Yaïr, Ofer, et l’avenir

Le député Yair Lapid prenant la parole lors d'une manifestation contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu, l'appelant à démissionner, sur la place Rabin à Tel Aviv, le 19 avril 2020. Photo de Tomer Neuberg / Flash90
Le député Yair Lapid prenant la parole lors d'une manifestation contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu, l'appelant à démissionner, sur la place Rabin à Tel Aviv, le 19 avril 2020. Photo de Tomer Neuberg / Flash90

Leur parti s’appelle « Il y a un avenir » (Yesh Atid). Il a été fondé en 2012 par Yaïr Lapid, célèbre journaliste de la télévision, fils d’un non moins célèbre journaliste, Tommy Lapid, qui lui aussi s’était lancé en politique en formant un parti libéral, anti-religieux et tourné vers les classes moyennes.

Bon fils, Yaïr, a positionné son parti sur le même créneau, en minorant l’aspect anti-religieux et en insistant sur la défense des classes moyennes. En 2013, Yesh Atid obtient un beau succès (19 sièges) en se classant juste derrière le Likoud.

Pour Yaïr Lapid, « il y a un avenir » au ministère de l’économie que lui attribue Binyamin Netanyahou en dépit du fait qu’il lui confie : « L’économie, je n’y connais rien »…  Les Israéliens s’en apercevront, et aux élections de 2015, le parti de Yaïr Lapid sera envoyé dans l’opposition avec 11 sièges. De sa vie d’avant, Yaïr Lapid a gardé nombre de traits qui marqueront la gestion de son parti.

Cet enfant gâté, mauvais élève (il n’a même pas son bac), jobnyk (« planqué » à l’armée où il apprend son métier sur les ondes de la radio de l’armée, Galeï Tsahal) est beau gosse et beau parleur : un séducteur-né. Il a organisé son parti autour de sa personne, décide seul des orientations et choisit seul les candidats.

Il sait s’entourer, et peut s’enorgueillir de compter dans son groupe parlementaire des personnalités attachantes et intelligentes, comme le général Elazar Stern ou la députée handicapée Karine Elharar.

Son numéro deux, Ofer Shelah, est un ami de longue date, lui aussi ancien journaliste, doté d’une personnalité aux antipodes de celle de son chef : sérieux, bon élève (il est diplômé à la fois d’économie et de littérature), il a effectué son service militaire comme officier parachutiste. Son physique ingrat (il a perdu un œil lors de la première guerre du Liban), sa diction parfois difficile (il parle trop et trop vite) donnent à ses apparitions télévisées un aspect souvent confus.

A la différence de Yaïr Lapid, il a des convictions politiques bien ancrées : à gauche, il est partisan d’un dialogue avec les Palestiniens et d’une alliance avec les partis arabes à la Knesset. Il est sorti du bois il y a quelques jours, en demandant une démocratisation de son parti, et en annonçant son intention de postuler à sa direction, et donc à celle du gouvernement.

Il est en effet persuadé que Yaïr Lapid ne peut y arriver. Il a raison : Yaïr Lapid excelle dans son rôle actuel de chef de l’opposition, car il a une culture d’opposant.

Ofer Shelah a une culture de gouvernement, mais il n’a pas plus de chance que son « ami de trente ans » : trop honnête, trop direct, et surtout trop à gauche. Yesh Atid a peut-être encore un avenir, mais pas son calife. Ni celui qui voulait être calife à la place du calife.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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