Winston Netanyahu
Dans les années 1930, Winston Churchill n’est pas au pouvoir. Il observe le réarmement allemand, dénonce dès 1934 la montée en puissance de la Luftwaffe, alerte en 1936 après la remilitarisation de la Rhénanie, puis s’oppose frontalement aux accords de Munich en 1938.
Il ne dispose pas de majorité mais d’un diagnostic et d’une conviction : une idéologie totalitaire et expansionniste ne se combat pas par des concessions.
Lorsque la France s’effondre en mai 1940, une partie du cabinet britannique envisage une médiation avec Hitler. Churchill refuse. Il comprend que céder ne réduira pas finalement le coût humain, mais l’augmentera. Churchill sait aussi que la résistance britannique seule, ne suffira pas. Dès 1940, il multiplie les échanges avec Franklin D. Roosevelt.
Le Lend-Lease Act de mars 1941(1) constitue le premier acte concret d’un alignement stratégique américain qui se concrétisera par la Charte de l’Atlantique en août 1941 et l’engagement américain après Pearl Harbor.
Depuis trois décennies, Benjamin Netanyahu a fait un diagnostic : la question iranienne est cruciale : le programme nucléaire, les missiles balistiques, le soutien au Hezbollah et au Hamas, ses proxys et la doctrine assumée de destruction d’Israël sont sa cible constante.
Son discours à l’Assemblée générale de l’ONU en 2012 — avec le schéma de « ligne rouge » — illustre sa volonté de fixer un seuil clair à ne pas franchir. L’accord n’a pas été immédiat avec les USA et Netanyahu s’est confronté à la pusillanimité et à la naïveté américaine. Comme le « vieux lion »(1), il a affronté le président Barack Obama lors de son discours devant le Congrès américain en s’opposant publiquement à l’Accord de Vienne (3), mais sans succès immédiat. Les choses commenceront à changer avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump qui sortira de l’Accord de Vienne.
C’est dans ce contexte que se consolidera la convergence personnelle et politique entre Trump et Netanyahu : reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, transfert de l’ambassade américaine, puis signature des Accords d’Abraham.
Comme pour Churchill et Roosevelt, l’on assiste à un alignement stratégique : la question iranienne est devenue un axe structurant de la relation Washington–Jérusalem : refus d’un Iran au seuil nucléaire, rejet d’un enrichissement durable, exigence de démantèlement des infrastructures sensibles.
Dans ce contexte, le 7-Octobre a révélé la dimension de la menace iranienne via ses proxys : financement, armement, formation : l’axe Téhéran–Hamas–Hezbollah démontrait sa réalité opérationnelle.
Le sursaut israélien a progressivement affaibli les proxys. Les dirigeants du Hamas et du Hezbollah ont été éliminés. Le Hezbollah a subi des pertes stratégiques. La chute du régime Assad en Syrie – conséquence indirecte de l’érosion de l’axe soutenu par Téhéran – a encore réduit la profondeur stratégique iranienne au Levant.
Le glacis protecteur de l’Iran a fondu. La confrontation devenait gérable. L’Iran n’a pas voulu le comprendre. Elle a maintenu sa volonté d’enrichir l’uranium, de construire des missiles balistiques et de soutenir ses proxys.
Washington et Jérusalem ont réalisé que le temps travaillait contre eux et la guerre des 12 jours a prouvé que l’axe américano-israélien n’était pas seulement diplomatique mais aussi opérationnel. Interrompue prématurément, la guerre vient de reprendre, l’Ayatollah Khameini ayant « endurci son cœur ».
Comme la relation de confiance que Churchill a su construire avec Roosevelt a rendu possible l’opération Overlord 1, la relation de confiance que Netanyahu a patiemment construite avec Donald Trump a rendu possible les opérations « Le peuple se dresse comme un lion » et « Le rugissement du lion ».
Les grandes décisions militaires sont le fruit de la confiance politique et stratégique. Netanyahu comme Churchill ont identifié le danger de leur époque avec clairvoyance, ont eu le courage de l’affronter et l’intelligence de nouer l’alliance nécessaire à la victoire. Espérons qu’elle sera complète et contribuera à rendre le monde meilleur.
——
(1) Les États-Unis fournissent du matériel militaire, des navires, des avions, des munitions et des ressources stratégiques aux pays dont la défense est jugée « vitale pour la sécurité des États- Unis », sans paiement immédiat.
(2) « Old lion », comme la presse britannique finit par appeler Churchill.
(3) Joint Comprehensive Plan of Action signé le 14 juillet 2015
(4) Le débarquement en Normandie le 6 juin 1944.

