Union ou pas

Le chef de l'opposition et chef du parti Likud Benjamin Netanyahu s'adressant aux médias à Tel Aviv le 24 août 2022. Photo Avshalom Sassoni/Flash90
Le chef de l'opposition et chef du parti Likud Benjamin Netanyahu s'adressant aux médias à Tel Aviv le 24 août 2022. Photo Avshalom Sassoni/Flash90

Vendredi 26 août, ils sont arrivés discrètement et sont repartis tout aussi discrètement de la maison du voisin de Binyamin Netanyahou à Césarée. En quelques heures, Betzalel Smotricht, le messianiste, et Itamar Ben Gvir, le kahaniste, se sont mis d’accord sur la composition d’une liste dirigée par le premier, le second étant juste derrière, avec un nombre égal de candidat(e)s pour chacune des fractions unies et réunies dans le nationalisme exacerbé, la haine des Arabes et la violence à l’égard de tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Le chef de l’opposition leur avait narré par le menu les risques encourus dans l’hypothèse où le parti de Betzalel Smotricht ne passerait pas la barre des 3,25% (4 sièges).

Son projet de formation d’un gouvernement de « toute la droite, bien à droite » (yamin malé, malé) tomberait à l’eau et le pays serait de nouveau livré à un gouvernement du chaos avec des anciens du Likoud spécialistes de la trahison, des centristes déboussolés, des élus de gauche vendus à l’ennemi et des Arabes soutenant le terrorisme. Mais il en fallait plus pour convaincre les deux compères. Alors, Binyamin Netanyahou a sorti sa botte secrète : un poste de ministre de la Sécurité intérieure (c’est-à-dire de la police) pour Itamar Ben Gvir, et celui de la Justice pour Betzalel Smotricht.

Le premier pourrait donner libre cours à sa volonté de réprimer dans la société arabe petits et grands délinquants, mais aussi militants et opposants. Le second réaliserait son rêve d’une justice aux ordres, avec des magistrats nommés par le pouvoir politique, une Cour suprême garrotée, et, last but not least, la possibilité de modifier mises en examen et chefs d’accusation.

Binyamin Netanyahou qui aimerait bien voir clôturés d’une façon ou d’une autre les trois dossiers le concernant en cours d’examen au tribunal de Jérusalem partage ce point de vue, mais c’est pur hasard. Pendant ce temps, à gauche, on ne sait toujours pas si les listes du Parti travailliste et de Meretz vont fusionner. Les deux formations ont désigné leurs candidats au moyen de primaires. Chez les travaillistes, ce sont plutôt des militant(e)s ayant la réputation d’avoir la fibre sociale qui l’ont emporté.

A Meretz, la tradition a été respectée avec des candidat(e)s préconisant l’égalité entre Arabes et Juifs, la liberté religieuse et la recherche de la paix avec les Palestiniens. Chacun des deux partis a bénéficié du bonus médiatique afférent à la période des primaires avec des sondages qui, réalisés le lendemain, leur étaient (légèrement) favorables. Mais rien ne dit que d’ici le 1er novembre l’un ou l’autre parti ne tombera pas en dessous du seuil fatidique.

Peu importe. A droite, l’union est faite derrière le lider supremo. A gauche, on attendra encore un peu.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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