Une liste pas si unifiée que cela

Des membres du parti de la liste unie, au siège du parti, dans la ville arabe de Shfar'am, lors des élections à la Knesset, le 2 mars 2020. Photo de David Cohen / Flash90
Des membres du parti de la liste unie, au siège du parti, dans la ville arabe de Shfar'am, lors des élections à la Knesset, le 2 mars 2020. Photo de David Cohen / Flash90

Les derniers sondages ont mis en évidence une autre évolution que celle de l’affaiblissement du Likoud et de la montée de Naftali Benett : le recul de la Liste (arabe) unifiée qui forte à l’heure actuelle de 15 sièges n’en remporterait plus que 12 voire 11.

Les raisons de ce désamour sont multiples. Elles tiennent d’abord à la Liste elle-même formée par l’union de quatre partis représentant trois idéologies bien différentes : communiste, islamiste et nationaliste.

Avec 13 sièges emportés en 2015, l’union fit la force, et la division la faiblesse avec deux listes se partageant 10 sièges le 9 avril 2019. Tirant les leçons de l’expérience, les partis s’unirent à nouveau 17 septembre suivant et remportèrent 13 sièges, avant d’atteindre le 2 mars 2020 le meilleur score de l’histoire des formations arabes avec 15 sièges.

Mais l’intérêt électoral ne peut masquer les divergences. Déjà l’été dernier, les députés arabes se sont divisés sur le sujet sensible des thérapies de conversion de force pour les jeunes homosexuels, les communistes (le parti Hadash) votant pour interdire cette pratique, tandis que les islamistes (le parti Ra’am) l’approuvaient.

Cette semaine, le leader de ce dernier parti, Mansour Abbas, vice-président de la Knesset, est accusé par ses partenaires de Hadash d’avoir une nouvelle fois pactisé avec le Likoud en annulant un vote en faveur de la formation d’une commission d’enquête sur l’achat de sous-marins (où plusieurs proches du Premier ministre sont mis en examen, lui-même étant soupçonné par l’opposition).

Ces tiraillements ne doivent rien au hasard. Les divisions de cette Liste de moins en moins unifiée reflètent celles d’une société arabe très composite où on trouve à la fois des citoyens inscrits dans la modernité et des familles bédouines polygames (pour 40 % d’entre elles).

Les Arabes israéliens reprochent également à leurs députés de ne pas être en phase avec leurs problèmes quotidiens au temps du Corona. Ils seraient ainsi majoritairement favorables aux accords d’Abraham qui leur ouvriraient des débouchés, alors que la Liste unifiée a voté contre leur ratification.

Le succès de la Liste s’expliquait par une mobilisation inhabituelle (près de 65 % le 2 mars 2020) de l’électorat arabe qui votait en sa faveur (à 87 % lors de ce scrutin).

Dans les sondages actuels, la Liste unifiée souffre de deux types de défections : des intentions de vote en baisse, et des voix arabes plus nombreuses pour les partis juifs… surtout pour la droite !

Hasard ou pas, des personnalités juives issues de Meretz ou du Parti travailliste (Colette Avital, Avraham Burg, Ophir Pines-Paz, Mossi Raz …) viennent de lancer un appel à la formation d’un parti judéo-arabe résolument ancré à gauche.

La Liste unifiée qui voulait dépasser le clivage droite/gauche pourrait ne pas survivre à sa réapparition au sein de son électorat.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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