Yom Hashoah

En Israël, 2 minutes de silence glacent le pays et font ressurgir en nous des ressentis mêlant tristesse, chagrin et amertume, révolte, impuissance et colère.

A cet instant, je pense au deuil de notre peuple que nous ne pourrons jamais faire et qui nous accompagnera pour toujours.

Mon arrière-grand-père, Pinhas Zulkower, juif immigré de Pologne naturalisé français le 4 février 1930, fut arrêté et raflé à Paris par la police française en pleine rue sur le chemin de son travail un matin de 1942.

Il n’a pas pu prévenir son épouse et ses quatre enfants ni les embrasser une dernière fois.

Parqué à Drancy, camp de transit pour lui, il y écrit une lettre à sa femme, la dernière, une lettre d’adieu avant son départ le 5 juin 1942 vers le camp d’Auschwitz où il sera assassiné.

Dans cette lettre ses mots tentent de rassurer mais le désespoir est palpable et il est clair qu’il pressentait ne jamais revenir vivant de cet enfer.

Il s’adresse à son épouse, lui dit combien il l’aime, lui demande d’être prudente pour elle et leurs enfants et s’adresse à ses enfants un à un.

Cette lettre est imprégnée d’émotions. Les émotions et les sentiments nous les exprimons généralement de préférence dans notre langue maternelle, qui était pour lui le yiddish, pourtant il choisit de l’écrire en français.

Ce choix je le vois symbolique et chargé d’affection pour son pays d’adoption, la France qui pourtant l’a trahi.

Mon grand-père aussi fut déporté un an après son propre père. Il a survécu à la déportation et une pensée ne me quitte jamais : s’il n’était pas revenu je n’existerais pas.

En 1942, en France, les juifs ont perdu leurs droits humains.

Ils ont perdu leur liberté, leur droit à la dignité, leur droit à la vie.

Cette lettre nous rappelle que nos droits fondamentaux ne sont jamais définitivement acquis.

Du génocide du peuple juif nous devons apprendre que quelques soit notre appartenance, nous devons nous battre pour que le droit à la vie ne soit plus jamais hiérarchisé. Ceci pour tous les êtres vivants sur notre planète.

Le chemin sera long, mais rien ne résiste à la volonté si elle existe.

En souvenir de mon arrière-grand-père, que je n’ai connu qu’à travers les récits de ses enfants, j’ai écrit un poème en janvier 2020 le jour de la commémoration de la libération du camp d’Auschwitz d’où il n’est jamais revenu.

A toi,

Pinhas Zukower ז״ל

Mon arrière-grand-père, assassiné à Auschwitz en juin 1942 à l’âge de 46 ans.

Auschwitz

Quelque part dans ce vaste terrain froid, à l’atmosphère dévastée,

Selon les témoignages, tu fus fusillé dès ton arrivée.

Dois-je être soulagée que tu n’aies pas vécu trop longtemps l’enfer de ce camp ?

Ou triste que tu n’aies pu avoir l’espoir d’y survivre et en revenir vivant ?

Auschwitz est ta tombe, ton dernier voyage.

Je suis allée vers tes pas, en pèlerinage,

J’ai essayé de regarder à travers tes yeux,

T’imaginer en ce lieu,

Te parler par la pensée,

Ainsi qu’à toutes ces autres âmes arrachées.

J’ai songé aux rêves brisés.

Aux enfants apeurés,

Dont la vie a basculé.

Mon âme meurtrie,

Par l’amertume qui me saisit,

Dans un cri de silence

Je te dis ma présence.

Mais, mes tourments ne sont rien,

Insignifiants et dérisoires de ce que furent les tiens.

Mes frisons, mes cauchemars,

Ma tristesse et mon désespoir,

Ne sont rien,

À l’aune des tiens.

Alors, que puis-je faire d’autre que me taire,

Ou prononcer une prière.

à propos de l'auteur
Karine est parisienne d’origine, mère de 4 enfants et a fait son alyah en 2016. Active et engagée dans le monde associatif dans plusieurs domaines de société, le handicap, l’éducation et le véganisme en France et en Israël, elle publie des chroniques dans plusieurs magazines en ligne sur ces sujets. Elle est aussi co-fondatrice de la plateforme de réflexion Hashiva, think thank francophone israélien, thérapeute holistique, naturopathe, sophrologue et titulaire d’un master en sciences humaines.
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