Zemmour conforte la radicalisation des Juifs français

Eric Zemmour, candidat d'extrême droite à l'élection présidentielle française de 2022 visitant un vignoble et rencontrant des partisans locaux à Husseren-les-châteaux, dans l'est de la France, le samedi 18 décembre 2021. Le premier tour de l'élection présidentielle française de 2022 aura lieu le 10 avril 2022 et second tour le 24 avril 2022. (AP Photo/Jean-Francois Badias)
Eric Zemmour, candidat d'extrême droite à l'élection présidentielle française de 2022 visitant un vignoble et rencontrant des partisans locaux à Husseren-les-châteaux, dans l'est de la France, le samedi 18 décembre 2021. Le premier tour de l'élection présidentielle française de 2022 aura lieu le 10 avril 2022 et second tour le 24 avril 2022. (AP Photo/Jean-Francois Badias)

L’apparition d’Éric Zemmour dans le paysage politique a conforté les Juifs français et israéliens dans la justesse de leur choix nationaliste, voire extrémiste. Il est difficile de comprendre que des Juifs puissent trouver des arguments positifs auprès d’un homme politique dont la haine de l’Arabe et des islamistes est sa seule argumentation. Il donne l’impression d’être complexé par son origine nord-africaine au point de devenir un Juif honteux.

Il existe certainement de nombreux griefs à l’égard de la politique étrangère française, télécommandée en partie par le Quai d’Orsay, mais cela ne justifie pas qu’on se lance à corps perdu dans les bras de nationalistes qui masquent leur antisémitisme à travers le combat contre l’islamisme, certes légitime mais très réducteur. Il est donc difficile de comprendre la motivation d’une frange importante de Français d’Israël, en majorité acquis aux thèses d’extrême-droite et racistes de Ben Gvir, de Smotrich et consorts, soutiens affirmés de Zemmour.

Certes les Francophones sont habitués en Israël à suivre aveuglément les directives de gourous israéliens d’extrême-droite ou de religieux orthodoxes dont la haine à l’égard des Palestiniens est poussée au paroxysme, d’où l’amalgame entre Arabes, Palestiniens et islamistes. Certains ne font pas dans la demi-mesure comme le rabbin Dov Lior qui a exprimé ouvertement sa haine : «les attentats de Paris étaient mérités en raison de ce que les Européens ont fait aux Juifs il y a 70 ans». Ce sentiment s’est répandu en France, facilité en cela par la haine anti arabe véhiculée par de nombreux originaires d’Afrique du Nord pour qui le racisme n’a d’égal que l’inculture politique.

Tout est parti de la rupture avec la France qui ne date pas de ces dernières années et qui s’est amplifiée au fil des votes négatifs à l’ONU. La rupture avait été entamée avec l’embargo sur les armes décrété en 1967 par le Général de Gaulle, au moment le plus crucial de son existence. Puis elle s’est exprimée avec le soutien affiché de Jacques Chirac au régime de Saddam Hussein. Le président de la République avait alors estimé que l’intérêt mercantile pour un pays qu’on armait en échange de son pétrole ne commandait pas la position de la France. Il pensait en fait que, sur le plan stratégique, l’Irak représentait le seul pays laïc de la région dont la chute entraînerait certainement un vide inexorablement comblé par les extrémistes chiites. Il avait vu juste puisque ce fut le cas ; l’élimination du dictateur, sans préparer sa relève, a été une catastrophe pour toute la région.

En ce temps-là, la France avait été accusée d’offrir aux Irakiens l’arme nucléaire avec la construction d’un réacteur à Osirak qui fut d’abord partiellement détruit par un raid de l’armée israélienne le 7 juin 1981, puis à nouveau, par l’armée américaine en 1991, lors de la guerre du Golfe. Enfin l’esclandre prémédité de Jacques Chirac lors de sa visite à Jérusalem le 22 octobre 1996 avait fini par acter la rupture.

Plus tard, lors d’un même voyage en Israël le 22 janvier 2020, alors qu’il visitait la vieille ville de Jérusalem, Emmanuel Macron s’était violemment heurté aux services de sécurité israéliens censés le protéger. Son attitude avait été jugée brutale et provocatrice ce qui avait indisposé les franco-israéliens. Les votes incompréhensibles à l’ONU où la France s’était distinguée en ne votant pas comme l’Europe mais contre Israël, ont conforté les Israéliens à soutenir le Juif qui veut éliminer les musulmans du sol européen.

Tous ces événements ont réussi à donner une image négative de la France auprès des Juifs. Elle a été exploitée à outrance par les leaders juifs messianiques qui ont trouvé là un argument pour pousser les Juifs de France à quitter la France en leur proposant des territoires «disputés» où ils pouvaient exprimer concrètement leur haine de l’Arabe. Il s’agissait d’un bon moyen de créer une situation de non-retour pour des familles dont le départ, mal préparé, devait être définitif et dont l’arrivée avait pour but de gonfler les troupes des nationalistes extrémistes israéliens qui n’ont pas le sens de la mesure et le sens de la réalité au point de vouer la France aux gémonies.

Zemmour exploite un terrain favorable car les franco-israéliens se sont radicalisés à l’extrême-droite de l’échiquier politique au point même de se compromettre avec le RN et à présent avec un nouvel homme politique dont la seule argumentation est de prôner une idéologie qui exècre le monde musulman. Ils ont voulu ignorer son rôle provocateur consistant à répandre ses fausses informations sur le rôle du gouvernement de Vichy, qui a «protégé les Juifs français et a donné les Juifs étrangers». Ils n’écoutent que ses idées axées sur l’immigration et l’islam et sa vantardise d’être un «petit juif berbère venu de l’autre côté de la Méditerranée» sans remarquer que ses commentaires distillés sur l’histoire juive étaient offensants et faux. Zemmour a été jusqu’à déclarer que les musulmans «colonisaient» les quartiers français et que l’islam était une religion de «terrorisme».

Heureusement des Juifs dignes se distinguent de cet «historien du dimanche» parce qu’ils se sentent offensés et inquiétés quand il cherche à réécrire l’Histoire juive française à sa façon, en présentant Philippe Pétain comme le sauveur des Juifs français pendant l’occupation nazie et en feignant d’ignorer que sur les 76.000 Juifs de France déportés, 24.000 étaient de nationalité française. Si la France a perdu moins de population juive, contrairement aux autres pays d’Europe, elle ne le doit pas à Pétain mais à l’existence d’une zone libre et à la solidarité de la Résistance à leur égard.

Paxton a déclaré que «la législation de Vichy visait tous les Juifs, sans exception», tandis que l’historien français Laurent Joly a affirmé que «la politique de Vichy consistait à collaborer et à mener une politique antisémite qui visait à se débarrasser d’autant de Juifs indésirables que possible». Pire comportement pour Zemmour, sous prétexte qu’ils ont été enterrés en Israël, les enfants juifs Arié et Gabriel Sandler, et Myriam Monsonego, assassinés en 2012 à Toulouse par Mohammed Merah, étaient «avant tout des étrangers et désireux de le rester au-delà de la mort».

Les Juifs français mettent des œillères face à ces réalités. Ils ne se rendent pas compte que Zemmour essaie de manipuler l’Histoire pour ses propres besoins politiques et que son idéologie d’extrême-droite prime sur l’histoire antisémite. Les franco-israéliens doivent réfléchir avant de mettre leur bulletin dans l’isoloir.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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