Article de Ben-Dror Yemini.
Traduction et adaptation de l’Hébreu, Bruno J. Melki

C’était la première fois, à ma connaissance, que les fondateurs et PDG de l’ONG Breaking The Silence, Yehuda Shaul et Yuli Novak, ont accepté une confrontation publique.

Cette confrontation a eu lieu il y a quelques jours dans le cadre d’un forum d’officiers de réserve. Shaul a parlé de son expérience personnelle en tant que membre d’une famille religieuse venu à Hébron qui a dû se mesurer à une réalité difficile. Ça a été le moment crucial de sa prise de conscience.

Il a répété l’histoire des tirs de mitrailleuse lourde sur un quartier civil. Ensuite Novak a pris la parole. Elle a présenté les difficultés de son organisation. Elle a déclaré qu’aucun témoignage n’a jamais été réfuté et qu’ils n’ont jamais coopéré avec le BDS (mouvement de Boycott d’Israël).

J’ai été abasourdi.

Après cela, un colonel de réserve dont je n’ai pas reçu l’autorisation de publier le nom a pris la parole. Cet officier a commandé plusieurs unités de combat. Il a été commandant dans les parachutistes et aussi à la tête de l’unité combattante en place en Judée et Samarie.

Il a déclaré que les adeptes de « Breaking The Silence » sont comme un aveugle qui se heurte à un éléphant.

Lorsqu’ils touchent la trompe, ils sont persuadés d’avoir affaire à un serpent et lorsqu’ils heurtent le ventre de la bête, ils savent être devant un mur. La réalité est beaucoup plus compliquée à ses yeux et Breaking The Silence ne montrent qu’une image partielle de celle-ci, sans rapports aucuns avec ce qui se passe sur le terrain. Il a, lui aussi, réfuté le fameux témoignage des tirs à la mitrailleuse lourde sur la population civile.

Finalement arriva mon tour. Je n’ai pas lu de notes. Je parle en général sans feuilles sauf lorsque je cite des sources et que je dois être précis. Après moi, un général de réserve, membre du Parti travailliste de gauche, a attaqué « Breaking The Silence » avec des mots très secs. Je ne peux publier son nom sans son autorisation.
Je publie ici ce que j’ai dit après avoir été sollicité plusieurs fois par le public devant lequel ce débat a eu lieu.

Voici donc la reconstruction de ce que j’ai dit.

J’ai entendu Shaul et Novak. Je suis d’accord avec certaines choses. Je voudrais tout d’abord exprimer ma fierté de vivre dans un pays où existent des organisations civiles qui ont comme but le débat et la critique de notre société. Même si cette critique est sévère. Le problème est qu’il n’y a rien de commun entre le droit à la critique et les agissements de « Breaking The Silence ».

Je vais commencer par les témoignages. Je ne sais pas et je ne peux pas dire s’ils sont tous véridiques ou pas, je ne les ai pas tous vérifiés. Mais j’en ai vérifié quelques-uns. Les principaux et ceux qui viennent des témoins les plus importants de l’organisation.

Yehuda Shaul nous a raconté l’empoisonnement des eaux d’un village palestinien. Cette histoire est une pure invention. Il a su nous dire qu’un village a été évacué de ses habitants pendant des années mais c’est une fantaisie qui ne s’est jamais produite.

Pourtant le mal a été fait et il semblerait que là était l’intention première de ces fables.

Ces dernières ont été colportées jusqu’à l’assemblée générale de l’ONU où elles ont pris place dans le fameux discours d’Abou Mazen sur les puits empoisonnés. Abou Mazen est revenu sur son discours pour dire que ce n’était pas vrai. Je ne sais pas si Shaul lui, est revenu sur ses accusations.

Nadav Weiman a raconté l’arrestation d’un terroriste palestinien qui a servi de bouclier humain afin de se protéger en tant que soldats pendant une opération militaire. Non seulement les soldats de l’unité de Weiman ont témoigné que cette histoire était une pure invention, mais les détails racontés par Weiman lui-même réfutaient la version qui maintenait qu’un Palestinien a été utilisé en tant que bouclier humain.

Avner Gvaryahu a témoigné à l’ONU sur des actes de pillage de la part de soldats israéliens. Il est possible qu’il y ait eu quelques cas de pillages, mais Gvaryahu a donné l’impression que c’était une norme bien établie de l’armée Israélienne. Même les soldats de son unité ont dit que ce témoignage était un pur mensonge.

Pire encore, dans une visite organisée pour journalistes, diplomates et autres invités de l’étranger, il a dénoncé ces soldats de Tsahal qui tiraient à la mitrailleuse lourde sur la population civile, comme dans un jeu vidéo. Yehuda Shaul a répété cette histoire ici même. L’ONG a publié des témoignages de deux ou trois soldats à ce sujet.

