Zemmour : « Faux messie » ou « Homme providentiel »

Eric Zemmour lors d'une réunion pour promouvoir son dernier livre "La France n'a pas dit son dernier mot" à Versailles, dans l'ouest de Paris, mardi, 19 octobre 2021. (Photo AP/Michel Euler)
Eric Zemmour lors d'une réunion pour promouvoir son dernier livre "La France n'a pas dit son dernier mot" à Versailles, dans l'ouest de Paris, mardi, 19 octobre 2021. (Photo AP/Michel Euler)

Les déclarations extrémistes d’Éric Zemmour, à propos des Juifs de France, ne sont pas anodines. Issu d’une famille juive traditionaliste, il a fait toute sa scolarité dans des écoles juives. Il ne croît pas vraiment à ses aberrations. Il ne les utilise que pour des fins électorales. Il ne s’agit pas de dérapages. Il s’agit bel et bien d’une stratégie structurée et bien élaborée. Elle consiste à séduire les Français de souche, la France profonde. En se comportant comme « le Juif du Goy », il accomplit la prophétie d’Isaïe (47.1.) comme d’un sens qui a cours aujourd’hui : « Tes fils accourent, tes destructeurs et tes dévastateurs sortiront de ton sein. »

Zemmour cible essentiellement la population française d’origine arabo-musulmane et sa religion. Il ne distingue pas l’Islam de l’Islamisme radical. Il pense que tous les musulmans cultivent un séparatisme culturel et soutiennent le djihad. Certes, Zemmour décrit des faits sociétaux réels. Son extrémisme qui surpasse celui du Rassemblement national ne fait qu’ajouter de l’huile sur le feu. Ses solutions sont démagogiques puisqu’elles ne sont pas réalisables, même s’il accédait pouvoir.

Selon Zemmour les enfants assassinés par le terroriste Mohamed Merah, parce que Juifs, ne sont pas français puisqu’ils ont été enterrés en Israël. Pourtant, ils sont nés, de même que leurs parents, sur le sol de France. Une déclaration abjecte, qui contredit le principe même de la laïcité, celui que Zemmour défend, corps et âme, qui prône la liberté de conscience – celle de manifester des croyances ou des convictions dans les limites du respect des lois de la République.

Depuis la destruction du Second Temple, les Juifs pieux, de toutes les diasporas, récitent « l’an prochain à Jérusalem ». Lorsqu’ils n’arrivent pas à accomplir ce vœu dans leur vivant, ils aspirent, eux-mêmes ou leurs proches, à y reposer en paix pour attendre la venue du Messie. Même si je ne crois pas à la résurrection, je respecte absolument cette pratique qui ne nuit pas à l’ordre public.

Tous ces dérapages font partie de son programme. Il prône la défense du maréchal Pétain, voire sa réhabilitation, concernant la déportation et les rafles des juifs de France pendant la seconde Guerre mondiale. Il ne respecte pas la mémoire des victimes et les sentiments des survivants et de leurs proches.

Et pour enfoncer le clou, Zemmour surenchérit, en évoquant l’affaire Dreyfus. Il refait l’histoire en semant le doute sur son innocence. Encore, une mémoire d’un Juif salie par un autre Juif pour des intérêts personnels. Apparemment, Zemmour a décidé de suivre l’adage attribué à Nicolas Machiavel : « la fin justifie les moyens ». Et comme a ajouté Albert Camus : « Qui justifiera la fin ? ».

Beaucoup pensent que quoi qu’il en soit, Zemmour a le mérite d’être celui qui ose soulever la question de l’immigration sans langue de bois et de l’imposer comme thème central de  la campagne présidentielle. Nul ne peut nier ce fait. Mais, à quel prix ? Une expression des Maximes des pères dit : « Son bénéfice s’est révélé perdant ». Nous payons un prix exorbitant, sans commune mesure avec les « bénéfices » supposés de sa démarche, la fracture qu’inflige Zemmour à la société française, et surtout l’emballement de la haine des Juifs. Il ne propose aucune politique réformatrice. Il est uniquement dans la destruction : celle de l’Union européenne, celle de l’intégration migratoire, celle de l’inclusion…

La stratégie de Zemmour se révèle de jour en jour de plus en plus perverse. Son succès dans les sondages ne serait qu’un avertissement des électeurs désirant exprimer leur ras le bol. Ils ne seraient pas dupes. A la veille du scrutin, ils se ressaisiront. Il sera alors du devoir du président élu de prendre à bras le corps, en priorité, les problèmes sociétaux dans un esprit de fraternité.

Zemmour excelle dans son rôle de polémiste. Il est brillant et sait exprimer ses idées comme le ferait un sociologue érudit. Malheureusement, depuis que le virus de la politique politicienne l’a infecté et que les médias lui ont dressé un piédestal, il confond la réalité et le fantasme. Il se voit désormais homme providentiel alors qu’il n’est qu’un faux messie des temps modernes.

à propos de l'auteur
Mickaël Parienté, éditeur franco-israélien, a conçu et dirigé à Paris de nombreux projets culturels, en particulier : une galerie d’art israélien moderne, un club littéraire et artistique autour du judaïsme contemporain et une librairie-café méditerranéenne. Auteur d’une thèse de doctorat socio-littéraire sur la littérature israélienne, traduite et publiée en français, depuis la création d’Israël (1948) jusqu’à nos jours, il a publié deux bibliographies : "2000 titres à thème juif - 1420 biographies d’auteurs", préfacée par Emmanuel Le Roy Ladurie, éd. Stavit, "Paris 1998 ; Littératures d’Israël", éd. Stavit, Paris 2003. Auteur bilingue, il a publié : "L'Autre Parnasse", roman paru en hébreu et en français en 2011, en anglais et en espagnol en 2013, éd. StavNet ; "A l'Ombre des Murailles - souvenirs d'enfance du mellah de Meknès, Maroc", paru en hébreu et en français en 2015, ed. StavNet. Mickael Pariente publie régulièrement des articles d'opinion dans la presse israélienne : Le Haaretz, Jérusalem Post, Ynet, Itonout... et en France, Libération, Le Monde...
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