Une question de timing

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu fait une déclaration à la presse au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 13 août 2020. Photo de Yonatan Sindel / Flash90
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu fait une déclaration à la presse au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 13 août 2020. Photo de Yonatan Sindel / Flash90

Le timing est essentiel en politique. Il faut dire les choses au bon moment. Lorsque le public est prêt à les entendre, ou, mieux encore, lorsqu’il souhaite les entendre.

C’était bien évidemment le cas en cette « journée historique » du 13 août 2020, qui a vu Israël et les Emirats arabes unis (EAU) publier un accord conduisant à une normalisation complète de leurs relations, à une reconnaissance mutuelle pleine et entière, et à l’échange d’ambassadeurs.

Last but non least, des projets de coopération bénéficieront des moyens sans limite qui n’existent que dans le Golfe. On en aura très vite une illustration saisissante avec des vols directs entre Tel-Aviv et Abou Dabi survolant l’Arabie saoudite. Le Timing était le bon.

Pour Binyamin Netanyahou en tout cas. En chute libre dans les sondages et dans la rue, concurrencé sur sa droite par Naftali Benet, et sur sa gauche par Yaïr Lapid, il réussit à restaurer son image qui en avait bien besoin. Pour Donald Trump – le parrain de l’accord -, le timing est moins chargé de promesses.

Son électorat traditionnel ne lui fera pas défaut le 3 novembre prochain. Echaudée par les manifestations violentes intervenues après l’assassinat de George Floyd, l’Amérique évangéliste soutiendra massivement son candidat.

Quant à l’électorat républicain modéré, rien ne dit que les évènements du Proche-Orient prendront le pas sur ses fondamentaux : la loi et l’ordre, la lutte contre les « élites de Washington », et les trois mots magiques – baisse des impôts – qui lui donnent des raisons de vivre.

La cérémonie prévue à la Maison blanche début septembre pour la signature officielle du traité de paix entre Israël et les EAU permettra à Donald Trump de bénéficier de quelques heures de gloire, sans plus.

Binyamin Netanyahou, quant à lui, compte bien engranger les bénéfices politiques de ces émissions de télévision à grand spectacle. Surtout si les négociations budgétaires entre le Likoud et Bleu Blanc (Kahol Lavan) échouaient, conduisant automatiquement à convoquer de nouvelles élections le 17 novembre.

L’ « accord historique » avec les EAU – qui pourrait être suivi d’initiatives similaires avec Barhein ou le sultanat d’Oman -, constituerait alors un argument de poids à opposer aux adversaires du Premier ministre.

Le marasme économique, dont tout montre qu’il va s’aggraver ; les 880 000 Israéliens sans emploi ; les familles – une sur quatre – qui restreignent leurs dépenses alimentaires ne seraient que des phénomènes passagers.

Un mauvais moment à passer que les Israéliens oublieront bien vite dans l’avion qui les emmènera vers Abou Dabi, ses palaces et leur personnel dévoué. On pourra même y manger cacher. Il faudra juste attendre un peu. Une question de timing.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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