L’officier supérieur qui a parlé avant moi et qui était commandant des forces contre lesquelles ces accusations sont portées, a déjà réfuté cette histoire et les soldats de son unité ont eux aussi démenti cette histoire. Mais j’ai vérifié moi aussi : au plus fort de l’intifada, en 2002, il y a eu des accrochages isolés avec des tirs de mitrailleuse vers le quartier d’Abu Sneineh à Hébron.

C’était en réponse à des tirs journaliers vers les quartiers juifs depuis ce même endroit. Ce n’était pas une routine. Ce n’était pas un jeu vidéo. Il n’y a eu aucune victime palestinienne mais Briser le Silence créent l’impression contraire, et décrivent explicitement des crimes de guerre.

Le même Gvaryahu a présenté à l’Université Columbia à New York une mosquée atteinte par des tirs Israéliens. Malheureusement pour lui, Jonathan Ace, un étudiant américain qui était soldat à l’époque, s’est levé et devant tous les auditeurs et a dit qu’il était présent pendant ces combats et que cette mosquée a été atteinte parce qu’elle abritait des terroristes qui leur tiraient dessus. Deux de ses amis ont été tués pendant ces combats. Gvaryahu est resté sans voix.

Continuons.

Din Issacharoff, le nouveau porte-parole de Breaking The Silence, vient de témoigner récemment qu’il a lui-même frappé un Palestinien menotté devant ses soldats. Ses compagnons d’unité, tous ou presque tous, ont affirmé qu’il mentait. Je lui ai parlé. Il m’a dit que je pourrais parler anonymement à quelqu’un pour confirmer cette histoire, mais ce n’est pas sérieux, lui ai je dit, il ne peut pas y avoir d’anonymat.

La liste est longue mais je pense que c’est suffisant. La chaîne de télévision Aroutz 10, qui ne cache pas sa sympathie pour cette organisation, n’a réussi à vérifier que deux des dix témoignages publiés par Breaking The Silence. Y a-t-il des exceptions ? J’en suis convaincu. Existe-t-il des sadiques dans l’armée ? Sans aucun doute. Est-ce que certains témoignages sont véridiques ? Là encore, nous pouvons l’affirmer sans vérifier.

Mais le problème est que les activistes de Breaking The Silence sillonnent le monde entier et créent l’impression que Tsahal est une armée de voyous et de sadiques.

Ce n’est pas moi qui dis cela. Noam Hayut a publié un article intitulé : « L’exception est celui qui ne veut pas tuer de civils ». Noam Hayut est l’un des trois membres du conseil d’administration de Breaking The Silence et le plus modéré des trois. Nous allons revenir sur les deux autres.

Je voudrais être clair. Lorsque Breaking The Silence a commencé ses activités, j’ai publié un article de soutien. Je ne sais pas s’il existe un « code moral des armes de guerre » – c’est un autre débat – mais je sais et nous savons tous qu’il y a des irrégularités, il y a des injustices et notre devoir est de les dévoiler afin de les réduire et de les éliminer. Et nous devons le faire même si Tsahal est l’armée qui a le taux le plus bas – je répète, le taux le plus bas – de victimes et de dégâts collatéraux en comparaison à n’importe quelle autre armée du monde dans des circonstances similaires.

Il y a un problème de base. Celui dans lequel nous contrôlons un autre peuple. Nous avons le droit, sinon le devoir, de mener une lutte politique pour changer cette situation. Mais pour arriver à nos fins, il n’est pas nécessaire de mentir. Pour mener cette lutte, il n’est pas nécessaire de dire que la plupart des soldats de Tsahal sont prêts à tuer des civils tout comme il n’y a pas lieu de créer l’impression que les soldats de Tsahal tirent à l’arme lourde sur des civils, comme dans un jeu vidéo.

À présent la question du BDS

Il y a quelque chose de grotesque à propos de cette question étant donné que les organismes qui supportent BDS soutiennent également Breaking The Silence. La liste est connue : le Misereor d’Allemagne, l’AECID d’Espagne, le TROCAIRE d’Irlande, l’ICCO des Pays-Bas, le Broedlerijk Delen de Belgique, l’organisme de George Soros, celui des frères Rockefeller, etc. Ceux qui soutiennent et transfèrent des fonds à Breaking The Silence, savent exactement ce qu’ils font. Ils soutiennent les intérêts de BDS. Les démentis à ce sujet sont quelque peu ridicules.

