Israël est hors des normes dans le sens diamétralement opposé à l’insinuation sournoise et mensongère de l’euro député Pascal Durand.

Les lois et les normes internationales telles qu’elles sont représentées par l’ONU n’ont jamais ou rarement fait revenir des réfugiés des dizaines de conflits ayant sévi sur le vieux continent. Cette norme est particulière au conflit israélo-arabe.

Second volet dans le cadre d’une série d’articles présentant le livre de Ben-Dror Yemini, « L’Industrie du Mensonge » à paraître bientôt dans sa version en français.

L’un des sujets faisant échouer les pourparlers entre Israéliens et Palestiniens est le droit du retour. Cette requête, essentielle pour les Palestiniens, est rejetée par toutes les formations politiques israéliennes sionistes. Seuls quelques marginaux en Israël soutiennent ce droit alors que la quasi-totalité de la population de l’état hébreu comprend que cette revendication est tout simplement incompatible avec un état juif et démocratique.

C’est pourtant l’un des fers de lance de l’Autorité palestinienne et d’organismes anti-israélien comme le BDS, reprit, naïvement, ou pernicieusement, par des militants humanistes qui ne comprennent ni la signification, ni le contexte historique de cette idée.

Cela permet aussi à des députés européens, comme Pascal Durand par exemple, de crier haut et fort « qu’Israël n’est pas un État hors du temps, Israël n’est pas un État hors du droit [1] » alors que l’État Hébreu fait appliquer la loi de son pays sur ses citoyens. Mais le message est clair : Israël est accusé d’être en dehors de la loi, un pays « voyou ».

Mettons de côté la prise de position israélienne qu’elle soit publique ou officielle, et analysons la revendication en elle-même. Après tout, pourquoi demander à Israël de faire bande à part et de ne pas se conformer aux lois et aux normes internationales même si celles-ci sont difficiles à être appliquées ? Si les populations expulsées de leurs maisons pendant les combats ou à cause des combats sévissant entre deux pays ou deux ethnies, étaient rapatriées après les conflits dans le monde il n’y aurait aucune raison que l’état d’Israël fasse exception à cette règle et reçoive une dérogation particulière afin de ne pas s’y soumettre ! Si nous voulons que notre démocratie soit traitée comme égale aux nations, il faut savoir aussi en assumer les conséquences.

Il est donc nécessaire de se pencher sur cette revendication mais, dans un premier temps, il est primordial de connaître les origines et les chiffres de ces réfugiés. Ce volet posera quelques questions pertinentes sur l’essence même des réfugiés alors que le volet suivant s’attardera au droit du retour réclamé sur les bases de problème humanitaire.

D’après les statistiques de l’ONU et des ONG pro-palestiniennes, 710 000 Palestiniens ont reçu le statut de réfugié après la guerre d’Indépendance de 1948 [2]. Des chiffres plus raisonnables parlent de 630 000 réfugiés voire beaucoup moins, mais nous allons nous en tenir aux sources palestiniennes.

Pendant le siècle dernier, des dizaines de millions d’hommes, de femmes et d’enfants ont reçu ce statut désobligeant, du fait de la deuxième guerre mondiale évidement, mais aussi à la suite d’autres conflits beaucoup moins médiatisés.

Des millions de musulmans ont été expulsés de Grèce ou de Bulgarie, des millions de Chrétiens de Turquie, des millions d’Allemands expulsés de la République tchèque ou de la Pologne, des Serbes de Croatie et des Croates de Serbie, des Tigrais d’Éthiopie, des Grecs et des Turcs de Chypre et ce, par centaines de milliers… La liste est longue et fastidieuse. L’aspect juridique est intéressant mais sur ce volet, nous allons examiner les normes internationales et les chiffres qui sont tous deux méconnus du public.

