Yaïr Lapid, l’art du revirement face à la Turquie

Le Premier ministre israélien Yair Lapid faisant une déclaration au début de la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le dimanche 14 août 2022. (AP Photo/Maya Alleruzzo, Pool)
Le Premier ministre israélien Yair Lapid faisant une déclaration au début de la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le dimanche 14 août 2022. (AP Photo/Maya Alleruzzo, Pool)

Je n’ai point pour habitude de porter publiquement une critique sur la politique de nos dirigeants en Israël, mais je me vois contraint de sortir de ma réserve car comment est-il possible de garder le silence quand Israël, notre état démocratique, le seul de la région, s’associe à la Turquie, dictature dirigée par Erdogan ?

Le premier ministre Yaïr Lapid écrivait le 15 mai 2018 que « l’accord de réconciliation signé par Netanyahou était une erreur. Avec des antisémites comme Erdogan on ne se réconcilie pas. Le temps est arrivé que le gouvernement dise ce qui est clair depuis déjà longtemps-Erdogan fait partie de l’axe de terreur islamique ».

Nous ne pouvions qu’être en total accord avec ces propos.

Mais aujourd’hui, Yaïr Lapid écrit tout le contraire : « A la suite de mon entretien avec le président turc Erdogan, Israël et la Turquie échangent de nouveau leurs ambassadeurs et leurs consuls généraux. Le renouveau des relations avec la Turquie est un acquis important pour la stabilité régionale et une très bonne et importante nouvelle économique pour les citoyens israéliens. Nous poursuivrons notre action et renforcerons le statut international d’Israël dans le monde. »

Yaïr Lapid avait aussi promis face au peuple en Israël et aux yeux du monde qu’il défendrait la cause arménienne. J’avais consacré un article en hébreu à ce propos en montrant le revirement honteux de Yaïr Lapid, qui semble faire sien cet adage quelque peu cynique d’Ariel Sharon : « Ce que l’on voit bien d’ici [du gouvernement], on ne le voit pas de là-bas [des bancs de l’opposition] ».

Yaïr Lapid n’a rien fait et plus encore, il a totalement abandonné cette cause qu’il avait, pourtant, faite sienne. Yaïr Lapid préfère défendre l’Ukraine face à la Russie, cause « plus facile » que défendre la cause arménienne face à la Turquie. Yaïr Lapid est l’homme du deux poids, deux mesures.

Ainsi, comment croire un dirigeant qui, violant ses principes, ses convictions et ses valeurs aussi rapidement, est capable d’un tel revirement sans faire montre du moindre scrupule au nom d’intérêts économiques et politiques ? Ce qui était immoral chez Benyamin Netanyahou devient subitement moral et justifiable ?

Rappelons-nous les propos du ministère des Affaires étrangères à Ankara lors de la dernière opération militaire « Aurore » : « Nous dénonçons farouchement les attaques d’Israël à Gaza. Il est inconcevable que des citoyens, y compris des enfants, perdent la vie au cours de ces bombardements ». Erdogan en personne dira : « Rien ne peut excuser la tuerie d’enfants. La Turquie se tient aux côtés du peuple palestinien ».

Quels sont les intérêts d’Erdogan ?

Erdogan, soutien du Hamas à Gaza, reconnaît clairement et explicitement que la normalisation avec Israël a pour but de défendre la cause palestinienne. « Nous utiliserons [ces relations avec Israël] pour défendre les droits de nos frères et sœurs palestiniens. Notre sensibilité à propos de la cause palestinienne et l’importance que porte la Turquie à trouver une solution à deux états est partagé au plus haut niveau des représentants israéliens ».

Peut-on vraiment défendre l’idée de deux états pour deux peuples, alors même que le président de l’autorité palestinienne Mahmoud Abbas, face au peuple allemand, refuse d’exprimer des excuses publiques à propos du massacre des onze athlètes israéliens lors des jeux olympiques en 1972 à Munich et de surcroît accuse sans honte aucune Israël d’avoir commis « cinquante holocaustes » sur le peuple palestinien ?

Israël, en s’associant avec la Turquie d’Erdogan, montre que les valeurs éthiques et morales, de mise alors qu’on siège dans l’opposition, peuvent facilement être mises aux oubliettes lorsqu’on accède à la plus haute fonction gouvernementale. Pourtant, l’Histoire oubliera-t-elle ?

à propos de l'auteur
Diplômé de l’Institut des Civilisations et Langues Orientales de Paris (INALCO) et certifié de l’Institut Catholique de Paris (ICP) enseigne la Bible (TaNa’Kh), sa langue, son éthique et son histoire. Installé, depuis son Alya en 1989 à Ashkelon, il participe activement au refleurissement d'Erets Israël. Végétalien par conviction morale, Haïm rêve d'une ère nouvelle où les grandes spiritualités pourraient se rencontrer en vue d'instaurer un monde meilleur. Convaincu que le retour du peuple d’Israël en Erets-Israël annonce la restauration de l'idéal de fraternité abrahamique, il encourage le dialogue interreligieux dans le respect de l'autre
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