Vote Zemmour

DOSSIER - Le candidat présidentiel français d'extrême droite Eric Zemmour prononçant un discours lors d'un rassemblement électoral à Toulon, dans le sud de la France, le dimanche 6 mars 2022. (AP Photo/Jean-François Badias, Dossier)
DOSSIER - Le candidat présidentiel français d'extrême droite Eric Zemmour prononçant un discours lors d'un rassemblement électoral à Toulon, dans le sud de la France, le dimanche 6 mars 2022. (AP Photo/Jean-François Badias, Dossier)

Moins de 10 000 suffrages exprimés et pourtant la presse nationale en a parlé. Le vote des Français d’Israël en faveur d’Eric Zemmour (53,59%) n’a pas manqué d’attirer l’attention.

Le fait qu’à peine plus de 10% des électeurs se soient déplacés a été versé comme argument pour minorer la portée politique de ce vote. De même que le faible score de Marine Le Pen (moins 15 % des suffrages exprimés en Israël contre 41,46% au niveau national) en dépit de la consigne de vote d’Eric Zemmour en sa faveur. Il n’empêche. Ce vote n’est pas sans signification.

On observera d’abord que la très faible participation des Français d’Israël est rituelle. Ainsi, lors de la précédente élection présidentielle en 2017, elle était de 14,5%. Ensuite, le vote des Français d’Israël en faveur d’Eric Zemmour n’est pas un fait isolé. En métropole aussi, on a pu observer des phénomènes comparables.

Ainsi, à Sarcelles, dans cette ville où un quartier est appelé la « petite Jérusalem », Eric Zemmour réalisait au premier tour un score de 11,55 % nettement au-dessus de sa moyenne nationale (7,07%). Et dans certains bureaux de vote, on observait des résultats bien supérieurs : 28,95% dans le bureau 25, 35, 23% dans le bureau 21, 37,10% dans le bureau 24, et 39,52% dans le bureau 22.

Dans d’autres quartiers à forte population juive, comme dans le 17ème arrondissement de Paris ou à Créteil, le candidat de Reconquête a réalisé aussi des percées significatives.

Les mauvais reports de cet électorat sur Marine Le Pen montrent que ce vote juif en faveur d’Eric Zemmour est d’abord un vote communautariste. Un vote en faveur d’un Juif qui développait principalement une rhétorique anti-arabe. Marine Le Pen ne pouvait bénéficier du même crédit auprès de cet électorat, elle qui veut interdire l’abattage rituel et les signes religieux dans la rue (le voile, mais ce serait impossible de le faire sans interdire le port de la kippa). Ce vote juif ne doit pas surprendre.

Il suffisait de lire la presse communautaire pendant la campagne, surtout celle en ligne, pour voir que le discours zemmourien passait bien, en dépit de tous les arguments qu’on pouvait lui opposer (sur Vichy, l’affaire Dreyfus…).

Les propos entendus dans la « rue juive » donnaient aussi la tendance. Le résultat est là : un vote complétement décalé par rapport aux grandes tendances nationales qui vient singulariser aux yeux du public une communauté qui n’avait pas besoin de cela.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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