Yifat Shasha-Biton, la nouvelle star

La députée Yifat Shasha-Biton préside une réunion de la commission des Droits des enfants à la Knesset, le 10 janvier 2017. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)
La députée Yifat Shasha-Biton préside une réunion de la commission des Droits des enfants à la Knesset, le 10 janvier 2017. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Elle n’a pas gagné de télé-crochet pour ses talents de chanteuse, mais est en train de devenir une vedette de la politique israélienne.

La semaine dernière, un sondage donnait 8 sièges à une liste qu’elle conduirait. Mais on sait ce que valent ces prédictions pour une consultation dont la date n’est pas fixée.

Orly Lévy-Abécassis en a fait la cruelle expérience. Mais en dépit des similitudes – elles sont marocaines et ont 47 ans toutes les deux – la comparaison s’arrête là. La première a sans doute fini sa carrière politique en se faisant élire sur une liste de gauche avant de rejoindre la droite.

La seconde peut être créditée d’une certaine fidélité. Membre du Likoud depuis sa jeunesse, elle a été maire-adjoint de sa ville de Kyriat-Shmona et sera deux fois élue à la Knesset (en 2015 et 2019) sur la liste dissidente Koulanou (de Moshé Kahlon), avant que son ancien parti, dans sa grande bonté, la présente à nouveau.

Ministre du Logement et de la construction, puis des Affaires sociales, dans les gouvernements de transition, elle n’a pas pu imprimer sa marque pendant la longue crise politique qu’a connue le pays en 2019-2020.

C’est en tant que parlementaire qu’elle a acquis ses lettres de noblesse comme présidente la commission pour les droits de l’enfant. Cette mère de trois enfants a réussi à faire adopter un certain nombre de législations protectrices. Elle est devenue connue du grand public depuis quelques mois, en présidant avec maestria la commission spéciale « Corona » où elle s’oppose souvent aux décisions du gouvernement.

En plein été, elle a ainsi réussi à faire rouvrir les salles de sport et les piscines. Ses adversaires l’accusent d’être influencée par les lobbies, et on ne peut pas exclure une certaine démagogie. Mais sa façon de faire et ses décisions plaisent à des Israéliens qui ont perdu toute confiance dans le gouvernement.

Au sein du Likoud, on la menace, mais elle a pu conserver son poste grâce au soutien de Bleu-Blanc (Kahol-Lavan). Le chef de son groupe parlementaire et de la coalition, Miki Zohar, déclare qu’elle est finie au sein du parti. Mais elle n’en a cure. Elle a sans doute plus d’avenir que lui.

Soutenue par Gideon Saar, elle est surtout l’objet de toutes les attentions de la part de Naftali Benett qui aimerait tant la prendre sur sa liste, peut-être comme numéro deux. Valeur montante à la bourse de la politique israélienne, elle aura donc le choix : soit former une liste indépendante, soit rejoindre le concurrent du Premier ministre.

Dans les deux cas, nul doute qu’elle jouerait un rôle important, en ralliant des voix modérées, féminines et orientales. Une combinaison bien à l’image de celles qui gagnent les esprits et les cœurs dans les télé-crochets.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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