Yom Hazikaron symbolise le prix de la liberté pour Israël

Des familles israéliennes, des amis ainsi que des camarades d'armes rendent hommage aux soldats tombés, au cimetière militaire du mont Herzl le 26 avril 2020. Photo d'Olivier Fitoussi / Flash90.
Des familles israéliennes, des amis ainsi que des camarades d'armes rendent hommage aux soldats tombés, au cimetière militaire du mont Herzl le 26 avril 2020. Photo d'Olivier Fitoussi / Flash90.

Yom Hazikaron, le Jour du Souvenir, symbolise le prix de la liberté acquise par le peuple juif, en hommage aux 23.816 soldats de Tsahal tombés au champ d’honneur depuis la création de l’État à ce jour du 28 avril 2020.

La joie de la victoire de l’indépendance est toujours précédée par un jour de deuil pour glorifier le sacrifice des jeunes, pour sanctifier leur mémoire, et pour pleurer leur disparition avant de chanter, de rire et de danser.

Mais cette journée illustre surtout le courage des jeunes juifs du monde qui quittent leur pays natal pour s’engager dans les forces de Tsahal alors que rien ne les y oblige. Ils abandonnent leurs parents, leurs études et leurs amis pour partager le quotidien israélien de la guerre avec son lot de larmes, de sang et de désespoir. Pourtant ils n’ont pas été découragés par les énumérations insoutenables des noms des soldats morts au combat, tous les ans, pour la même occasion.

Le peuple juif, toujours contesté et en danger d’existence de mort, a besoin des jeunes Israéliens pour défendre le pays et surtout du «Hayal Boded», militaire isolé engagé volontaire loin de sa famille, parce qu’il personnifie le don de soi pour la patrie juive. Certains les qualifient d’illuminés car ils choisissent de s’engager au combat alors que souvent ils n’ont jamais manié d’armes. Ils voulaient être sur place parce qu’ils avaient décidé de mettre leurs convictions en accord avec leurs actes. En quittant la Diaspora, ils voulaient prouver que leur idéal vibrait dorénavant dans le pays où ils pouvaient vivre leur sionisme avec leurs tripes.

Ils voulaient se battre réellement, régler un compte avec leur conscience, et de préférence dans les unités d’élites. Ils voulaient faire les dizaines de kilomètres quotidiens avec leur barda de 30 kg sur le dos, sans oublier parfois de glisser dans la poche leurs tefillins, les lanières de prière.

Ils voulaient se poster en embuscade des nuits durant, tapis derrière un buisson, pour intercepter les terroristes cherchant à s’infiltrer en drainant avec eux la haine, la violence et la mort. Ils étaient volontaires dans les commandos qui traversent les frontières pour mieux espionner chez eux, en Syrie ou au Liban, les hordes barbares qui veulent éradiquer l’État juif. Il fallait prouver que les Juifs de Diaspora ne sont pas des bras cassés. Ils réconfortaient leurs mères au tempérament trop juif en leur faisant croire qu’ils se doraient la pilule au soleil alors qu’en réalité ils crapahutaient dans des terres ennemies pour participer à toutes les guerres du pays.

La liste est longue de ceux qui ont laissé leur vie. Jordan Bensemhoun de Lyon, immigré seul de Lyon à 16 ans et engagé chez les commandos Golani.  Yitzhak Madar, venu de France, a été tué au Liban en 1982. Michael Levin, américain d’origine, a parcouru des milliers de kilomètres depuis la Pennsylvanie pour rejoindre ses frères d’armes envoyés sur le front nord pour mener la Seconde Guerre du Liban en 2006. Après avoir fait son Alyah depuis Philadelphie en 2002, Michael Levin a fièrement rejoint l’armée israélienne en tant que soldat seul. «Il savait depuis très jeune ce qu’il voulait faire», raconte Harriet Levin, la mère de Michael ; «Il savait qu’il voulait venir en Israël, et qu’il voulait rejoindre les rangs de l’armée».

Alors qu’il était en vacances aux Etats-Unis, Michael a préféré écourter son voyage pour rejoindre son unité en Israël. Dès son arrivée, il est entré au Liban pour infiltrer le village d’Aïta al-Shaab et prendre part à un échange de tirs intense. Le sergent Michael et deux de ses amis sont tombés au combat alors qu’ils avaient à peine 21 ans.

Le Français Yohan Zerbib, au cours d’une nuit chaude comme toutes les nuits des mois d’été, en août 2006, dans une solitude volontairement acceptée et loin des bras protecteurs de sa mère, a été privé de sa vie. On imagine son dernier cri destiné à sa mère, sa dernière pensée, son dernier souhait, sa dernière volonté et son dernier souffle. On imagine aussi la visite de l’Attaché militaire israélien venu à Montrouge ou à Philadelphie, au cours de la nuit, pour sonner à la porte de parents restés dignes devant le malheur car Yohan Zerbib et Michael Levin avaient choisi leur voie en toute conscience et en toute liberté.

Eux, se battaient pour la liberté contrairement aux illuminés djihadistes qui vivent pour semer la mort. Ils se battaient pour la vie, pour que leur pays résiste et se développe, pour que l’horreur s’arrête et pour que les Juifs du monde soient fiers de ce «petit pays de merde». Ces jeunes à la conviction profonde, frisant parfois l’inconscience, excitent la fierté et prouvent que le bien-être de la communauté passe par le sacrifice de soi.

Mais la punition peut sembler souvent injuste parce que la mort frappe trop tôt à leur gré alors qu’elle n’était pas attendue. Ces combattants se distinguent enfin de ces Juifs anachroniques d’un autre monde, préférant étudier les textes sacrés que de donner trois ans de leur vie au pays. Certains même vont jusqu’à brûler le drapeau israélien parce qu’il représente un pays qu’ils ne reconnaissent pas et que seul le Messie peut créer.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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