Une mini-annexion

Vue de de Karnei Shomron le 11 juin 2020. Photo par Sraya Diamant / Flash90
Vue de de Karnei Shomron le 11 juin 2020. Photo par Sraya Diamant / Flash90

L’annexion de 30 % de la Cisjordanie qui aurait dû intervenir le 1er juillet sera sans doute différée.

Les réticences de l’administration américaine, l’opposition d’une partie des dirigeants des implantations (qui craignent que la reconnaissance d’un Etat palestinien sur les 70 % du territoire restant soit la prochaine étape), et les mises en garde de l’armée sur les risques d’une telle initiative en matière de sécurité pourraient conduire le Premier ministre à décider ce qu’il sait si bien faire : reporter au lendemain la réalisation de ses promesses.

Mais le temps presse. Donald Trump doit affronter une élection difficile le 3 novembre. Binyamin Netanyahou pourrait voir son procès occuper l’espace médiatique pendant l’été, et à 70 ans, il est soucieux de sa postérité.

Benny Gantz – qui se révèle bon camarade à défaut d’être bon politique – pourrait l’aider à résoudre l’équation. En rencontrant quelques élus des Territoires, il leur a déclaré qu’il avait un jour reçu une leçon de la part d’un vieux militant de la gauche sioniste : « Ce qui est pris et pris ». Le reste on peut s’en occuper plus tard. Et passant de la théorie à la pratique, il suggère de procéder une mini-annexion qui pourrait grouper Maalé-Adoumim (à l’est de Jérusalem, 40 000 habitants), Ariel (à 60 kilomètres au nord de Jérusalem, 20 000 habitants), et le Goush Etsion (22 localités au sud de Jérusalem groupant un peu moins de 100 000 habitants).

Ce choix présenterait plusieurs avantages. Il éviterait la crise majeure avec la Jordanie qu’aurait provoquée l’annexion de la vallée du Jourdain. Il y a peu d’Arabes dans ces régions, et le prix à payer en matière de sécurité y est moins élevée que dans d’autres parties de la Cisjordanie. Last but not least, cette annexion fait partie du consensus israélien, droite et gauche s’accordant pour considérer que ces trois territoires devraient un jour passer sous la souveraineté d’Israël.

Mais les partisans de cette mini-annexion se gardent bien de rappeler que leur inclusion dans l’Etat juif devait se faire dans le cadre d’un règlement définitif du conflit et en échange de territoires avec l’Autorité palestinienne. Ils se gardent bien aussi de dire qu’une fois cette annexion opérée, l’Etat d’Israël aurait encore moins intérêt à parvenir un accord avec les Palestiniens.

Ayant obtenu la reconnaissance par l’administration américaine de l’annexion de 25 localités groupant un tiers des habitants des implantations, un pas décisif serait franchi vers l’extension de la souveraineté israélienne sur d’autres parties de ces régions qui n’ont jamais mieux mérité le qualificatif de territoires disputés.

Ce que Benny Gantz illustrait par la seconde partie de son anecdote : le reste, on peut s’en occuper après. Cette mini-annexion ne serait pas si mini que cela.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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