Yom Hazikaron : le prix de la liberté

Yom Hazikaron, le jour du souvenir, symbolise le prix de la liberté du peuple juif, jour en hommage aux 23.741 soldats de Tsahal tombés au champ d’honneur depuis la création de l’État. Il faut que la joie de la victoire de l’indépendance soit précédée par un jour de deuil pour glorifier le sacrifice des jeunes, pour sanctifier leur mémoire, et pour pleurer avant de chanter, de rire et de danser.

Cette journée illustre aussi le courage de ces jeunes Juifs de France et du monde qui quittent leur pays natal pour s’engager dans les forces de Tsahal alors que rien ne les y oblige. Ils abandonnent leurs parents, leurs études et leurs amis pour partager le quotidien israélien de la guerre avec son lot de larmes, de sang et de désespoir. Pourtant comme tous les ans, avant de se lancer dans la bataille, ils avaient déjà entendu les énumérations insoutenables des noms des soldats morts au combat, ce qui ne les a pas découragés.

Leur conviction était entière parce qu’ils savent le peuple juif contesté et toujours en danger de mort et pour cela, ils sont venus par solidarité avec les jeunes Israéliens pour défendre Israël. Le «Hayal Boded», militaire volontaire engagé loin de sa famille, est une denrée précieuse car il personnifie le don de soi pour la patrie juive.

Déjà dans leur pays natal, ces jeunes ne cachaient pas la fougue qui les poussait à manifester dans les rues en arborant le drapeau israélien. Et parmi eux quelques jeunes, qualifiés d’illuminés, ont choisi de s’engager au combat alors que souvent ils ne savaient même pas manier un couteau de scout.

En fait, ils voulaient être sur place, en Israël, parce qu’ils avaient décidé de mettre leurs convictions en accord avec leurs actes. Ils ne concevaient plus leur vie, à l’abri en Diaspora, car leur idéal vibrait, ailleurs, dans le pays où ils voulaient vivre leur sionisme avec leurs tripes, et porter l’habit militaire sans chercher à faire de la figuration. 

Ils voulaient se battre réellement, régler un compte avec leur conscience, et de préférence dans les unités d’élites. Ils voulaient faire les dizaines de kilomètres quotidiens avec leur barda de 30 kg sur le dos, sans oublier parfois de glisser dans la poche leurs téfillins, les lanières de prière.

Ils voulaient se poster en embuscade des nuits durant, tapis derrière un buisson, pour intercepter les terroristes cherchant à s’infiltrer en drainant avec eux la haine, la violence et la mort. Ils étaient volontaires dans les commandos qui traversent les frontières pour mieux espionner les hordes barbares qui veulent éradiquer l’État juif.

Il fallait prouver que les Juifs de Diaspora ne sont pas des bras cassés. Ils réconfortaient leurs mères au tempérament trop juif en leur faisant croire qu’ils se doraient la pilule au soleil alors qu’en réalité ils crapahutaient dans des terres ennemies pour participer à toutes les guerres du pays.

La liste est longue de ceux qui ont laissé leur vie. Ce fut le cas de Michael Levin, américain d’origine, qui a parcouru des milliers de kilomètres depuis la Pennsylvanie pour rejoindre ses frères d’armes envoyés sur le front nord pour mener la Seconde Guerre du Liban en 2006. Après avoir fait son Alyah depuis Philadelphie en 2002, Michael Levin a fièrement rejoint l’armée israélienne en tant que soldat seul. «Il savait depuis très jeune ce qu’il voulait faire», raconte Harriet Levin, la mère de Michael ; «Il savait qu’il voulait venir en Israël, et qu’il voulait rejoindre les rangs de l’armée».

Alors qu’il était en vacances aux Etats-Unis, Michael a préféré écourter son voyage pour rejoindre son unité en Israël. Dès son arrivée, il est entré au Liban pour infiltrer le village d’Aïta al-Shaab et prendre part à un échange de tirs intense. Le sergent Michael et deux de ses amis sont tombés au combat alors qu’ils avaient à peine 21 ans.

Ce fut aussi le cas du français Yohan Zerbib qui dans une nuit chaude comme toutes les nuits des mois d’été, en août 2006, dans une solitude volontairement acceptée et loin des bras protecteurs de sa mère, a été privé de sa vie. On imagine son dernier cri destiné à sa mère, sa dernière pensée, son dernier souhait, sa dernière volonté et son dernier souffle. On imagine aussi la visite de l’Attaché militaire israélien venu à Montrouge ou à Philadelphie, au cours de la nuit, pour sonner à la porte de parents restés dignes devant le malheur car Yohan Zerbib et Michael Levin avaient choisi leur voie en toute conscience et en toute liberté.

Eux, se battaient pour la liberté contrairement aux illuminés djihadistes qui vivent pour semer la mort. Ils se battaient pour la vie, pour que leur pays résiste et se développe, pour que l’horreur s’arrête et pour que les Juifs du monde soient fiers de ce «petit pays de merde». Ces jeunes à la conviction profonde, frisant parfois l’inconscience, excitent la fierté et prouvent que le bien-être de la communauté passe par le sacrifice de soi.

Mais la punition peu sembler injuste parce que Yohan et Michael étaient croyants et pratiquants. La mort est venue les frapper trop tôt à leur gré alors qu’elle n’était pas attendue. Ils symbolisent enfin la réponse à ces Juifs anachroniques d’un autre monde, vivant en Israël, qui se permettent de brûler le drapeau israélien parce qu’il représente un pays qu’ils ne reconnaissent pas et que seul le Messie peut créer.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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