Violences

Protestation contre les travaux du tramway de Jérusalem, à Bar Ilan, Jérusalem, le 25 janvier 2021. Photo par Olivier Fitoussi / Flash90
Protestation contre les travaux du tramway de Jérusalem, à Bar Ilan, Jérusalem, le 25 janvier 2021. Photo par Olivier Fitoussi / Flash90

Affrontements entre jeunes et policiers, journalistes molestés, bus attaqué et incendié… Ces images largement diffusées sur les écrans ne provenaient pas des banlieues françaises ou des grandes villes américaines mais de localités israéliennes.

A Ashdod, Bnei Brak, Jérusalem ou Beth Shemesh, des centaines de jeunes ultra-orthodoxes ont donné libre cours à leur mépris des règles édictées par l’Etat pour prévenir la propagation du virus.

Qu’on ne s’y trompe pas : ces violences provenaient d’une minorité et ont été condamnées par des élus et des dignitaires religieux ultra-orthodoxes. Mais parmi ces derniers, beaucoup se gardent bien de s’interroger sur les raisons de cette situation.

Depuis le début de la pandémie, les mesures édictées sont mal appliquées dans ces communautés qui regroupent environ 12 % de la population israélienne, soit plus d’un million de personnes. Cela ne doit rien au hasard. Le mode de vie de cette population est incompatible avec le respect des mesures de protection : logements surpeuplés, synagogues bondées, mariages et autres festivités rassemblant des centaines, voire des milliers de personnes …

Plus encore, le non-respect de mesures de confinement – comme la fermeture des écoles par exemple – résulte d’une pratique qui ne date pas d’aujourd’hui : les gouvernants ont doté cette  population d’un statut tout à fait particulier au sein de la société israélienne. Les écoles ultra-orthodoxes, privées mais largement subventionnées par l’Etat, peuvent, en droit ou en fait, ne pas dispenser d’enseignement général (anglais, mathématiques …) ; les jeunes bénéficient d’exemptions du service militaire …

Last but not least, les élèves des yeshivot (académies talmudiques) bénéficient de bourses que pourraient leur envier bien des étudiants à l’université. Les partis ultraorthodoxes en marchandant leurs voix à la Knesset contre l’octroi de ces privilèges sont les grands bénéficiaires du système.

Leur public peut s’y complaire, mais il paye au prix fort son impréparation à la vie active : la moitié des familles ultra-orthodoxes vit en dessous du seuil de pauvreté. Pendant les rares années où les partis ultra-orthodoxes ne participaient pas au pouvoir (entre 2013 et 2015) et n’en retiraient pas les avantages, on avait enregistré plusieurs phénomènes encourageants au sein de cette population : dans la fréquentation de l’enseignement supérieur, la participation des hommes au marché de l’emploi, au service militaire…

En d’autres termes, l’intégration de la population ultraorthodoxe au sein de la société israélienne est inversement proportionnelle à l’influence de ces partis. Un sujet à méditer pour ceux qui auront à charge de former le futur gouvernement.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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