Il y a tout d’abord la définition du mot réfugié qui a reçu un tournant des plus particuliers dans le monde. Quand il s’agit de Palestiniens, la définition est : « Une personne dont le lieu de résidence était la Palestine au cours de la période du 1er juin 1946 au 15 mai 1948 [3] » alors qu’un réfugié « normal » lui, a besoin de prouver un certain nombre de conditions pour recevoir l’aide de l’ONU.

Et l’ONU donc, ce machin, comme le dénommait De Gaulle, non satisfaite d’adopter deux définitions différentes pour un seul et même mot, a créé deux organismes différents pour aider les réfugiés dans le monde. Nous serions en mesure de penser qu’une répartition géographique eut été appropriée ou encore quantitative ou peut-être même ethnique, mais pour une raison inconnue, celle qui a été adoptée et des plus étonnantes : Il existe une agence pour les réfugiés Palestiniens qui est l’UNRWA [4], et une autre pour les réfugiés qui ne sont pas Palestiniens : l’UNHCR [5].

Encore une fois, la vérité est simple et a porté de tous. Il faut simplement avoir la curiosité d’y entrer. J’ai personnellement sollicité un représentant de l’ONU avec lequel j’ai passé quelques heures dans la salle d’attente d’un hôpital, sur les raisons de ces deux organismes parallèles mais la réponse reçue a été trop diplomatique pour moi. Scientifique de formation, j’ai jusqu’à aujourd’hui des problèmes pour comprendre la dernière ligne de sa réponse.

Mais à la place de se poser la question pourquoi deux organismes, peut-être serait-il plus productif de regarder les actions de ces deux organismes. Là aussi, les différences sont effarantes. Il s’avère que si le premier organisme a réussi à faire sortir des millions de réfugiés de leur statut et d’aider à leurs réinsertions dans les pays d’accueil, le deuxième lui, a réussi à faire entrer dans ce statut des millions de Palestiniens sans en faire sortir ne serait-ce qu’un seul.

Les pays d’accueils potentiels des réfugiés arabes, soit dit en passant, ont beaucoup plus de ressemblance ethnique, culturelle et historique avec les réfugiés palestiniens, que la plupart des réfugiés Européens qui ont été incorporés dans les pays les ayant accueillis.

Pour montrer le bien-fondé de ces lignes, il suffit de s’arrêter à un kiosque et de lire les gros titres des journaux européens d’aujourd’hui ou de demain. Les réfugiés venant des conflits interminables du Proche Orient sont reçus par les capitales européennes et le problème que les Européens ont, n’est pas de savoir s’ils vont les réinsérer mais plutôt combien vont-ils pourvoir le faire.

Ainsi, si l’UNHCR aide « ses » réfugiés à sortir de leur statut humiliant, si pour cette organisation le statut de réfugié ne se transmet pas de père en fils et s’il dépend de la situation économique, l’UNRWA pour sa part, aide « ses » réfugiés à conserver leur statut, qui est par définition transmis de père en fils et ne dépend aucunement de leur situation économique.

Un des exemples édifiants est cette enfant qui a fait le buzz sur la toile lorsqu’elle se mit à pleurer devant une chancelière Allemande intransigeante. Cette vidéo montrait du doigt le « monstre » qui refusait de recevoir les réfugiés sur son territoire, mais personnellement, j’en ai retenu une fillette, née sans aucuns doutes après l’an 2000, qui continue d’être présentée comme la réfugiée d’un conflit vieux de l’âge de son grand-père.

C’est écrit noir sur blanc dans les sites de chaque organisation. Le premier a aidé à réinsérer plus de 50 millions de réfugiés durant le dernier siècle (les statistiques sont fastidieuses [6]) alors que le deuxième a fait passer le nombre officiel de 710 000 réfugiés à quelque 5 millions.

En tant que scientifique, je ne peux m’empêcher d’appliquer la règle de trois, enseignée à l’école primaire : si 710 000 réfugiés palestiniens de 1948 sont devenus aujourd’hui 5 millions après avoir été pris sous l’égide de l’ONU, il aurait été donc normal qu’avec plus de 50 millions de réfugiés engendrés plus ou moins à la même époque, nous soyons en présence aujourd’hui de plus de 352 millions de réfugiés dans le monde. Les chiffres sont-ils suffisamment explicites ?

