Visite sentimentale à Jérusalem, prometteuse à Bethléem et économique en Arabie saoudite 

Le président américain Joe Biden à bord de l'Air Force One après la cérémonie en son honneur, à l'aéroport Ben Gourion près de Tel Aviv le 15 juillet 2022. Photo de Yonatan Sindel/Flash90
Le président américain Joe Biden à bord de l'Air Force One après la cérémonie en son honneur, à l'aéroport Ben Gourion près de Tel Aviv le 15 juillet 2022. Photo de Yonatan Sindel/Flash90

La visite du Président Biden en Israël ouvre une nouvelle page fructueuse dans les rapports stratégiques entre Washington et Jérusalem. Elle est à l’apogée d’une longue et étroite relation amicale entre les deux pays malgré les divergences sur les dossiers brûlants et en dépit des incertitudes sur la marche à suivre.

Nul doute que Joe Biden est un ami fidèle et de longue date du peuple juif et d’Israël. Les images transmis en direct et en permanence sur toutes les chaines de télévision illustrent une amitié profonde et sentimentale. Il est sans doute l’un des derniers leaders étrangers de la planète qui se considère sioniste.

Tout à fait naturel donc de le recevoir avec tous les honneurs et en grande pompe. Cependant, mis à part les directives protocolaires, le tapis rouge, et les paroles d’amitié, il est clair que des sujets graves ont été contournés comme la menace iranienne ou le problème palestinien.

Comment un président américain peut-il engager un gouvernement intérimaire à un processus de paix ? Certes, Biden comme Macron souhaite clairement que Yair Lapid soit toujours Premier ministre après les élections à la Knesset, mais les deux leaders n’ont pas le choix d’attendre patiemment les résultats, rien ne sert de brouiller les cartes démocratiques.

A l’opposé de son prédécesseur Donald Trump, Biden pense comme Obama et Macron que le problème palestinien devrait être résolu par un retrait d’Israël aux lignes d’avant juin 1967 notamment de Jérusalem Est mais avec quelques échanges de territoires. Une formule qui a déjà échoué avec les Accords d’Oslo et qu’aujourd’hui n’est pas réalisable en raison de la présence militaire du Hamas dans la bande de Gaza. Les derniers tirs de roquettes prouvent une fois encore que le mouvement islamiste, encouragé par l’Iran et ses milices, sabotera toujours toute initiative de paix avec l’Etat Juif.

Sur la menace iranienne, Biden hésite toujours et préfère l’option diplomatique. Bien entendu, la diplomatie est un outil majeur dans les relations internationales, mais avec un Etat voyou sanguinaire et des terroristes, seule une forte dissuasion militaire et un langage ferme demeurent valables.

Lors de cette visite, le Président américain a promis de ne jamais laisser l’Iran acquérir l’arme nucléaire et que les Etats-Unis sont prêts à utiliser tous les éléments de leur puissance nationale pour garantir ce résultat.

Certes, l’engagement inébranlable des États-Unis en faveur de la sécurité d’Israël, et en particulier le maintien de son avantage militaire qualitatif est un gage solide de fidélité. Cependant, dans la même veine, le président Biden assure préserver notre capacité pour pouvoir dissuader nos ennemis et à se défendre par lui-même. Cela veut dire qu’en cas de danger existentiel nous ne pouvons compter ni sur les Etats-Unis ni non plus sur la France pour envoyer des troupes.

Israël n’est pas l’Ukraine, l’Afghanistan, la Corée du Nord ou Taiwan. L’Amérique comme l’Europe savent parfaitement que nous représentons le monde libre et démocratique au-delà du Moyen-Orient, du Maroc au Golfe persique.

La visite de 3 jours du chef d’état-major Aviv Kohavi à Rabat confirme hautement ce noble rôle. L’Otan n’a donc pas besoin d’envoyer des soldats pour combattre nos ennemis et pour l’heure un front stratégique arabo-israélien est impossible à former malgré tous les efforts de Biden.

De ce fait, l’aide concrète américaine se limite sur le plan financier, la vente d’armement, et une technologie de pointe tel qu’un partenariat sur les systèmes d’armes laser à haute énergie.

Dans le cadre de ce voyage, les États-Unis réaffirment leur engagement pour combattre l’antisémitisme, tous les boycottages et la délégitimation d’Israël notamment celle de la campagne BDS.

Nous apprécions bien sûr cet engagement mais avant tout, le président Biden devra mettre un terme à la campagne anti-israélienne au sein de l’aile gauche de son propre parti…

Le voyage en Arabie saoudite et notamment l’accueil humiliant à l’aéroport de Djeddah ainsi que la rencontre forcée avec le prince héritier Mohamed ben Salman prouve que les leçons moralistes des démocrates américains peuvent jouer en boomerang dans les pays arabo-musulmans.

En réalité, seules les questions économiques préoccupent vraiment le président Biden. A l’approche des élections demie-mandat, l’inflation est galopante et la popularité au plus bas. Une partie non négligeable de son parti ne souhaite pas le revoir se présenter aux élections présidentielles.

Dans ce contexte, nous souhaitons entamer une véritable normalisation directe avec l’Arabie saoudite. Ce rapprochement pourra changer complétement la donne géopolitique, religieuse et stratégique dans toute la région.

Toutefois, le chemin est encore très long. Les vols directs sont un premier pas encourageant bien que le Royaume d’Arabie ne mentionne pas toujours l’Etat d’Israël et se contente d’ouvrir les cieux à tous les vols internationaux.

Ryad exige comme condition préalable d’appliquer un plan de paix pour les Palestiniens non réalisable et inadmissible pour la majorité écrasante des Israéliens.

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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