Petites considérations footballistiques selon le judaïsme

Les rabbins aimeraient-ils le football plus que les autres ? Pas sûr… Mais nombre de mes collègues, tout comme les précédents Grands Rabbins de France, partagent cette passion pour le ballon rond. Le judaïsme se rapporte-t-il au football dans une certaine mesure ?

Quelle est la raison profonde de cet engouement?

Vous savez d’où viennent ces phénomènes surprenants que l’on peut observer chez des personnes habituellement normales et posées ? Je veux dire les doigts qui se crispent, les conseils que l’on profère aux joueurs à travers l’écran lorsqu’ils ratent une action – sans aucune chance d’être entendus, les insultes envers l’arbitre quand il refuse un but injustement ou qu’il n’y avait pas penalty… enfin, ce genre de réactions qui ne manquent pas de vous échapper !

Alors, peut-être pouvons nous oser une petite métaphore kabbalistique pour éclairer ce phénomène, qui je l’espère, ne souffrira pas d’un hors jeu du livre – comme pourrait le décrier M. Seferovic.

Commençons par la composition des équipes. Le football est un sport qui se pratique à onze joueurs : dix de champ, plus un gardien.
Ce nombre se retrouve exactement dans les dix forces de l’âme : bonté (‘Hessed), rigueur (Guevoura), harmonie (Tiferet) etc.

Et à l’instar de l’animation du jeu, qui doit permettre la conjugaison des individualités pour créer un collectif, les dix forces de notre âme jouent en symbiose pour mettre en valeur notre propre talent.

L’objectif est de marquer des buts. Mais pour cela il faut mobiliser nos forces profondes et les faire jouer ensemble. C’est ainsi que la Michna, dans les Maximes de nos Pères (5, 20) nous enjoint: « Sois puissant comme le léopard, léger comme l’aigle, rapide comme la gazelle et fort comme le lion pour accomplir la volonté de ton Père dans les cieux. »
Autant dire qu’il faut savoir faire évoluer dans la même direction plusieurs aptitudes en vue de réaliser un but, partagé par tous.

Pourtant le football se pratique bien grâce aux onze joueurs de chaque équipe – sauf en cas d’expulsion – alors où se trouve le onzième joueur de notre vie ?

Nos Sages expliquent que lors du match interne qui se joue en nous, les dix forces de l’âme divine s’opposent aux dix forces du mauvais penchant. Il se créé ainsi une tension qui ne peut s’apaiser car le match peut basculer aussi bien d’un côté que de l’autre, sans aucune certitude quant à son dénouement. Or c’est là que surgit le secret du onzième partenaire – à savoir D.ieu – qui apporte Son aide supplémentaire au bon penchant. Comme l’énonce le Talmud dans le traité de Kidouchin (30 b) au nom de Rech Lakich : « Si D.ieu n’aidait pas (le bon penchant) il ne pourrait pas être victorieux ».

D’ailleurs, saviez-vous que l’un des titres que porte D.ieu est « le gardien des portes d’Israël ». Est-ce que cela signifie qu’il ne fait que protéger les cages ? Certainement pas, mais si nos dix forces de champ jouent bien ensemble pour contrer les attaques de l’adversaire, nous avons la garantie que même en cas d’infériorité dans le jeu, D.ieu S’engage à protéger le score.
Quelle sécurité pour une équipe que de pouvoir compter sur un gardien infaillible !

Arrêtons nous maintenant sur la promesse d’un match à grand spectacle… un de ces matchs où le suspens est à son comble, tant son issue est incertaine et l’enjeu est élevé. Un match amical est évidemment incomparable à un match de compétition. Une finale de Ligue des Champions ne peut se rater que lorsqu’elle tombe Chabbat…

Qu’en est-il de l’intérêt que vous portez sur votre match personnel ? A quel moment le trouvez-vous passionnant ?

La tension est indissociable de l’enjeu, et dans notre quotidien, les actions anodines se déroulent heureusement naturellement. Personne ne rentre le matin en se vantant : « Quel exploit ! Je viens de revenir de la boulangerie avec une baguette ». Tandis que lorsqu’il s’agit de réaliser une démarche importante dans votre vie, et particulièrement dans la vie spirituelle, cela fait naître toutes sortes d’émotions, de doutes ou d’appréhension. Et ces tensions nous tiraillent à l’intérieur, nous interpellent sur le bien-fondé de notre choix de vie. Aller à la synagogue est-il compatible avec mon caractère ? Comment l’observance du Chabbat rentre-t-elle en adéquation avec mon emploi du temps surchargé ? Comment décider de mettre les Tefilin chaque matin ? De choisir un mode d’alimentation en conformité avec les règles de la cacherout quand on est investi dans une société moderne ?

Qui pourrait se targuer d’être un excellent joueur de football tandis qu’il opposerait à son sélectionneur : « J’aime le foot, le ballon n’a pas de secret pour moi, mais désolé, la pression, ce n’est pas pour moi ! Je ne veux pas jouer de championnat ! » ?

C’est exactement ce qui peut se passer chez l’homme qui refuse d’évoluer et de monter de divisions dans la vie. Aller à la synagogue pour la première fois, réciter la bénédiction avant de manger ou assister à un cours de Torah, sont autant de choses qui peuvent susciter des hésitations et rencontrer une certaine adversité, mais ceci prouve l’importance de ce que vous vous apprêtez à faire, et que cette voie est justement la bonne. La satisfaction du dénouement est à la mesure de la tension qui se libère.

Sachez savourer et apprécier les matchs qui vous sont donnés de jouer et allez-y à fond. Parce qu’il n’y a pas de plus belle victoire que celle sur soi-même!

Bonne coupe du monde spirituelle.