créant une atmosphère nauséabonde de méfaits étatiques. Ce n’est pas le fait d’un groupe marginal mais bien d’un phénomène. L’Industrie du Mensonge de Yemini décortique de façon méticuleuse et consciencieuse, sans détours et avec faits à l’appui, ce phénomène.

Tous les articles sont publiés avec l’accord de Ben-Dror Yemini.

[1] Elhanan Yakira, Post-Zionism, Post Holocaust, Cambridge 2010

[2] Ilan Pappé. Demons of the Nakbah », 16 – 22 May 2002, Al-Ahram Weekly [en ligne] <http://weekly.ahram.org.eg/2002/586/sc1.htm> (consulté le 20.03.2015)

[3] Prof. Cole’s blog: <http://www.juancole.com/2007/09/right-zionists-try-to-silence-walt-at.html> (consulté le 12.02.2016)

[4] http://www.aljazeera.com/indepth/opinion/2011/10/2011102583358314280.html. (consulté le 12.02.2016)

[5] La Libre Belgique, 29.3.2004: http://www.lalibre.be/index.php?view=article&art_id=160137 (consulté le 09.02.2016)