Est-ce que nous sommes en face des derniers sursauts d’un mal en perdition ? Le double standard de la couverture médiatique entre les actions françaises et israéliennes face au terrorisme fait des heures supplémentaires. Mais la réalité, impitoyable comme nous l’avons vu à Paris, peut jouer les troubles fêtes et fausser le jeu des medias.

Voilà quelques jours que les débats et les informations qui sont diffusées sur les ondes françaises me rappellent une autre réalité.

J’ai l’impression de vivre dans un film de science-fiction. Les reportages et les commentaires français sont exactement les mêmes que ceux que je connais en Israël. Les mêmes faits. Les mêmes buts présentés par la police et l’armée.

Le procureur général de France en rapport sur le démantèlement de la cellule terroriste qui a frappé Paris le 13 novembre 2005 s’est exprimé en ces mots [de mémoire]. Le 18 novembre à l’aube, l’action planifiée par 830 policiers et commandos antiterroristes du RAID a débutée.

Les hommes ont été d’une efficacité exemplaire et ont neutralisé les terroristes qui ont résisté. La détermination et les armes des forces françaises ont eu finalement raison des forcenés. Ils ont éliminé un commando terroriste qui pouvait passer à tout moment à l’action.

Une investigation a été menée par les services de renseignement français découpant vidéos, mises à l’écoute, géolocalisation, logement conspiratifs et mouvement de véhicules afin d’arriver à cette nuit ou les terroristes ont été encerclés puis neutralisés.

Un kamikaze s’explose lorsque les policiers entrent dans l’appartement, des murs et des plafonds sont éliminés afin de ne pas mettre plus en danger les forces de l’ordre.

Effarant.

Ils parlent de « qualité des objectifs » de terroristes « neutralisés », de kamikazes qui se font exploser au milieu de commandos venus les chercher. Ils excusent les « dommages collatéraux » qui, souvent, « ne peuvent être évités et qui sont inhérents à la guerre car la France est en guerre ».

Les présentateurs savent écouter avec beaucoup de sérieux les militaires et les policiers venus expliquer que leurs forces sont très précises afin d’être très efficace.

Exactement les mêmes mots et la même rhétorique, le même pathos et la même intonation lorsque la présentatrice demande aux services médicaux des nouvelles des blessés encore hospitalisés. J’ai eu du mal à comprendre qu’il s’agissait d’un quartier parisien.

Cette impression est certainement partagée avec beaucoup d’israéliens. Et elle est amère. Le cynisme et l’humour noir israélien ont pris la relève et la toile s’est remplie de blagues, de comparaisons, de jeux de mots et de caricatures.

On écrit « disproportionnés » à la place de « efficace », « militants » à la place de « terroristes », « assassinat » à la place de « neutralisation » et cela nous donne : « Dans la nuit du 17 au 18 novembre, des soldats Français, devant une foule amassée aux fenêtres, ont assassiné des militants dans une opération disproportionnée au milieu d’un quartier résidentiel de Paris dont les alentours ont été dévastés par plus de 5 000 impacts de balles. Deux jeunes ont finalement été tués ainsi qu’une jeune étudiante ».

C’est de cette manière que les Français reçoivent les reportages d’attentat en Israël. Il est clair, pour les Israéliens, que ce qui est permis aux Français leur est interdit. Il y a un double langage qui est devenu une double nature des européens.

Aujourd’hui encore, pendant que j’écris ces lignes, 5 personnes ont perdu la vie dans deux attentats en Israël. Deux à Tel Aviv et trois dans le Gush Etsion au sud de Jérusalem.

Pourtant, les reportages notifient (avant qu’ils ne sachent qu’il y avait trois victimes dans le sud de Jérusalem) que « un Israélien a été tué et plusieurs autres personnes ont été blessées […] en Cisjordanie occupée quand un ou plusieurs individus ont tiré sur eux depuis une voiture, près de colonies israéliennes au sud de Bethléem » (Lefigaro.fr avec AFP. 19 Nov. 2015).

Les français sont assassinés par des terroristes à Paris mais les colons sont tués par des individus près de Bethlehem. Le double langage est évident.

Mais seulement pour les Israéliens car personne en France n’a l’impression de parler un double langage. Peu disent ouvertement qu’ils appliquent des normes différentes à Israël car cet argument est blasphématoire. Et la majorité est sincère. Je le crois profondément.

Il n’est pas possible que ce peuple que je connaisse et avec qui j’ai vécu mes 20 premières années soit à ce point hypocrite. Je refuse d’y croire. Pourtant, comme la quasi-totalité des Israéliens, je vois qu’ils appliquent ce double standard avec religiosité.

Il est évident que nous sommes en face d’un même mouvement idéologique qui tue pour tuer. Que leurs victimes soient musulmanes, juives ou chrétiennes, c’est la même catégorie de mécréants pour les djihadistes.

Le discours islamiste est clair, concis, et logique selon leur logique, et surtout, il est exprimé de façon ouverte. Les Français ont donc tous les éléments pour se forger une opinion qui reflète la réalité. Malgré tout, ils continuent de penser que le terrorisme islamiste en Israël est diffèrent du terrorisme qui sévit en France.

D’où vient ce fossé ?

Une des principales raisons est cette désinformation systématique.

Les médias et les universitaires diffusent avec une obsession maladive des mensonges et des fausses vérités sur Israël et les Israéliens[i]. Il ne peut donc y avoir de parallèle entre ceux qui sont « morts par des individus » et ceux qui sont « assassinés par des terroristes ».

Pourtant, la réalité semble être beaucoup plus forte que ce raz de marée médiatique et le peuple français va commencer à se poser des questions. Ils vont comprendre que des caricatures, si abominables qu’elles soient, ne peuvent justifier une tuerie dans une rédaction de journal tout comme la présence de juifs en Judée et en Samarie ne peut justifier des assassinats au couteau.

Si la communauté musulmane en France est minée par la gangrène islamiste, la population musulmane au Moyen-Orient n’est pas exempte de cette absurdité. Avec les reportages sur les interventions françaises à Paris et en Syrie, l’Occident devra comprendre qu’Israël n’utilise pas de force disproportionnée.

Au fur et à mesure des attaques djihadistes, ils comprendront aussi que les caricatures de Charlie Hebdo, que l’on aime ou pas, sont comme les implantations en Judée et en Samarie, que l’on accepte ou pas : une excuse.

Les interventions françaises pour stopper ces djihadistes sont similaires aux actions israéliennes qui elles aussi veulent défendre et protéger leurs civils.

Tant que les attentats ne touchaient qu’Israël, les médias pouvaient cacher ou déformer les évènements. Aujourd’hui, leurs efforts à insister sur la barbarie des terroristes en France alors qu’ils décrivaient hier une barbarie israélienne vont faire grincer bien des dents. Il sera difficile de parler impunément un double langage pour reporter des évènements identiques.

[i] Ce sujet est traité en profondeur par Ben Dror Yemini dans son livre « L’industrie du mensonge » [Hébreu] à paraitre bientôt en Français.