Évidemment, le monde n’a pas été suffisamment suicidaire pour appliquer les normes palestiniennes aux réfugiés du monde entier et nous sommes en mesure de poser la question pourquoi ? Pourquoi avoir deux standards et quelle en est le but ?

Et si nous en sommes aux chiffres, il faut encore se souvenir de la définition adoptée pour définir ces réfugiés. Elle y a inclus sans sourciller les hommes et les femmes venus des contrées alentours pour chercher du travail. Personne ne contestera le fait que le foyer juif a créé une véritable frénésie de travail durant ces décennies et il n’a suffi que quelques mois de présence en Palestine mandataire pour accéder à une liste déjà litigieuse.

Un autre chiffre, non moins spectaculaire et très méconnu du public, ajoute de l’essence sur cette cabane de paille en feu. La création de l’état hébreu, n’a pas seulement provoqué 710 000 réfugiés palestiniens, selon les chiffres de l’ONU, mais a aussi contribué directement et indirectement à l’expulsion de 830 000 réfugiés Juifs, renvoyés manu militari des pays arabes dans lesquels ils ont vécu bien plus longtemps que les arabes venus chercher du travail dans la région du mandat britannique.

Aujourd’hui pas un seul juif n’est réfugié ni en Israël, ni dans n’importe quel autre pays du monde. Ce que 22 pays arabes ont été incapable, ou non consentant de faire, l’état juif venant de naître l’a fait comme cela s’est fait pour les 50 millions d’autres réfugiés dans le monde. Sans bruits, sans manifestations, sans pétitions ni boycotte, sans conférences internationales afin de réclamer que les 830 000 juifs expulsés ou les 50 millions de Serbes Croates, Allemands Grecs, Turcs, Polonais, Tigrais et j’en passe, restent des réfugiés ou retournent dans leurs maisons. Telles étaient les normes du monde entier durant le siècle dernier. Du monde entier ? Pas tout à fait…

Le monde à court d’idéal, a tendance à idéaliser les causes qui lui sont disponibles. Ce doit être l’une des raisons pour lesquelles le conflit de notre région est l’un des plus faciles à adopter pour ceux qui veulent réparer le monde.

Telle est l’impression que nous recevons en écoutant le député européen Pascal Durand. Mais lorsque nous sommes en face de ténèbres factuelles étouffant un débat public international médiatisé à outrance en se fondant sur une soupe de tripe humanitaire, notre devoir est d’éclairer le débat avec des faits indubitables, tellement évidents que personne ne pense aller les chercher pour recevoir des réponses.

Israël est hors des normes en effet, mais dans le sens diamétralement opposé à l’insinuation sournoise et mensongère que Pascal Durand veut nous faire entendre.

Les lois et les normes internationales telles qu’elles sont représentées par l’ONU n’ont jamais ou rarement fait revenir des réfugiés des dizaines de conflits ayant sévi sur le vieux continent.

Mais le même organisme, assumant certainement qu’Israël est hors du temps et de la loi, demande le contraire lorsqu’il s’agit du conflit opposant les Juifs aux Arabes. Israël est en droit de réclamer que les lois et les normes internationales soient appliquées au conflit Israélo-Arabe. Car comme le dit Pascal Durand, Israël n’est pas un pays hors du temps, Israël n’est pas un pays hors du droit.

[1] https://www.youtube.com/watch?v=65Z0r_H2j_M

[2] http://www.unrwa.org/userfiles/2010011791015.pdf

[3] http://www.unrwa.org/palestine-refugees

[4] http://www.unrwa.org

[5] http://www.unhcr.org

[6] http://www.unhcr.org/556725e69.html#_ga=1.132423944.744968768.1455453868