En ce jour des fêtes de Pessah c’est avec beaucoup de tristesse que mon regard de jeune maman se pose sur cette élection présidentielle.

Issue d’une famille juive traditionaliste, où les valeurs du judaïsme se sont parfaitement mêlées à celles de la République, je vois aujourd’hui ces valeurs remises en cause au fil des jours avec peur.

J’ai aussi grandi avec un amour profond pour Israël, ce pays dont on rêve, dont on est fier devant les valeurs universelles qu’il défend et impose à sa société comme à ses dirigeants.

Ma fierté pour ces valeurs m’a même poussée, après mes études, à les défendre à l’échelle européenne en prenant la direction de l’Union des Etudiants Juifs Européens. Durant ces trois années, à coups de discours à l’ONU, de chasses aux nazis et de défense de nos intérêts au sein du Parlement européen, j’ai eu la chance de rencontrer des juifs du monde entier avec qui je ne partageais rien d’autre que ces valeurs millénaires qui nous rendaient si proches.

Nous défendions avec ferveur ce petit pays, seul fief démocratique de sa région, au sein duquel ses dirigeants corrompus n’ont pas d’immunités, où ses soldats n’ont qu’une vingtaine d’années et la tête pleine de rêves. Ce pays dont le respect des règles ne laisse pas de place aux dérapages.

Ce pays petit en taille mais si grand en créativité, en soif de vie, de paix et de démocratie. Mais ce si petit pays qui court souvent un si grand danger.

Ce soir, je me demande comment ce danger a pu prendre le dessus sur nos valeurs pour nombre des membres de notre communauté ?

Comment beaucoup d’entre nous peuvent-ils aujourd’hui voter, pour les élections en France, pour celui qui leur fait croire qu’il est le rempart aux ennemis d’Israel, au mépris de ces valeurs qui font l’essence même de notre peuple ?

Comment pouvons-nous, nous juifs, être prêts à voter pour un homme dont la moralité et l’honnêteté sont remise en question pour, soi disant, défendre la sécurité d’Israel, alors que dans ce pays dont nous sommes si fiers, un président peut être mis en prison ?

Si je ne remets pas en cause la présomption d’innocence je n’oublie pas le doute qui pèse, et le message que cela diffuse.

Qu’a donc fait cet homme durant ces 5 années en tant que Premier ministre, qui vous fasse oublier les principes fondamentaux qui nous portent depuis 5 000 ans ?

N’est-ce pas lui justement qui a jugé inutile d’appliquer le deuil national après que des enfants juifs et un adulte, ainsi que 2 soldats, ont été tués sur le territoire français ? N’est-ce pas lui qui, ce faisant, a balayé d’un revers de la main notre souffrance, notre chagrin ?

Comment pouvons-nous alors croire que cet homme défendra davantage Israël qu’un autre alors que nous étions des citoyens de seconde zone sous son gouvernement ?

Comment pouvons-nous encore faire la sourde oreille lorsque nos « médias » communautaires déclarent que Mr Ferrand soutient le BDS, alors que sa donation ne concerne qu’une école dans une ville jumelée à la sienne, et omet de préciser qu’au moins deux membres de la campagne de François Fillon, les députés Poniatowski et Retzer, sont des fervents militants de la reconnaissance de la Palestine par l’Assemblée Nationale ?

Je rêve d’une France du futur, une France ouverte sur l’Europe et le Monde, dans laquelle on dit NON aux pratiques d’un autre temps par un vote sanction. Une France dans laquelle on ne met pas un homme mis en examen au sommet de l’Etat.

Je rêve d’une France européenne plutôt que de « la France des paysans, des sans-culottes, des châteaux et des cathédrales ». Parce que j’ai ces rêves je voterai pour celui qui les incarne, qui dépasse les clivages et a su réveiller ma jeunesse désintéressée d’une politique dépassée et représente cette soif d’Europe et de modernité.

Au nom de ces rêves, je ne braderai pas les valeurs de mon judaïsme.

En ce jour qui fête notre délivrance de l’esclavage, j’espère que nos valeurs millénaires m’éviterons de devoir choisir au second tour entre révisionnisme et immoralité.