Yossi Cohen, chef du Mossad, successeur putatif

Yossi Cohen, le chef du Mossad israélien assistant aux célébrations du jour de l'Indépendance des États-Unis à la résidence de l'ambassadeur en Israël, David Friedman, à Herzilya Pituah, en Israël, le lundi 3 juillet 2017 (Heidi Levine, Pool via AP).
Yossi Cohen, le chef du Mossad israélien assistant aux célébrations du jour de l'Indépendance des États-Unis à la résidence de l'ambassadeur en Israël, David Friedman, à Herzilya Pituah, en Israël, le lundi 3 juillet 2017 (Heidi Levine, Pool via AP).

Le James Bond israélien, au physique d’acteur de cinéma, né en 1961 à Jérusalem d’une famille religieuse, habite Modiïn à 35kms de Tel-Aviv. Après avoir milité au sein de l’organisation de jeunes religieux du Bné Akiva, il a étudié à la Yeshiva (école talmudique) Or Etzion, de tendance orthodoxe, mais il ne porte pas la kippa en permanence.

Son père, Léo, vétéran de l’Irgoun, l’une des organisations clandestines paramilitaires sionistes avant l’établissement de l’État d’Israël, fait partie de la septième génération  de Juifs en Palestine ottomane puis en Israël. Il descendait d’une des familles fondatrices du quartier Mea Shearim de Jérusalem. Il a occupé un poste de direction à la Bank Mizrahi tandis que sa mère Mina, Sabra de septième génération, née dans une famille juive enracinée à Hébron, était enseignante puis directrice d’école.

Yossi Cohen est véritablement un maître espion, nommé chef-adjoint du Mossad par Tamir Pardo en mai 2011. Il avait rejoint le Mossad en 1983 après son service militaire comme pilote de chasse et chef des renseignements de l’armée de l’air. Il a occupé le poste de conseiller à la sécurité nationale (NSC) en août 2013.

Le Conseil israélien de sécurité nationale (HaMo’atzah leBitachon leOmi) est l’organe central d’Israël pour la coordination, l’intégration, l’analyse et la surveillance dans le domaine de la sécurité nationale dépendant directement du Premier ministre. C’est un organisme consultatif car les décisions sécuritaires sont prises au niveau du Cabinet de sécurité des principaux ministres.

Yossi Cohen, nommé en 2016 à la direction de « l’Agence« , est un expert vétéran du Mossad qui, durant une trentaine d’années, a beaucoup voyagé. Il fut un espion de terrain, toujours en mouvement, au point de devenir le spécialiste des cas difficiles. Il était connu à l’Institut sous le sobriquet de «Monsieur Y» ou plutôt Yod (la lettre hébraïque) mais aussi comme le «mannequin» eu égard à son physique de jeune premier. Ses activités à l’étranger consistaient à recruter de nombreux agents pour le Moyen-Orient, l’Europe, l’Afrique et l’Asie du Sud, en appliquant la devise du Mossad : «Par la tromperie, la guerre mèneras».

Il a dirigé, de 2006 à 2011, ce qu’on pourrait appeler le département des ressources humaines à l’étranger, le département Tzomet (Carrefour) qui met l’accent sur le recrutement et la manipulation d’agents et d’informateurs. Dans cette fonction il a été chargé du recrutement des Katsas, les quelques dizaines d’officiers affectés à des opérations spéciales et aux techniques de recrutement d’espions envoyés dans un pays arabe ou musulman, avec une couverture, pour recueillir des informations synthétiques et pour recruter des Arabes rémunérés avec une indemnité de 3.000 à 5.000 dollars par mois.

Yossi Cohen a été éduqué dans l’art de traiter les affaires par le secret. Avec lui, le Mossad n’était pas uniquement une agence de renseignements mais une annexe du ministère des affaires étrangères, avec l’Iran comme secteur clé. C’est un proche de Netanyahou et c’est pour cela qu’il a été choisi.

Le Premier ministre continue ainsi à verrouiller tous les organismes sécuritaires pour mettre des gens à lui aux postes les plus sensibles. Pur hasard ou volonté de satisfaire les sionistes religieux ou les orthodoxes de sa coalition gouvernementale, de nombreux chefs sécuritaires sont des religieux pratiquants, préférés à d’autres candidats laïcs de même compétence et de même qualité.

En l’absence de ministre des Affaires Etrangères, lorsque le Premier ministre cumulait cette fonction, le chef du Mossad a inspiré la politique étrangère israélienne. Dans son précédent poste au conseil israélien de sécurité, il a beaucoup secondé Netanyahou en étant son émissaire, d’abord auprès des alliés occidentaux mais surtout auprès des pays avec lesquels Israël n’entretient pas de relations diplomatiques, aidé en cela par une connaissance parfaite de l’anglais et de l’arabe.

