Yariv Levine, nouvel homme fort du Likoud

Le député du Likud Yariv Levin à une conférence à l'Université Reichman à Herzliya, le 12 juin 2022. Photo Tomer Neuberg/Flash90
Le député du Likud Yariv Levin à une conférence à l'Université Reichman à Herzliya, le 12 juin 2022. Photo Tomer Neuberg/Flash90

Yariv Gideon Levine, né le 22 juin 1969 à Jérusalem, avocat, a été président de la Knesset de 2020 à 2021 après avoir occupé les postes de ministre de la Sécurité intérieure, ministre du Tourisme et ministre de l’Aliyah et de l’Intégration. Il parle et écrit parfaitement l’arabe. Il fait partie de la droite du Likoud avec des opinions extrêmes sur le conflit israélo-palestinien. En particulier, il s’oppose à la création d’un État palestinien et milite pour le droit des Juifs de rester dans toutes les parties de la terre d’Israël.

De plus, il critique souvent le système judiciaire en Israël, affirmant qu’une petite élite a pris le contrôle du système et essaie de l’utiliser pour définir les valeurs selon lesquelles Israël vit. La nouvelle liste de candidats du Likoud exprime parfaitement cette évolution du parti dans le cadre d’un virage à l’extrême-droite de la population ce qui est à l’opposé de la politique menée par Menahem Begin qui n’a jamais supporté les extrémistes.

Très jeune, Yariv Levine avait mobilisé la jeune garde intransigeante de son parti contre tout accord avec le Parti travailliste de Ehud Barak et d’Itzhak Herzog car l’écart idéologique était «trop grand» pour être comblé. Il s’était surtout opposé au gel des constructions dans les implantations quand Netanyahou était prêt à le faire lorsque de 2009 à 2015, il a dirigé une coalition plus large avec des partis à sa gauche.

L’extrême-droite a prospéré avec Netanyahou en particulier avec Bezalel Smotrich allié à Itamar Ben-Gvir, connu pour avoir épousé les théories du rabbin d’extrême-droite Meir Kahane. Ben Gvir avait d’abord rejoint le mouvement de la jeunesse affilié au Moledet, un parti politique de droite qui plaide pour le «transfert» des Arabes israéliens hors du pays. Mais il s’est avéré que cela ne lui suffisait pas. Il avait donc fait défection en faveur de Kach, le parti raciste qui a fini par être interdit et qui fut fondé par le rabbin d’origine américaine Meir Kahane : «J’ai trouvé dans ce mouvement beaucoup d’amour pour le peuple juif, beaucoup de vérité et beaucoup de justice».

En tant que président de la Knesset, Yariv Levine, avait toujours critiqué sévèrement la Cour suprême et s’était plaint que le tribunal avait annulé les décisions sur la disqualification des candidats à la Knesset : «La souveraineté du peuple a été prise et remplacée par une décision d’un petit groupe de juges. Les élections à la Knesset sont devenues cérémonielles, au cours desquelles nous, citoyens, élisons nos représentants à la Knesset pour voir d’autres décider à leur place. D’un côté, la Cour suprême piétine les décisions de la Knesset et ses lois, et de l’autre, les juges dirigent le processus des élections. Les juges de la Cour suprême devenaient des acteurs sur le terrain de jeu politique. Les dommages causés à l’ensemble du gouvernement et en particulier à la cour elle-même étaient très lourds». Un procès en bonne et due forme.

Les primaires du Likoud ont été un triomphe pour les politiciens qui ont fait preuve de loyauté envers le chef du parti Benjamin Netanyahou à savoir, Yariv Levine, Amir Ohana, Eli Cohen, Yoav Gallant et David Amsalem. En revanche ceux qui étaient auparavant en tête de liste, à l’instar de Yuli Edelstein, Israël Katz et Miri Regev, se sont retrouvés en bas de la liste. On ne défie pas impunément le leadership de Netanyahou.

Cette radicalisation du Likoud a convaincu deux hésitants à se lancer dans la bataille électorale. L’ancien chef d’État-major Gadi Eizenkot et le député Yamina Matan Kahana ont décidé de rejoindre Benny Gantz et Gideon Saar dans un nouveau parti, le Camp de l’État, avec l’objectif de créer un rassemblement avec Yaïr Lapid pour devenir la première structure politique d’Israël. Eizenkot, très sensible aux questions sociales, est une grosse pointure dans la mesure où il a été un excellent chef d’État-major respecté qui a restructuré Tsahal.

Ses origines marocaines pourraient plaider en sa faveur auprès de certains militants du Likoud, lassés par un parti trop statique. Le député David Bitan, fidèle parmi les fidèles, a été relégué à la 17ème place par décision de Netanyahou. Il n’a pas apprécié ce qu’il estime être une sanction et a démissionné de son poste de vice-président de la commission électorale centrale de la 25e Knesset. Cela pourrait être le signal du départ de quelques séfarades du Likoud vers d’autres cieux.

La donne a changé dans une campagne électorale qui ronronnait. Aucun organisme de sondage ne pourra évaluer avec précision l’impact sur les résultats. Quant au départ de Kahana du parti Yamina, il fragilise encore plus la position d’Ayelet Shaked qui joue son avenir politique à ces élections.

La nouvelle stratégie radicale du Likoud a pour but de réduire l’influence des sionistes religieux de Bezalel Smotrich et d’Itamar ben Gvir qui détiennent 6 sièges à la Knesset et qui sont crédités dans les sondages de 10 à 11 députés aux prochaines élections. En essayant de ramener à lui quelques radicaux égarés, le Likoud cherche en fait à mettre un terme à la montée des extrêmes qui donnent une image détériorée d’Israël dans le monde au moment où Ayelet Shaked lutte pour sa survie politique.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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