Une leader pour la gauche ou ce qui en reste

Stav Shaffir, du parti Camp Démocratique, tenant une conférence de presse quelques jours avant les élections israéliennes. 15 septembre 2019. Photo de Tomer Neuberg / FLASH90
Stav Shaffir, du parti Camp Démocratique, tenant une conférence de presse quelques jours avant les élections israéliennes. 15 septembre 2019. Photo de Tomer Neuberg / FLASH90

Elle s’appelle Stav Shaffir et ne manque pas d’ambition. Pour elle et pour son camp. Elle s’est fixée un objectif : unir la gauche dans la perspective des 3èmes élections qui se profilent à l’horizon, mais aussi, précise-t-elle, en toute hypothèse.

Ce qu’elle ne dit pas c’est qu’elle s’imagine bien à la tête de cette union. Elle ne manque pas d’atouts pour cela. Jeune (34 ans), elle s’est imposée dans les médias avec sa chevelure rousse de vraie lionne. Elle a une authentique légitimité, ayant été l’une des leaders du mouvement social de l’été 2011.

Deux ans plus tard, elle entre à la Knesset sur la liste travailliste, devenant la plus jeune femme élue de l’histoire du parlement israélien. En 2015, elle est plébiscitée par les militants, obtenant la deuxième place sur cette liste. Devenue présidente de la commission de la transparence, elle s’y révélera une opposante déterminée, dénonçant les détournements de crédits au profit des implantations au-delà de la ligne verte et des partis ultraorthodoxes.

Dotée d’un caractère bien trempé et d’un sens de la communication éprouvé – dès son service militaire elle a exercé la profession de journaliste – elle s’impose comme l’une des leaders de la gauche israélienne. Las ! Celle-ci est en pleine décomposition, avec 10 sièges après les élections du 9 avril 2019, la liste travailliste devant se contenter de six mandats, minimum historique pour un parti qui du temps de sa splendeur en obtenait plus de 40 !

Pour les élections du 17 septembre, elle quitte son parti, prend la tête du « Mouvement vert », et adhère à l’« Union démocratique » qui groupe quelques personnalités et la formation d’extrême gauche Meretz. La liste obtiendra 5 mandats, le Parti travailliste se maintenant à six sièges. Cet effondrement de la gauche se produit dans la plupart des démocraties occidentales suite à une double évolution : la mondialisation qui emporte l’Etat-providence, le ‘dégagisme’ qui lamine les grands partis traditionnels.

En Israël, l’échec du processus d’Oslo a ruiné le projet le plus original de la gauche : celui du « camp de la paix ». La gauche israélienne porte une responsabilité spécifique dans l’éclipse de la solution à deux Etats : c’est l’un des siens, Ehoud Barak, qui a fait passer dans le public l’idée selon laquelle du côté palestinien « il n’y a personne à qui parler » (ein im mi ledaber).

Nul doute que Stav Shaffir s’imagine un jour candidate au poste de Premier ministre face à une autre femme qui vise le leadership de la droite : Ayelet Shaked. Mais le combat ne sera pas égal. La droite exerce désormais une hégémonie idéologique dans un pays solidement ancré à droite. Avec ou sans Stav Shaffir, la gauche devra se contenter des seconds rôles : apporter à Kahol-Lavan le reliquat de voix qui permettra un jour à Benny Gantz d’obtenir une majorité à la Knesset. Un destin peu enthousiasmant. Surtout pour les électeurs.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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