J’ai mentionné Noam Hayut, l’un des trois membres du conseil d’administration de Breaking The Silence mais il y en a encore deux : Miki Kratsman et Avi Mugrabi. Ces deux-là soutiennent les sanctions internationales contre Israël et leurs noms apparaissent au bas de pétitions anti-israéliennes à côté des noms de tous les partisans anti-sionistes d’extrême gauche. On nous dit ensuite qu’ils ne coopèrent pas avec le BDS.

Ce n’est pas tout. En remontant la hiérarchie de ce mouvement, nous trouvons aussi Nurit Peled Elchanan. Non contente de soutenir le boycott, c’est l’une des rares porte-parole sur lesquels on peut dire qui a franchi la ligne entre anti-sionisme et antisémitisme. Une seule citation d’elle suffit pour comprendre : « Toutes les qualités répugnantes que le monde antisémite attribue aux juifs existent chez les dirigeants de l’État d’Israël : la tromperie, la fraude, le meurtre d’enfants et l’appât du gain ». BDS n’est plus à sa mesure, elle est déjà profondément ancrée dans l’antisémitisme.

Nous pouvons continuer.

Breaking The Silence était en tournée en Irlande, avec une exposition de photos prises en Cisjordanie. Yehuda Shaul était le représentant de l’organisme. Cette visite a été parrainée par TROCAIRE, qui supporte le BDS. Après cette visite, le député irlandais Richard Boyd Barrett a pris la parole. Je ne sais pas à quoi ressemble un prêcheur antisémite du 16e siècle mais je sais à quoi il ressemble aujourd’hui. La vidéo est sur YouTube. Décommandée aux cœurs faibles : « Il n’y a pas deux côtés dans ce conflit » a déclaré Boyd, « il y a un régime terroriste d’apartheid, dont la cruauté meurtrière tue des innocents. Nous avons ici d’anciens soldats qui brisent le silence, nous devons lire leur livre (édité par Gvaryahu) afin de comprendre que tout ce que fait Israël est un crime intentionnel ».

En quoi, pour l’amour du ciel, cette propagande antisémite aide-t-elle la paix, la réconciliation et la compréhension entre les peuples ?

Je pense que tous ceux qui se trouvent sur ce plateau veulent la paix. Il existe certainement des divergences quant aux chemins à prendre mais il n’y a pas de désaccord quant à notre but. J’ai personnellement soutenu toutes les initiatives de paix déposées sur la table des pourparlers entre Israéliens et Palestiniens y compris celle des Saoudiens, mais sans le droit de retour, parce qu’il n’existe pas de tel droit.

En tout cas, la signification de ce droit dans notre contexte est équivalente à l’élimination d’Israël. Et je me pose une simple question : Quel est le rôle d’organismes comme Breaking The Silence dans le combat pour la paix ? Y contribuent-ils de quelques manières ? Renforcent-ils la diabolisation ou les chances de réconciliation ? Renforcent-ils les Palestiniens qui cherchent à arriver à un accord de paix ou plutôt le BDS qui ne veut pas de réconciliation ?

Je pense que la réponse est claire. Breaking The Silence n’est pas une aubaine pour la droite, mais une carte maîtresse pour l’extrême droite palestinienne et israélienne. Une perle rare, car Breaking The Silence intensifie les forces de rejet palestinien, ils attisent la discorde et transforment ce qui était autrefois le camp de la paix en un camp qui encourage la haine d’Israël.

Et je sais qu’il est possible de faire autrement. Prenez exemple sur l’initiative de Genève. Ils font exactement le contraire, ils ne lancent pas de campagnes internationales qui transforment les Israéliens en monstres, ils ne prétendent pas que les exceptions sont ceux qui ne veulent pas tuer de civils. Au contraire ! Ils rassemblent Israéliens et Palestiniens, particulièrement ceux de la classe moyenne, et montrent à chacun d’eux que ceux qui sont de l’autre côté ne sont pas des monstres, mais des êtres humains.

L’une des revendications les plus fascinantes de Breaking The Silence est qu’ils sont allés à l’étranger parce qu’ils n’avaient pas le droit de parler ici. La vérité est toute à l’opposé. Dès que leur propagande dans le monde a commencé à prendre une ampleur et un impact international, la critique en Israël s’est intensifiée. Dès que cette organisation a commencé à recevoir le soutien des mouvements et organisations qui soutiennent le BDS, ils ne devaient plus s’attendre à être reçus avec des bouquets de fleurs. Je suis contre Breaking The Silence parce que je suis contre toute diabolisation, je suis contre les racistes à droite qui transforment tous les Arabes en monstres et je suis contre les « activistes de la paix » qui transforment les Israéliens en monstres. Je suis contre Breaking The Silence car je vote pour l’humanisation, et l’humanisation est l’opposé de la diabolisation. Je suis contre Breaking The Silence parce que je suis pour la paix.