Yaïr Lapid, l’héritier rebelle

Le Premier ministre israélien par intérim Yair Lapid présidant sa première réunion du cabinet, quelques jours après la dissolution du parlement par les législateurs, à Jérusalem le dimanche 3 juillet 2022. (Gil Cohen-Magen/Pool via AP)
Le Premier ministre israélien par intérim Yair Lapid présidant sa première réunion du cabinet, quelques jours après la dissolution du parlement par les législateurs, à Jérusalem le dimanche 3 juillet 2022. (Gil Cohen-Magen/Pool via AP)

Il aurait pu se contenter d’être le fils de son père, le célèbre journaliste devenu homme politique, Tomy Lapid. Mais, très jeune, Yaïr Lapid manifestera une grande originalité, ne terminant même pas son bac, et s’adonnant à des métiers qui étaient pour lui autant de loisirs : auteur (de romans et de chansons), chanteur, acteur… Il trouva sa voie sur le tard comme journaliste dans la presse écrite et surtout à la télévision dont il deviendra une vedette.

En 2012, il décide d’abandonner cette situation confortable pour la politique en créant le parti Yesh Atid (Il y a un avenir) positionné au centre. Il remportera d’emblée un vif succès en siphonnant les voix de la gauche pour devenir le porte-parole des classes moyennes ashkénazes, cultivées et laïques. Son parti, qu’il dirige d’une main de fer, deviendra le second du pays.

En 2021, il emporte 17 sièges permettant à son chef d’engager les tractations qui conduiront à l’investiture du « gouvernement du changement » dirigé par Naftali Bennett dont il devient le remplaçant au terme de l’ « accord de rotation ». La dissolution de la Knesset le 30 juin lui ouvre enfin les portes du pouvoir suprême, même si c’est pour diriger pendant quelques mois un gouvernement chargé principalement d’expédier les affaires courantes dans l’attente des élections du 1er novembre.

Cet ancien jeune dilettante cache deux blessures profondes qui ne sont pas pour rien dans sa détermination. L’une est partagée par de nombreuses familles israéliennes : son père est un rescapé du ghetto de Budapest et le souvenir de la Shoah le hante.

Immédiatement après sa prise de fonction, il se rendra à Yad va Shem (le musée de l’Holocauste à Jérusalem) où il fera à son père le serment de veiller à la sécurité du pays.

La seconde blessure est plus intime : sa fille issue de son second mariage est autiste et cela explique sans doute la tendance à la compassion de cet homme qui avait hérité de la brutalité de son père.

Il a aussi de l’entregent, et le montrera dès cette semaine en rencontrant Emmanuel Macron à Paris et en recevant la semaine suivante Joe Biden en Israël. Nul doute que son expérience diplomatique devrait lui assurer quelques succès dans les relations extérieures.

Ce sera plus compliqué en politique intérieure. Installé à Jérusalem, il a quatre mois pour faire ses preuves et obtenir les milliers de voix supplémentaires lui permettant d’empêcher le retour au pouvoir de Binyamin Netanyahou. Car depuis quelques jours, Yaïr Lapid, l’héritier rebelle, est devenu officiellement celui qui affrontera l’insubmersible chef de la droite israélienne. Et le combat sera sans pitié.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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