C’était un vendredi 13, et il restera marqué du sceau de la tragédie : 128 morts comptabilisés au début de ce samedi après-midi, sans doute beaucoup plus car des dizaines de blessés, sur un total d’environ 300, sont dans un état critique : jamais la France n’aura été victime d’une telle barbarie depuis la Libération.

Paris donne aux rares promeneurs l’image d’une ville morte, les écoles, lieux culturels, grands magasins sont fermés. Et, sous le ciel gris de novembre, commencent trois jours de deuil national et une période indéterminée « d’état d’urgence ».

Nous sommes en guerre, mais beaucoup le disaient déjà

Premier constat, oui « nous sommes en guerre » : mais ce n’est pas un scoop pour tous ceux qui travaillent dans le domaine de la sécurité nationale, police, armée, DGSI.

Il y a deux semaines, lors de la Convention Nationale du CRIF dont le titre – prémonitoire – était « Que faire de l’après Charlie ? » – le mot avait été prononcé par des journalistes, députés, experts. Thibault de Montbrial, avocat pénaliste et spécialiste du terrorisme, nous avait parlé de la propagande du Daech, et il avait révélé que les militaires faisaient, eux aussi, de la veille sur Internet.

Clairement, les effectifs sont insuffisants, et ce terrible bilan montre que l’on a été totalement aveugle avant ce massacre, si bien préparé et organisé. Au sujet de ce problème, critique, des effectifs, on pourra lire mon article « Face au Djihad, combien de divisions pour résister ? », publié au début de l’année sur mon blog du « Times of Israël ».

Un changement d’échelle dans l’horreur

Deuxième constat, on est passé hier à Paris à une « échelle » qui est celle des grands attentats au Moyen-Orient : kamikazes, voitures piégés, attaques à l’arme automatique, ces « modes opératoires » ont laissé depuis une dizaine d’années des bilans épouvantables, cent morts à Ankara il y a quelques semaines, des centaines régulièrement sur les pavés de Bagdad ou ailleurs en Irak, une cinquantaine à Beyrouth avant-hier.

Cela sans oublier la quarantaine de malheureux touristes assassinés cet été sur une plage de Sousse, ou les 224 tués du crash de l’avion russe, du probablement à un attentat. On approchera quantitativement du bilan effroyable (191 tués) des attentats à la Gare d’Atocha à Madrid, en 2004 ; attentats menés par Al-Qaïda « canal historique » d’où est issu l’horrible Daech qui nous a déclaré la guerre.

L’exemple américain après le 11 septembre

Troisième constat, l’établissement de « l’état d’urgence » doit permettre maintenant de taper un grand coup « dans la fourmilière ». Au risque de choquer certaines et certains, je rappellerai que les USA sont arrivés à limiter au maximum les risques après le 11 septembre.

Pour cela, ils ont utilisé des méthodes musclées qui ont eu leur effet : alors, si demain on ouvre une sorte de Guantanamo où on interne, d’office et tant que cette guerre se poursuivra – et cela peut être long – tous les suspects « fiche S », on évitera sans doutes d’autres carnages car sinon, à quoi servent ces fiches ? On a appris d’ailleurs dès aujourd’hui, qu’était connu de la police l’un des auteurs du carnage, qui s’était fait exploser mais dont on a trouvé l’ADN par un morceau de doigt.

La répression du complotisme s’impose aussi

Quatrième constat, l’état d’urgence permettra également, je l’espère : 1) De perquisitionner toutes les caves, garages, appartements dans les « cités sensibles » ou ailleurs, là où sont entreposées les armes des futures tueries 2) De faire taire les complotistes qui, déjà sur le Web et sur les réseaux sociaux en particulier, nous resservent les théories fumeuses mettant en cause nos services secrets, le Mossad ou la CIA.

En temps de guerre, on coffre la cinquième colonne, alors qu’on s’occupe de ces malfaisants que la police connait ! Réflexion personnelle aussi, on attend de Facebook – dont la direction France est fière, à juste titre, de l’application « Attaques terroristes à Paris » qui a permis de rassurer amis et proches en cette nuit d’épouvante – de supprimer les comptes de ceux qui sapent le moral, divisent la population et inventent des ennemis imaginaires.

La République islamique d’Iran n’est pas notre alliée

Cinquième constat, un peu décalé par rapport aux précédents. Suite à cette tragédie, le président Rouhani annule sa visite à Paris, et je m’en réjouis. Tout le monde a oublié – ou fait semblant d’oublier – que le diable islamiste est sorti de sa bouteille avec la révolution iranienne de 1979 ; tout le monde a oublié, ou fait semblant d’oublier, que les premières tueries utilisant des kamikazes ont été celles du Hezbollah, à Beyrouth en 1983.

Alors, que beaucoup jugent naturel de reprendre un commerce juteux avec un État qui menace quotidiennement d’en détruire un autre, c’est leur affaire : mais au final, la France comme Israël, comme les autres démocraties, sont ou seront tous en guerre contre l’islamisme radical, qu’il soit sunnite ou chiite ; et nos ami(e)s musulmans dans cette guerre qui nous est déclarée, sont les démocrates qui s’opposent au deux à la fois.

Il faut rester fermes là-dessus, alors que les propagandes iranienne et syrienne pro-Assad – mais elle travaillent de concert – sont subtiles, et ont beaucoup de relais dans notre pays.

Il suffisait d’entendre Marine Le Pen dans sa première déclaration après les attentats : elle avait des propos certes convaincants lorsqu’elle dénonçait le fondamentalisme islamiste et les pays hypocrites qui l’alimentent ; mais elle fut aussi bien hypocrite, nous proposant – sans le dire – un renversement d’alliances au profit de la République Islamique d’Iran.