En effet, la diplomatie israélienne se fait de plus en plus dans le secret des antichambres royales. Yossi Cohen est très introduit auprès des pays arabes qui partagent ses inquiétudes sur un Iran nucléaire. Avec lui, le Mossad a fait évolué son activité exclusive de recherche de renseignements en se chargeant des approches avec les pays arabes et musulmans, frileux quant à accepter des relations officielles.

C’est pourquoi, pour ne pas brusquer ces pays hésitants, Netanyahou a contourné le ministère des affaires étrangères et a préféré utiliser Yossi Cohen, à l’aise dans ses contacts, pour préparer des alliances de convenance et de circonstance avec des capitales arabes, sans chercher à ouvrir des ambassades de manière prématurée. Très récemment, c’est Yossi Cohen qui a été envoyé auprès du roi Abdallah de Jordanie pour le rassurer sur les conséquences réelles de l’annexion de la Cisjordanie.

Yossi Cohen est un habitué des palais des monarques et des émirs arabes. Mais contrairement à ses prédécesseurs, il ne s’est pas intégré dans les négociations avec les Palestiniens car pour l’instant il n’y voit aucun avenir. En revanche il a fait de l’Iran son objectif principal, se distinguant de tous ses collègues sécuritaires en soutenant la stratégie de Netanyahou contre l’accord nucléaire, n’excluant pas l’usage de la force.

Tous les chefs militaires et sécuritaires israéliens s’étaient jusqu’à présent prononcé ouvertement contre toute frappe contre les installations nucléaires iraniennes. Ils estimaient que Benjamin Netanyahou avait volontairement exagéré la menace iranienne.

Yossi Cohen est perçu comme un dur capable de modifier la stratégie israélienne vis-à-vis de l’Iran. Il s’appuie en effet sur l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Bahreïn, le Maroc et le Koweït, à majorité sunnite, qui ont un intérêt commun avec Israël face à un Iran nucléaire. Il a déjà parcouru l’ensemble des capitales occidentales pour diffuser la bonne parole du gouvernement israélien. Il a toujours montré sa loyauté envers ses dirigeants politiques.

Fort d’un appui acquis de la part de pays arabes «modérés», qui sont prêts à aider Israël à éradiquer le danger nucléaire iranien, Yossi Cohen a fait de l’Iran son cheval de bataille en tant qu’expert. Sa tâche lui est facilitée par la confiance personnelle que lui voue le premier ministre.

Il a placé le Mossad en première ligne pour contrer «le sombre islam radical» selon les termes de Netanyahou, afin d’assurer la sécurité nationale d’Israël. L’État juif fait face à de nombreuses menaces venant du Hezbollah libanais, de Daesh en Syrie et en Irak, d’Iran et depuis quelques temps de l’Afrique qui est devenue une source de ravitaillement en armes pour le Hamas, le djihad islamique et les terroristes du Sinaï.

Pour faire face à ces défis, Netanyahou avait besoin d’un homme avec des talents à plusieurs facettes, connaissant les hommes et la cybernétique, rompu aux techniques du renseignement mais surtout expert en infiltrations d’agents capables de travailler sous des fausses identités à l’étranger. Il a réformé le Mossad pour l’ajuster aux défis actuels car les ennemis d’Israël font des progrès dans les techniques les plus sophistiquées. Mais il ne perd pas de vue que l’Institut peut certes susciter la guerre mais aussi favoriser la paix.

Cohen a intensifié les opérations contre des cibles terroristes, des chefs politiques ou des savants nucléaires travaillant contre Israël. Il dispose des compétences militaires, diplomatiques et sécuritaires lui donnant une expertise en cas d’option militaire contre l’Iran, bien sûr si le pouvoir politique le décidait.

Il a crapahuté sur le terrain et dispose donc d’un capital charismatique auprès de ses collègues et des dirigeants israéliens qui n’ont trouvé qu’à jalouser son visage de «mannequin», ses cravates et ses beaux costumes. Mais ils reconnaissent son esprit fonceur et ses méthodes agressives, sinon directes, déjà appliquées sur le terrain.

Il a les mains libres pour prendre des décisions rapides, risquées et solitaires dans l’intérêt de l’État en limitant au mieux les vies humaines. Il est d’un grand conseil auprès du gouvernement dans le choix d’une politique géostratégique, peut-être aventureuse militairement.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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