Vaccins : l’Israélien veut le beurre et l’argent du beurre

Vaccin contre le Covid-19, au centre de vaccination Clalit Covid-19 à Rehovot, le 4 janvier 2021. Photo de Yossi Aloni / Flash90
Vaccin contre le Covid-19, au centre de vaccination Clalit Covid-19 à Rehovot, le 4 janvier 2021. Photo de Yossi Aloni / Flash90

Les Israéliens sont très fiers de leur lutte contre le coronavirus, et ils ont de quoi : leur pays continue à être donné en exemple dans le monde entier pour sa capacité à vacciner vite et massivement sa population.

Quant au Premier ministre israélien, il s’attribue facilement le succès de la vaccination, notamment en mettant en avant ses relations personnelles à travers le monde.

Seulement voilà, les Israéliens ont vite compris que ce succès a un prix, et même un double prix :

1) Israël a payé la dose de vaccin plus cher que tout autre pays ;

2) Israël s’est engagé à fournir des informations statistiques sur les résultats de la vaccination au fabricant, la société pharmaceutique Pfizer.

Un prix qui atténue les louanges indiscrètes adressées à Benyamin Netanyahou, en Israël et ailleurs, pour ses capacités à se procurer le vaccin avant le reste du monde.

Données statistiques

Ce qui est devenue « l’affaire Pfizer » a vite tourné au scandale : l’Israélien, très attaché au secret sous toutes ses formes, a beaucoup de mal à accepter qu’il va devoir partager des secrets médicaux avec une entreprise étrangère.

Il faut reconnaître que la vie de l’Israélien est scandée au rythme de secrets qu’il a appris à respecter : secret défense, secret d’Etat, secret technologique, secret de fabrication, secret d’espionnage, etc.

Et voilà qu’une société américaine se permettrait d’échanger ses vaccins contre des informations personnelles protégées par le secret médical ; un comble !

Il y a une quinzaine de jours, la pression populaire fut telle que le ministère israélien de la Santé a dû publier le contrat signé avec le géant américain Pfizer détaillant les données qui seront partagées – pour bien montrer qu’aucun secret médical ne sera transmis à une puissance étrangère.

Le contrat rendu (partiellement) public le confirme : aucune information ne permettra d’identifier personnellement les Israéliens vaccinés. L’accord ne prévoit que la transmission hebdomadaire de données agrégées concernant la réactivité au vaccin, le tout selon des facteurs démographiques et médicaux.

On ne peut pas tout avoir

Champion du monde de la vaccination, Israël est devenu un laboratoire à ciel ouvert, très observé par tous les pays touchés par la pandémie.

Désormais, l’expression française « le beurre et l’argent du beurre » peut être remplacée par l’expression israélienne « le vaccin et l’argent du vaccin ».

Autrement dit, on ne peut pas tout avoir sans rien donner ; l’Israélien ne pouvait pas s’attendre à recevoir le vaccin en priorité et en grande quantité, sans en payer le prix. Par contre, il doit être fier de faire profiter au monde entier de sa médecine informatisée et de sa santé numérique de haute qualité.

Une récente étude de l’OCDE indique que les données de santé représentent, à elles seules, 30% des données stockées dans le monde. Il est à parier qu’en Israël, ce taux est bien supérieur à la moyenne mondiale, et cela grâce à sa technologie digitale mise au service de la santé.

Pour accélérer la lutte contre le coronavirus, les experts internationaux de l’OCDE encouragent les pays à échanger entre eux leurs données numériques concernant la santé.

En contribuant à la coopération internationale, l’accord avec Pfizer place Israël est à la pointe de la recherche médicale pour vaincre le coronavirus et améliorer l’efficacité des vaccins à venir.

Et tant pis si l’Israélien ne peut pas tout avoir, le vaccin et l’argent du vaccin….

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998 et à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005. Aujourd'hui, il enseigne l'économie d’Israël au Collège universitaire de Netanya. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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